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Les Dé-Managers

 

Christophe Kuchly, Julien Momont, Raphaël Cosmidis et Philippe Gargov. Les Dé-managers: un blog pour parler tactique – pas pour meubler –, et une chronique du jeu dans leurs cartons.


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La taille compte-t-elle vraiment dans le football ?

Délires FM – Le débat secoue le monde du foot depuis des années et pose des dilemmes aux recruteurs et entraîneurs du monde entier. L'heure est venue de le trancher, à l'aide de Football Manager.

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Messi-Iniesta-Xavi-Iniesta-Messi-Xavi... Le ballon file de l'un à l'autre en un tourbillon qui engourdit les milieux de Manchester United. Le 28 mai 2011, à Wembley, les Catalans domptent les Mancuniens dans une démonstration que le score (3-1) ne reflète que partiellement. “Personne ne nous avait jamais collé une telle raclée”, constate Sir Alex Ferguson, beau joueur, après le match. “Quand le Barça de Pep Guardiola était à son meilleur niveau, l'affronter pouvait être démoralisant”, écrira Paul Scholes dans The Independent trois ans plus tard.

 

Cette saison-là, les Blaugranas champions d'Espagne et d'Europe formaient la plus petite équipe du continent, avec 1,77 m de moyenne. Emmenée, donc, par Lionel Messi (1,70 m), Andrés Iniesta (1,70 m) et Xavi (1,68 m). Pendant ce temps, les deux plus grandes, le SV Mattersburg et le FC Volyn Lutsk (1,87 m de moyenne), ne terminaient respectivement que huitième du championnat autrichien et douzième de D1 ukrainienne. La revanche des petits.

 

Une grosse décennie plus tôt, sur la lancée de son triomphe mondial, le football français avait pourtant décidé de privilégier les grands gabarits. Les profils techniques mais frêles généraient trop d'incertitudes quant à leur faculté à répondre aux exigences physiques exponentielles du très haut niveau. Ces dernières années, toutefois, inspirées par l'exemple barcelonais notamment, l'Espagne et l'Allemagne ont inversé le paradigme dominant en Europe. Leur modèle est suivi pratiquement partout, jusqu'en Angleterre où le futsal est devenu une priorité fédérale pour dénicher des profils différents.

 

Alors, vaut-il mieux être petit ou grand sur un terrain ? La taille compte-t-elle vraiment dans le football, en somme ? C'était une question à la mesure de cette chronique, spécialiste en résolution de questions irrésolubles.

 

 

2,10 m contre 1,50 m

Première nouvelle : si vous dépassez les deux mètres dix, vous ne pourrez pas devenir footballeur professionnel. Deuxième nouvelle : si votre taille adulte est inférieure au mètre cinquante, il vous faudra également choisir une autre orientation. Ce sont en effet les tailles maximale et minimale possibles dans Football Manager, référence suprême. 2,10 m, c'est ainsi le gabarit du plus grand joueur professionnel recensé par Goal.com, le gardien danois Simon Bloch Jorgensen. Le record inverse est partagé, à 1,54 m, par le Polonais farouche Marcin Garuch et le Brésilien multi-prénoms Elton Jose Xavier Gomes.

 

Pour trancher le débat du jour, deux équipes vont s'opposer. D'un côté, l'Association Sportive des Géants, 2,10 m sous la toise ; de l'autre, l'Olympique des Petits et son XI culminant à 1,50 m. Pour obtenir une corpulence proportionnelle, le poids idéal des joueurs a été calculé selon la formule de Lorentz. Les Géants pèseront 95 kilos, les Petits 50 ramenés à 55, le minimum toléré par le jeu. Toutes leurs caractéristiques sont initialement égales par ailleurs, avec une note de 10/20 dans tous les attributs techniques, mentaux et physiques.

 

Sur le plan tactique, enfin, pour que l'influence soit la plus neutre possible, les deux équipes évolueront en 4-3-3, avec des droitiers à droite et des gauchers à gauche. Chaque joueur est exclusivement spécialiste de son poste. L'heure n'est pas aux fantaisies.

 

[cliquez sur l'image pour l'agrandir]

 

 

 

 

Le match

La première impression, visuelle, est assez marquante. L'opposition rappelle le match pour le plaisir joué par cinq pros monégasques contre cinquante-cinq enfants. La différence physique semble insurmontable pour les Petits.

 

 

Mais ils n'ont pourtant pas l'intention de se laisser marcher dessus. La preuve qu'avec un peu de volonté, on peut littéralement renverser des montagnes.

 

 

Ce sont d'ailleurs les Petits qui se créent d'abord les meilleures situations. Mais en face, Titan occupe une large place dans les buts. Si la tendance récente se poursuit, les gardiens du futur auront son gabarit. Bonne chance pour trouver la faille.

 

 

Les deux équipes se neutralisent, les situations sont rares. Jusqu'aux arrêts de jeu de la première période, avec une situation sur laquelle Court va malheureusement bien porter son nom...

 

 

Un peu de compassion pour le gardien, aussi. Quand on mesure 1,50 m, difficile de couvrir les 7,32 m de largeur du but. Ça rappelle la transition redoutable des petits terrains aux grands.

 

Accrocheurs dans le jeu, les Petits sont particulièrement vulnérables sur coups de pied arrêtés. Et ce n'est pas seulement lié au rapport de force aérien. Leurs murs sont également assez dérisoires...

 

 

 

Reste alors au tireur à placer le ballon un peu en hauteur, et le but est pratiquement assuré. L'occasion parfaite pour impressionner ensuite le monde par souplesse avec une roue d'une grâce sans pareil.

 

 

Si l'on pouvait s'attendre à une opposition de style, avec des Géants misant sur le jeu aérien et des Petits sur des combinaisons rapides au sol, les occasions ne surgissent pas de ces situations caricaturales. Au contraire : pour recoller, les Petits tentent de prendre leurs adversaires à leur propre jeu : par les airs.

 

 

Dernière minute. Sur un coup franc excentré, Miniature parvient à lever suffisamment son ballon pour passer le défenseur au premier poteau. Mini se fraie un chemin entre deux adversaires et s'envole pour catapulter, de la tête, le ballon pleine lucarne ! La surprise est telle qu'un Géant ne peut s'empêcher de lever les bras pour célébrer, lui aussi, cette grande réussite morale pour l'humanité.

 

 

Les Géants s'imposent donc 2-1 sans franchement convaincre, face à des Petits qui ont redoublé d'ingénuosité pour compenser leur déficit physique. Dans les chiffres, comme prévu, les premiers ont dominé les airs (86% de têtes remportées) quand les seconds ont été plus précis techniquement (59% de possession, 78% de passes réussies) et plus dangereux (dix tirs à six).

 

La taille compte donc, un peu. Mais, vous en conviendrez, ce qu'on en fait, beaucoup plus.

 

Si vous avez des idées de scénarii similaires, n'hésitez pas à les proposer en commentaires. On note, et on réalisera les meilleures propositions.

 

 

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