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Propos recueillis par Rémi Belot

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Kevin Kohler, épisode 2

« La fin du sport spectacle n'aura pas lieu »

Nous avions rencontré le sociologue Paul Yonnet, décédé vendredi dernier, à l'occasion d'une interview publiée dans le n°7 des Cahiers du football et que nous reproduisons ici.
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Avec Huit leçons sur le sport, Paul Yonnet abordait des thèmes aussi variés que les relations entre le sport et les médias, le dopage ou le sport-spectacle. En juin 2004, nous étions revenus avec l’auteur sur cette dernière notion…

yonnet_itw.jpgDans votre ouvrage, vous soutenez que "la fin du sport spectacle n’aura pas lieu". Qu’est-ce qui vous fait dire cela?
Je défends cette thèse car le sport-spectacle contient en lui les principes de sa propre expansion, pour des causes qui tiennent à la structure même du sport. En effet, ce dernier réalise de façon idéale les conditions du théâtre: unité de lieu, d’action et de temps. De plus, la simplicité du mécanisme du spectacle sportif est imparable: on sélectionne et on oppose des individus – les meilleurs dans leur spécialité – auxquels le public s’identifie forcément: on ne peut pas trouver quelque chose d’aussi efficace et qui corresponde autant à un besoin social, en tout cas dans la société dans laquelle nous vivons.

Outre l’identification du public aux sportifs, vous soulignez que le deuxième carburant du sport-spectacle est "l’incertitude" du résultat. Dans le football, on a le sentiment que certains – le G14 par exemple – entendent justement gommer ce facteur...
Ce n’est pas comme ça que j’analyse la position du G14. Au contraire, je pense même que son point de vue corrobore mon propos: le paroxysme du spectacle sportif, c’est d’opposer des équipes qui se valent, donc des équipes entre lesquelles l’incertitude du résultat est maximale. Le problème des premiers tours de coupe d’Europe, c’est justement l’hétérogénéité des valeurs: il est donc normal que les grands clubs souhaitent créer une sorte d’élite européenne, à la manière de ce qui se fait aux États-Unis avec la NBA, par exemple.

C’est pourtant une pratique contraire à notre culture sportive…
Oui, c’est pour cela que cette tendance à vouloir limiter le cercle des "meilleurs égaux" est relativement réfléchie, ou en tout cas régulée: le président de la FIFA, Sepp Blatter, parle par exemple de rendre obligatoire dans chaque équipe des quotas de joueurs nationaux ou formés au club. C’est une forme de régulation anti-trust, mais on pourrait envisager qu’il y en ait d’autres.


« On a construit des stades sans tribunes jusque dans les années 30 »


Lutter contre le sport-spectacle, selon vous, c’est utopique ?
Ce débat a eu lieu à une époque, dans la première partie du XXe siècle: le mouvement du sport éducatif rejetait alors la philosophie du sport-spectacle. On a par exemple construit des stades sans tribunes jusque dans les années 30. Coubertin lui-même, au début de sa carrière, soutenait globalement cette idée. Mais petit à petit, ce courant de pensée est devenu minoritaire. En Angleterre, le football professionnel a réuni des foules considérables assez rapidement. C’était assez inattendu, mais cela s’est généralisé à d’autres sports, en particulier dans le cadre des Jeux olympiques.

Vous semblez vous accommoder de cet avènement du sport-spectacle…
Je suis sociologue, j’essaye simplement d’objectiver un sujet, de l’analyser dans ce qu’il me présente en essayant de ne pas me tromper: c’est très difficile! On peut donc tirer de mon livre des appréciations contradictoires selon sa propre opinion sur le sport-spectacle, mais je rappelle quand même que le culte de la compétition sportive n’est pas viable. Le sport-spectacle nous offre en quelque sorte l’image de ce que serait la société s’il y avait une concurrence parfaite entre les individus: ce serait une société de la guerre de tous contre tous, de la domination du plus petit nombre sur le plus grand nombre. Cela dit, je ne crois absolument pas à ma capacité de faire bouger les choses. Les phénomènes sociaux sont beaucoup plus forts que la connaissance que l’on peut en avoir. Je conçois donc que l’on puisse penser que ce à quoi on assiste est réversible, mais je n’y crois pas beaucoup. Toutefois, si des forces alternatives se lèvent et parviennent à modifier l’économie du sport, il sera intéressant d’observer ce phénomène…


« "L’insécurité arbitrale" fait partie intégrante du football »


Vous évoquez dans votre ouvrage l’arbitrage vidéo, qui est l’une des formes que peut prendre le sport-spectacle : selon vous, la volonté d’y recourir pourrait-elle faire perdre de l’intérêt au football?
L’arbitrage vidéo ne peut être que limité dans le foot : on ne peut pas soumettre la totalité des actions d’un match au recours permanent à cette pratique sans risquer de véritables ruptures de rythme. Ce type d’arbitrage ne doit être utilisé que pour juger si le ballon a ou non franchi la ligne, ou alors a posteriori pour sanctionner des joueurs coupables de fautes d’antijeu. Mais il faut garder à l’esprit que "l’insécurité arbitrale" fait partie intégrante du football. Parce que ce dernier est un "sport-jeu": un sport ou la règle est mal ou peu appliquée, avec un arbitrage souvent arbitraire, à la différence des sports américains, qui sont des " sports-sports ", dans lesquels la marge entre la règle et son application est la plus limitée possible. C’est dans ce statut de sport-jeu que réside le secret de la séduction du football…


Paul Yonnet, Huit leçons sur le sport, Gallimard (Collection bibliothèque des sciences humaines), 15 euros. Le sociologue est également l'auteur de Une main en trop (Fallois, 2010) sur les suites de la main de Thierry Henry lors de France-Irlande.
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