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Lucien Monaclin

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La marche du foot

Tribune des lecteurs – Le débat sur le suspense en L1 est vain: c’est sur le bitume d’une impasse, d’une rue ou d’une cour d’immeuble que les tensions sont les plus exacerbées.
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J’ai eu la révélation à l’âge de six ans. La petite troupe d’enfants du quartier avait dû décider d’aller jouer au ballon dans un terrain vague tout proche. Devant l’affluence de gamins de tous âges, un match de football ne tarda pas à s’organiser. Une rivalité clanique simplifiait toujours la formation des équipes: ceux du bout de l’impasse contre ceux "de la rue", en cas de problème, on pouvait toujours compter sur l’inaltérable bonne volonté des plus neutres ou des plus malins pour compenser le déficit de joueurs dans l’un ou l’autre camp. Cet après-midi-là, j’avais été enrôlé moins par pur hasard que pour ne pas échapper à la vigilance de mon frère. En tant que benjamin, j’avais bien sûr hérité du rôle ingrat de gardien de but, tant il est vrai qu’à moins d’une solide misanthropie atavique, l’enthousiasme des jouvenceaux les rend peu enclins à occuper ce poste, lui préférant de loin celui de numéro 10 ou d’avant-centre, auteurs de dribbles  admirables et de buts en cascades.


Faute dans la "surface"

À cette époque, la notion de cages, très conceptuelle, consistait à délimiter un espace d’une largeur approximative entre deux tas d’objets quelconque (sac de sport, vêtements, jouets de la petite sœur…) et d’une hauteur indéterminée, que l’on s’accorde à qualifier de raisonnable, mais prodigieusement dépendante des circonstances, des effets d’optique et de la taille du goal (ce qui peut rétrospectivement tout à coup m’apparaître comme une ruse de mon équipe).
Les matches se déroulaient sans arbitre et sans limite précise de durée: la fatigue décidait de la mi-temps, et l’ampleur du score, la lassitude, ou même le soir tombant mettait fin à la partie. En l’occurrence, il avait été décidé que celle-ci se gagne au premier arrivé à dix buts. Or, il advint que le score était de 9 à 9 quand une faute dans la "surface" provoqua un penalty contre notre équipe. Devant les protestations et le refus par nos adversaires d’un changement de gardien, une lourde responsabilité me revenait tout à coup.

curkovic_pan.jpgJe me souviens parfaitement de la résignation muette de mon équipe: le sort de la partie dans les mains du marmot, le "poussin" de la bande, tout était perdu. J’entends encore les conseils angoissés d’un autre: "Regarde pas ce qu’il fait… regarde le ballon, seulement le ballon…" Face à moi, un "grand" (qui devait bien avoir au moins neuf ans) veut se faire justice. Il s’élance et frappe. Fidèle à la consigne, je ne fais que fixer mon regard sur la balle, j’étends le bras, me couche sur la gauche… et bloque le ballon. Sauvé!
Les défaitistes de toute à l’heure hurlent leur joie et, tous ragaillardis par ce sursis miraculeux, ne tardent pas à remporter le match. L’auteur du but victorieux fut bien mal récompensé: pour tout le monde, j’étais le héros du match. Pour le gosse que j’étais, tout était clair, ce moment de gloire inattendue marquait la naissance d’une vocation: je serai "Ivan Curkovic ou rien".


Adieu gangsters

Aujourd’hui, quand je passe près des lieux qui ont vu cet exploit, les choses ont un peu changé, un quartier pavillonnaire a vu le jour. Mais un terrain de foot est toujours là, la pelouse me semble rétrécie mais elle est grillagée et dotée de vraies cages de buts, avec des poteaux ronds en fer et des filets. Des gamins habillés aux couleurs de l’OM, du Barça ou du Milan AC frappent dans des ballons "officiels Coupe de la Ligue".
Les idoles d’antan ont muté: les gangsters hirsutes et moustachus des années 70 se sont transformés en mannequins rasés de près, tatoués, piercés et manucurés. Les shorts se sont rallongés, le satin a fait place au Lycra, les chaussures à crampons coûtent bientôt plus cher que des Weston. La télé et la pub sont omniprésentes, tout est soigneusement pesé, mesuré, calculé, contrôlé, répété, médiatisé, recyclé, vendu, acheté, revendu. Même le moindre commentaire semble avoir été étudié en soufflerie... Mais les petits Beckham, Henry ou Ronaldinho qui s’amusent aujourd’hui sur le terrain de mon enfance font pourtant le même éternel rêve de gosse.

Je n’ai jamais eu de réels talents de gardien, mais la passion du foot a des vertus pédagogiques insoupçonnables. J’ai eu vite fait le deuil de mes illusions en me réjouissant de la réussite d’un copain d’école avec qui je jouais souvent au foot à la récré. J’étais loin de penser que ce petit garçon fragile, râleur et volontaire que j’ai connu deviendrait un jour Cyrille Magnier, champion de France avec Lens en 1998. (J’ai une photo de l’équipe de l’école où il figure dans un T-Shirt "Tarzan et nutella" qui ne doit pas être connue de beaucoup de monde, y compris au centre de formation de La Gaillette). Merci, Cyrille, et encore bravo.
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