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Richard N

 

Pionnier du foot sur le Web avec Kick'n'Rush, historien pour les Cahiers et Footichiste pour son compte.


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Revue de stress #174

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Nouvelle ère à Budapest

Lacombe 1978, le 38 special

Un jour, un but – Le 2 juin 1978 à Mar Del Plata, Bernard Lacombe marque le premier but du Mundial. Un but tellement précoce qu’on a longtemps cru qu’il était le plus rapide de l’histoire de l’épreuve. 

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Le coup d’envoi est donné par les Italiens. Un long dégagement arrive directement dans la zone de Maxime Bossis. Le défenseur nantais, malgré la menace de Causio, donne à son gardien Jean-Paul Bertrand-Demanes. Celui-ci lui rend la balle aussitôt. Bossis donne à Didier Six qui combine avec Platini et Guillou.

 

Lancé plein champ sur son aile gauche, l’ailier lensois pousse le ballon très loin pour éliminer deux défenseurs italiens, Cabrini et Scirea. Son centre tendu trouve Bernard Lacombe qui malgré le marquage de Mauro Bellugi, reprend de la tête. Dino Zoff plonge sur sa gauche mais ne parvient pas à capter le ballon, qui passe au pied de son poteau. Seulement 38 secondes de jeu et déjà, la France mène 1-0.

 

 

 

Le plus rapide, vraiment ?

À ce moment-là, les commentateurs sont formels : il s’agit du but le plus rapide de l’histoire de la Coupe du monde. À vrai dire, aucune statistique n’a été tenue sur ce point. Il y a bien un certain Vaclav Masek, qui a ouvert le score dès le début de la rencontre Tchécoslovaquie-Mexique, en 1962, mais on ne sait pas à quelle seconde précisément.

 

Ce n’est qu’en 1994 que les recherches plus sérieuses aboutiront, où l’on découvrira que le Tchèque avait ouvert le score dès la seizième seconde. L’exploit de Lacombe sera alors effacé des tablettes, tout comme celui de Bryan Robson qui quatre ans plus tard inscrira un but à la 27e seconde… contre la France [1].

 

 

 

 

Le réalisateur argentin se focalise sur Henri Michel, pris pour l’auteur du but. C’est pourtant Bernard Lacombe qui est félicité par ses coéquipiers. Ce 2 juin 1978 à Mar Del Plata, l’équipe de France est un peu ébahie. Douze ans qu’elle n’avait pas connu la Coupe du monde, et voilà qu’elle démarre le Mundial argentin sur un but.

 

Les Bleus peuvent s'enorgueillir d'avoir pris à défaut une défense réputée comme l'une des plus verrouillées au monde. Peut-être Dino Zoff voit-il resurgir les fantômes du précédent Mondial, en 1974, où le but surprise du Haïtien Sanon avait ébranlé les certitudes italiennes et poussé la Squadra azzurra vers une élimination prématurée.

 

 

Deux buts "idiots"

Les joueurs français, en maillot blanc, ne savent alors plus comment prendre le match, comme des enfants qui se demandent si leur toupet ne va provoquer les foudres de l'adulte. Les hommes de Michel Hidalgo sont partagés entre la poursuite des offensives ou la préservation cet avantage inespéré.

 

Leurs adversaires se posent moins de questions. Contraints d'attaquer, ils ne sont pas dépourvus d'arguments avec leur trident offensif Causio-Rossi-Bettega. Au bout d'une demi-heure, la Squadra parvient à égaliser, le jeune Paolo Rossi poussant dans les filets une boule de flipper qui n'en finissait plus de rebondir sur les poteaux et les mollets.

 

En début de seconde période, le remplaçant Renato Zaccarelli marque un but tout aussi curieux, son ballon passant entre les jambes de Janvion avant de tromper un Bertrand-Demanes sans réaction.

 

La défaite tricolore (1-2) est vivement commentée dans l’Hexagone. Les Français ont encaissé deux buts "idiots" et auraient dû préserver le résultat. La presse en profite pour relayer un incident d’avant-match: dans les vestiaires, les joueurs français auraient tenté de négocier une prime plutôt que de vraiment préparer le match.

 

 

Montre en or

Quel que soit l’impact réel de cette affaire, la déception est immense car on imagine mal l’équipe de France ne pas perdre contre l’Argentine au match suivant, et sortir prématurément d’une compétition qui avait généré beaucoup d’espoir.

 

Nos Français un peu novices étaient tombés dans le groupe le plus ardu du premier tour, avec l’Argentine, pays organisateur et futur vainqueur, la Hongrie, porteuse d’une génération prometteuse, et l’Italie – son premier adversaire – qui terminera quatrième, au terme d’un tournoi dont elle fut intrinsèquement, selon de nombreux observateurs, la meilleure formation.

 

Les Tricolores reviennent sous les critiques, en dépit de deux bons matches contre l’Argentine et la Hongrie. Bernard Lacombe le Lyonnais a rejoint le rival Saint-Étienne. Il a rapporté d’Argentine une montre en or, cadeau des organisateurs au premier buteur du tournoi. Le néo-Stéphanois est alors considéré comme le buteur le plus rapide de l’histoire de la Coupe du monde. Un titre un peu usurpé dont on ne connaîtra la vérité que bien des années plus tard [2].

 


[1] En 2002, le Turc Hakan Sukur mettra tout le monde d’accord en marquant dès la 11e seconde du match pour la troisième place contre la Corée du Sud.
[2] Bernard Lacombe est toutefois resté le buteur le plus rapide de l'histoire de l'équipe de France, jusqu'au but de Sauzée face à l'Albanie en 1991.

 

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