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Revue de Stress #69

La génération éperdue du football anglais

When Saturday Comes – Les supporteurs qui ont collectivement maintenu le football en vie durant sa période la plus difficile sont en voie de remplacement par des fans de plus en plus submergés par une industrie axée sur la "monétisation".  

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Extrait du numéro 350 de When Saturday Comes, à l'occasion des trente ans du "Half-decent football magazine". Titre original : "Generation spent", traduction Toto le zéro.

 

* * *

 

La culture footballistique britannique possède sa propre "génération dorée", son équivalent du baby-boom de l'après-guerre, c'est à dire les adeptes du jeu nés plus ou moins entre 1950 et 1970 et qui étaient devenus des fans jeunes adultes il y a trente ans. Les termes "du jeu" sont ici capitaux, car le comportement de cette génération, éduquée dans sa jeunesse par la culture ambiante, aura eu une influence positive et durable sur le sport, influence qui finira néanmoins par s'estomper.

 

Cette génération ne coïncide que brièvement avec la période d'affluence maximale des stades (1946-1955), une époque où le public en tribunes était majoritairement issu de la classe laborieuse et où il y avait moins à consommer en matière de football. Ce qui a pu réunir ces amateurs ayant grandi dans les années 60 et 70 tient au fait que, dans leur grande majorité, ils ont pratiqué les mêmes médias et acheté les mêmes produits, de sorte qu'une culture footballistique universelle a pu naître au travers de cette expérience commune.

 

 

 

Une culture égalitaire et partagée

Prenons, par exemple, les lotos sportifs, la lecture des tableaux de résultats, les catalogues de Subbuteo, les magazines Football League Review, Football Monthly et Shoot!, les classements des ligues inférieures offerts dans les bandes dessinées, la collection des programmes et badges... Autant de phénomènes traitant les clubs des championnats anglais et écossais de manière globalement similaire, ou du moins comme relevant d'une même catégorie et méritant la même considération.

 

À cette époque, les émissions Match of the Day et The Big Match (ou leurs équivalents régionaux sur ITV) passaient en revue les quatre divisions en quête d'extraits enregistrés, qui rencontraient alors un très large et jeune public. Tous ces éléments favorisaient un environnement footballistique égalitaire dans lequel chaque club connu pouvait avoir son heure de gloire, et dans lequel on ignorait encore ces hégémonies sportives s'étalant sur plusieurs décennies.

 

Il était alors possible pour le jeune et fervent amateur de voir et de savoir tout ce qui était disponible. Pour cette première génération en mesure de regarder beaucoup de football à la télévision, malgré une couverture médiatique limitée, son enthousiasme considérable devait encore composer avec une gamme limitée de magazines, de souvenirs et de maillots, mais ces divers éléments bénéficiaient d'un véritable engouement populaire. Au milieu des années 80, même si l'affluence des stades était en baisse, on pouvait ainsi débattre autour d'une série de références culturelles partagées.

 

 

Un vivier d'activistes

Ces dernières années, le marché de la nostalgie à destination de cette génération a explosé, tout d'abord avec des maillots rétro et, plus récemment, des livres destinés à cette tranche d'âge que l'on peut qualifier de masculine et classe moyenne entre 45 et 65 ans. The Heyday of the Football Annual, Got, Not Got et 32 Programmes sont les premiers titres qui peuvent venir à l'esprit. Comme toute réminiscence savamment orchestrée, ces livres confèrent charme et dimension à l'original. Mais l'importance de cette génération ne réside pas simplement dans ce travail de mémoire et son exploitation éditoriale : elle n'est pas seulement constituée d'auteurs et de lecteurs.

 

Au sein des supporteurs de football, le milieu des activistes est significativement composé d'hommes et, dans une moindre mesure, de femmes appartenant à cette génération et ayant eu pour expérience collective lors des trente dernières années la publication de fanzines, l'organisation de manifestations contre les cartes d'identité ou le lancement de fonds communs pour les supporteurs et autres organisations de fans...

 

Des activités qui, selon moi, préservent les idéaux d'égalitarisme, de respect entre les clubs et de responsabilité collective, pour le bien du jeu dans son ensemble. Certains diffuseurs (Brian Barwick, à la tête du service des sports de BBC et ITV), officiels (Richard Scudamore, le directeur général de la Premier League), hommes politiques (Ed Balls, récemment nommé président du club de Norwich City) et propriétaires de clubs (Mel Morris à Derby) font également partie de cette génération.

 

 

Les (désormais) anciens et les modernes

Le jeu britannique n'a pas encore été complètement submergé par les horreurs commerciales qui ont été suggérées récemment, comme l'arrivée du Celtic et des Rangers en Premier League, le club de Hull City qui serait rebaptisé en Hull Tigers et la fin des promotions et relégations entre les divisions. Serait-ce l'influence préservatrice de cette culture footballistique universelle insufflée à cette génération dorée dans sa jeunesse ? Et si cette portion influente de supporteurs pouvait légitimement arguer que l'argent et le pouvoir ne régissent pas le football britannique ?

 

Cette génération, avec ses particularités bien distinctes, finira par perdre de son influence à mesure que le jeu britannique continuera de se moderniser, de se monétiser et de s'internationaliser. Elle a eu une belle carrière et aura, selon ses propres critères, accompli du bon travail. Sans elle, les fichiers d'abonnés de cette saison ne seraient pas aussi considérables.

 

Néanmoins, une nouvelle culture, davantage internationalisée mais plus inclusive, est déjà en train d'émerger rapidement : PS4, FIFA 16, les paris en cours de jeu, les forums en ligne, la couverture médiatique qui néglige les ligues inférieures, les publications des gros clubs, les propriétaires des compétitions intrusives et controversées, notamment la Ligue des champions et la Premier League. L'ironie serait que ceux qui ont continué de suivre le football à l'ère du hooliganisme, du jeu brutal et des stades peu sécurisés soient en fait de plus grands amoureux du jeu que les générations qui vont suivre.

 

 

Soignez votre anglais et votre culture foot: abonnez-vous à When Saturday Comes.

 

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