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Manuel Mary (avec J.-K. Bové-Marx)

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Un choix de raison

La liste de Mgr Vingt-trois

L'archevêque de Paris a lui aussi fait sa sélection de joueurs français pour le Mondial. Un groupe œcuménique, où figure aussi bien le martyr Grégory Wimbée que le croisé Jérôme Leroy ou le fils prodigue Lilian Laslandes. Ainsi soit-il.
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À force d’entendre les médias s’époumoner à évoquer "la liste des vingt-trois", Monseigneur André Vingt-Trois, archevêque de Paris, a fini par se persuader qu’on lui demandait de sélectionner les joueurs français du mondial. En bon apôtre, il s’est exécuté et vient de communiquer sa sélection officielle, au cours de l’office dominical de Notre-Dame de Paris. Les visages des joueurs sont apparus sur les vitraux, leurs noms étant seulement inscrits sur les feuillets de chant (provoquant l’ire des responsables de KTO qui retransmettaient l’événement en direct).



GARDIENS

Grégory COUPET. Il est entendu que les Lyonnais sont le peuple élu. Or c’est lui qui les guide à travers le désert de la Ligue 1 depuis plusieurs années, même s’il est pour l’instant infoutu d’empêcher que les eaux de la Ligue des champions se referment d’un coup pendant qu’ils sont au milieu.

Jérôme ALONZO. Vu sa technique de volleyeur-réceptionneur niveau départemental, sa carrière en Ligue 1 ne peut s’expliquer que par de régulières intercessions divines. Ce que le commun des mortels nomme "baraka" (un mot d’origine hébraïque sans doute) n’est qu’une manifestation des voies du Seigneur, qui, rappelons-le, sont aussi impénétrables que les cages dudit Alonzo un soir de match contre Metz.

Grégory WIMBEE. Régulièrement crucifié, fusillé, exécuté, il arbore en toutes circonstances une mine de martyr aux souffrances infinies qui ferait passer Saint-Sébastien pour un joyeux drille. Dans le groupe, il sera un élément essentiel pour rappeler aux 22 autres élus (qui, eux, joueront) qu’ils ne peuvent pas se permettre de se plaindre de leur sort.



DEFENSEURS

Jérémy MATHIEU. Un prénom de prophète, un nom d’évangéliste. En outre, son chemin de croix fait peine à voir. Déformé à Sochaux, il porte aujourd’hui son fardeau à Toulouse, terre de cathares impies et de défaitistes pénitents.

Stéphane PICHOT. Il incarne mieux que quiconque l’expression "la main de Dieu", dont il est incontestablement le bras séculier dans les surfaces de réparation.

Franck JURIETTI. Des fidèles dévoués jurent l’avoir vu apparaître en équipe de France, très furtivement, dans un halo bleu, faisant des mouvements rotatifs désordonnés au ras du sol. En attendant que l’Eglise authentifie ce miracle, je le prends quand même car il a beaucoup fait pour la multiplication des pains.

Yannick FISCHER. Son nom évoque ce beau métier de pêcheur au Lac de Tibériade, et ses relances sont autant d’offrandes s’élevant droit vers le ciel, les tribunes ou les attaquants adverses.

Philippe CHRISTANVAL. Conçu du Saint-Esprit (d’après lui), il a souffert sous Ponce Lemerre. A été crucifié après Chypre, puis s’est enseveli au Barça. La troisième saison, est ressuscité d’entre les coiffeurs à Marseille. Est monté aux nues et aussitôt retombé. Est assis à la droite de l’entraîneur de Fulham, vraisemblablement pour les siècles des siècles.

Cyril ROOL. Lors de son premier match, un violent contact l’envoya au sol. Il vit alors se pencher sur lui saint Bruno Rodriguez qui lui désigna son adversaire avec ces mots: "Lève-toi et marche-lui sur la gueule". Ce qui fut fait, et répété, et répété encore et encore. L’homme du miracle permanent, qui revient toujours après de longues disparitions (également appelées suspensions).

José-Karl PIERRE-FANFAN. Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai ma sélection. Tu es Fanfan et je laisserai venir à moi tous les petits Fanfan. Tu es José et Karl aussi, et je t’apporterai la foi, mécréant.



MILIEUX

Franck RIBERY. D’abord, il arbore au visage les stigmates de notre Seigneur Jésus-Christ. Et puis il est écrit dans les Béatitudes. "Heureux les simples d’esprit car le Royaume des cieux est à eux".

Jérôme LEROY. Un vrai témoin de Dieu. Sa piété sans borne l’a conduit à s’établir en Terre Sainte, à Jérusalem, renonçant à tous les honneurs et au football lui-même (mais pas à l’argent, toutefois). Il y joue d’ailleurs la plupart de ses matches à genoux, preuve ultime de dévotion.

Benoît PEDRETTI. Le bon recteur de la paroisse Saint-Takac de Montbéliard m’a vivement recommandé son enfant de chœur modèle, le jeune Benoît, qui excelle dans son rôle de thuriféraire. Il aura bientôt l’âge de passer servant d’autel, et en attendant il aime bien regarder jouer les grands.

Sabri LAMOUCHI. N’a-t-il pas été invité aux noces de Cana ?

Zinedine ZIDANE. J’ai reçu une révélation en pleine nuit. C’était une voix mystérieuse qui me demandait instamment de le prendre. Je pense que c’est le Divin lui-même qui m’est apparu en songe, mais il se pourrait que ce soit mon beau-frère, finalement.

Nicolas DIEUZE. Il a reconnu l'Essien, il y a trois saisons.

Youri DJORKAEFF. Auteur de "Vivre dans ta lumière", inoubliable cantique à la gloire du Très Haut (ou de lui-même, on ne sait pas très bien), Youri est un missionnaire zélé qui prêche avec talent et conviction pour notre paroisse sur les terres mêmes du très prosélyte culte évangélico-baseballien, au cœur de la moderne Babel. Il a toute sa place parmi nous. S’il le veut bien.



ATTAQUANTS

Benjamin PSAUME. Il incarne si bien ces poétiques chants de louange, surtout depuis qu’il joue à Sète, le chiffre parfait. De toute façon c’est lui ou Xavier Pentecôte.

Fabrice FIORESE. Digne héritier de Saint-Pierre, qui avait lui aussi, au Premier siècle, renié plusieurs fois le Christ de son cœur avant que le coq (sportif) n’ait chanté. Et puis, vu sa qualité de plongeon, faudrait voir ce qu’il donne à essayer de marcher sur l’eau.

Lilian LASLANDES. Un père avait deux fils. L’un réclama son héritage et quitta la maison pour des contrées lointaines (Sunderland, Cologne, Bastia…), où il dépensa son bien en jeux, festins et teintures. Quand il l’eut dilapidé, affamé il revint trouver son père. Celui-ci, magnanime, le prit dans ses bras et lui dit "Mon fils, tu es revenu ; c’est bien mais ton frère Sylvain, lui, il a été champion d’Angleterre et de France, alors on aurait préféré que ce soit lui qui revienne".

Ludovic GIULY. Il a consenti à abaisser son niveau de jeu pour laisser sa place au Messi. A Monaco déjà, il s’était fait remplacer par un prénommé Toifilou, en référence sans doute au Bon Larron crucifié avec Notre Seigneur.
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