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Mario Cordisco

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Adios Niño

La Louvière, l’avenir (dé)chiffré

Au cœur du Hainaut, à une demi-heure de route de la France, la ville de La Louvière. Une cité de près de 80.000 habitants, coincée entre Charleroi et Mons. Le football, dans tout ça? Plus rien, ou presque.

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Dans la Cité des Loups, le football se vit, la plupart du temps, avec nostalgie. La mélancolie se mêle également à la fête. En cause: le passé plus ou moins récent. Division 1, victoire en Coupe de Belgique et Coupe UEFA. Le Centre est une région encline à vibrer pour son club phare. En ville, un soir de match, écharpe autour du cou, les passants ne manqueront pas de vous demander le résultat des Loups. Mais cela fait dix ans que la Louvière a quitté la D1 et treize ans sans trophées. Le football louviérois reste une institution, mais le Centre n’a pas vibré depuis trop longtemps.

 

La Royale Association Athlétique Louviéroise (RAAL) n'est plus depuis le 27 juin 2009. Évidemment, les rapprochements successifs avec Couillet et l’US Centre ont eu le don de plomber l’engouement du public. Toutefois, même après de sombres histoires de corruption et autres pertes d'identité, l'âme de la RAAL vit toujours. Notamment par le biais de sa descendance, baptisée Union Royale La Louvière Centre (URLC) mais, surtout, via ses fans qui, en dépit des années de galère, continuent de vivre leur passion, bravant faux espoirs, déceptions et avenir incertain.

 

 

Retards de paiement, licence refusée…

Mercredi 11 novembre 2015. La Louvière accueille Izegem, club flandrien anodin, dont l'unique objectif est de se maintenir en D3. Tout le contraire des Loups qui, depuis 2011, tentent en vain de rallier l'échelon supérieur. La saison en cours est décisive. La réforme du football belge oblige une entité comme La Louvière à monter, faute de quoi l'URLC sombrerait dans les méandres du football amateur. Avec, en prime, des déplacements peu envieux du côté de Sprimont, Walhain ou encore Ciney, des villes plus connues pour leur cadre champêtre, que pour leur stade.

 

Ce mercredi-là, le Tivoli retrouve des couleurs. L'un des deux groupes de supporters du club revient au stade, après sept mois de boycott des matches à domicile. "À l'époque (en avril 2015), nous avions décidé de ne plus soutenir notre club, relate Nicolas Godin, porte-parole des Green Boys. Cela nous faisait mal." L'expression d’un ras-le-bol face à la politique menée par le président d’alors, Murat Tacal, un entrepreneur emprisonné en 2008 pour une affaire de fraude fiscale et d’usage de faux. 

 

Car les dernières saisons ont suivi le même scénario pathétique: débuts rêveurs, arrivent ensuite les traditionnels retards de paiement, qui engendrent inévitablement des résultats négatifs. Incapable de redresser sa situation sur le terrain, La Louvière est aussi malmené par les instances: la licence, sésame nécessaire afin d’évoluer aux niveaux professionnels et semi-professionnels, lui est refusée depuis la saison 2011/2012.

 

 

Opacité financière

Mais la plus grande inquiétude concerne l’opacité de la gestion financière du club. Le président Murat Tacal, de son côté, a souvent nié les difficultés: "Nous sommes en ordre, nous aurons la licence", répétait-il sans cesse. Mais à force de jouer, le chairman s’est brûlé. Poussé dehors par son conseil d'administration, il a cédé le flambeau à son ami, Huseyin Kazançi. Le moment choisi par les supporters pour tourner le dos à leur club.

 

Jusqu’à ce 11 novembre 2015, une date trop particulière pour que les Green Boys poursuivent leur boycott: elle coïncide avec le dixième anniversaire du groupe. De plus, la direction prise par le club sous la direction d’Huseyin Kazançi les a rassurés. "Tout n’est pas encore parfait mais nous ressentons, toutefois, une réelle volonté, de la part du nouveau président Huseyin Kazançi, de sortir du marasme dans lequel l’URLC vogue, depuis plusieurs saisons", expliquaient-ils déjà dans un communiqué mi-août, sur Facebook. Parmi leurs satisfactions, "l’envie de faire évoluer le club de La Louvière en vert et blanc, le retour officiel à nos véritables couleurs"

 

De retour dans leur tribune du Tivoli, les Green Boys ont préparé plusieurs tifos, sur 500 m² de bâches. Il relate non seulement l'histoire du groupe mais également celle du club. Sur la pelouse comme en tribune, la soirée est belle. La victoire louviéroise est sans appel: 3-0. Pour autant, tout n’est pas oublié. "Nous sommes également revenus en tribune pour faire pression sur la direction, lâche Nicolas. Pour demander qu'elle nous rende des comptes. Qu'elle respecte ses promesses."

 

 

 

À deux doigts d’une nouvelle faillite

La première promesse faite aux supporters était la présentation du bilan économie chiffré sur le site du club. "Lors d'une conférence de presse, à l’aube de la saison, le président a expliqué vouloir être transparent, explique Jarod, chroniqueur pour le magazine en ligne Actu-RAAL. Pour ce faire, il a promis de publier le bilan financier sur le site Internet de l’URLC. Nous étions alors en juin. Depuis, rien n'est arrivé." Le club a d’ailleurs échappé, en juin dernier, à une nouvelle faillite. Le président Kazançi a mis la main au portefeuille et sorti plus de 250.000 euros pour éponger une dette en extrême urgence. Sans quoi, au lieu de jouer les premiers rôles en Division 3A, La Louvière aurait été radiée, pour la seconde fois en six ans. Depuis, l’opacité persistante sur l’état financier du club inquiète.

 

La volonté du nouveau président est pourtant nette: hisser La Louvière vers le haut. Cette saison 2015/16 paraît même parfaite. Les salaires sont réglés en temps et en heure. La réforme du football belge permet aux équipes classées première et deuxième des deux séries de troisième division, d'accéder directement à la division supérieure. Discrètement, il se murmure que l'URLC mériterait amplement de faire partie du peloton de tête pour atteindre la Super D3 [1].

 

Sur le terrain, l'équipe a de l'allure, se dote de jeunes joueurs talentueux tels que Lazitch, Latifi ou Bertoux (ex-Lens), ainsi que de vieilles connaissances belges, à l'image de Cremers, Papassarantis (ex-Standard de Liège) ou Dante Brogno (ex-Charleroi), devenu entraîneur de la meute en octobre dernier. Un coach haut en couleurs et apprécié par le public du Tivoli, malgré son attache à Charleroi, le rival.

 

 

Lueur d’espoir

Mais sur le long terme, l'ère Kazançi risque de tourner court. Tout comme les anciens patrons (Gaone, Tacal), Kazançi est bien seul à la tête d'un navire qu'il tente de gérer d'une main, avec de criants défauts. En tête, une cellule de communication totalement absente et ce cruel manque de transparence dans la gestion des comptes. Après la gestion chaotique de la direction précédente, aucun sponsor ne daigne injecter de l'argent dans le club. Le revenu annuel de sponsoring s'élève à peine à 18.000 euros, alors que la masse salariale mensuelle – sans les primes – atteint 20.000 euros. Difficile, dans ces conditions, d'entrevoir l'avenir sereinement. Mais le président Kazançi allonge et puise dans sa réserve personnelle. Tant qu'il le peut.

 

Néanmoins, il y a une lueur d’espoir au Tivoli. En mai dernier, un certain Salvatore Curaba, directeur de la société EASI et ex-joueur de La Louvière, s'est manifesté. Il était désireux de reprendre le club, de le lustrer et de lui rendre ses lettres de noblesse en le rebaptisant RAAL. Un nom auxquels les fervents supporters restent attachés. À l’époque, l'histoire n'avait pu se concrétiser. Le montant de la dette n'était pas précis. En dépit d'une offre de 500.000 euros, formulée à l'attention de Kazançi, Curaba avait essuyé un refus. "Pas de problème, dit alors l'investisseur. Je reviendrai en décembre, pour négocier à nouveau."

 

Ce n’étaient pas des paroles en l'air. L'homme est bel et bien revenu, fin novembre, avec la ferme intention de reprendre le club. "Du temps a été laissé à la direction actuelle pour faire un bilan chiffré, d'en savoir plus sur les procès en cours, les dettes et les créances. J'ai à cœur de reprendre ce club car je suis de la région. J'ai été formé à La Louvière. Cette ville mérite mieux que la troisième division. Peu importe la date, je serai un jour président de la RAAL." L'histoire est belle. Le récit pourrait même s'écrire à l'encre indélébile et tourner, définitivement, la page d’un passage aigre du football louviérois. Le hic, c’est que Kazançi ne semble pas prêt à céder l’URLC. Pourquoi? Là non plus, pas de réponse...

 

[1] Suite à la réforme, à partir de la saison 2016/2017, la D2 sera réduite à huit clubs et une nouvelle division verra le jour, la Super D3

 

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