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Wadi Banare

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Trois arrêts pour un titre

Le Ballon d'Or, ce si vain mythe...

On l'utilise de plus en plus pour classer les joueurs dans la hiérarchie subjective des meilleurs footballeurs. Le trophée individuel le plus prisé de la planète est pourtant une anecdote à l'échelle du foot.

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Mais à quoi sert le Ballon d’Or? Ce trophée individuel auquel beaucoup accordent une importance démesurée, dont les favoris sont débattus toute l’année et le vainqueur glorifié. Un prix qui nous fait suivre des heures durant une cérémonie ridicule pour enfin, au bout de l’ennui, savoir si notre favori a été récompensé d’une année très réussie. Mais qu’est-ce que cela veut dire, être le meilleur joueur de l’année?

 

 

 

L'émotion désintéréssée

Il est 23 h, le FC Barcelone vient de gagner le derby sur le score de 4-1. Mes yeux amoureux, charmés par le spectacle, ne veulent pas le quitter. Il faudra pourtant faire sans lui deux semaines durant, pendant une trêve hivernale où seul le Boxing Day éclaircira le ciel bien sombre des vacances de Noël. Où les guirlandes et feu d’artifices masquent mal le calme footballistique et où les cadeaux et repas copieux essaient, naïvement, de nous consoler. Mes yeux ne voulaient donc pas le quitter, comme ce soir de juin dernier où il était inconsolable et désabusé après son tir au but raté, dans une finale de Copa América qui échappa une nouvelle fois à l’Argentine. Lui, Lionel Messi, un petit Argentin natif de Rosario qui décida un jour de donner du bonheur à de millions de gens en faisant du football son métier.

 

Plus que le résultat de ce derby barcelonais, qui n’était que formalité pour l’ogre catalan tellement l’affiche semblait déséquilibrée, c’est ce qui se passa sur le terrain qui importe. Soixante-cinquième minute: Andrés Iniesta sert Messi, qui se retrouve face aux défenseurs. Petit pont sur le premier d’entre eux, suivi d’un festival de crochets au milieu d’une forêt de jambes et d’une frappe cadrée... repoussée par le gardien en direction de Suarez, dont le but permet d’un peu plus graver l’action qui l’a précédé. Et pourtant, beaucoup de fans de l’Argentin, plutôt que de profiter de cet incroyable spectacle, ont alors préférer se servir de cette action et de celle qui suivit comme d’un emblème. La démonstration que c’est à lui que devait revenir le Ballon d’Or et non à Cristiano Ronaldo, récompensé une semaine plus tôt.

 

 

Messi-Ronaldo, Ronaldo-Messi

Année après année ces deux joueurs font l’objet de tous les débats sur les plateaux télévisés. Parfois, en quête de changement, certains avancent un troisième nom, censé briser la série en cours depuis 2008. Les candidatures de Sneijder, Iniesta, Xavi, Ribéry, Neymar, Neuer et Griezmann ont ainsi été mises en avant, avec parfois une vraie légitimité. L’engouement général que suscite cet événement est pourtant complètement disproportionné. Chaque année, on tient des comptes individuels (de buts puis de distinctions) dans un but: pouvoir rapprocher l’un ou l’autre du titre de meilleur joueur de l’Histoire du football, cette récompense symbolique subjective, qui divise les générations et dépend des goûts de chacun.

 

Comme s’il était possible de classer des joueurs en fonction du nombre de prix remportés. Comme si faire parler les chiffres était l’unique façon valable de juger le football. D’ailleurs, si ce prix avait autant de signification qu'on veut bien lui donner, Iniesta, Xavi, Pirlo et bien d’autres l’auraient probablement remporté. "Que Raul, Iniesta et Xavi n'aient jamais gagné le Ballon d'Or me semble fou." La phrase est de Sergio Ramos, Madrilène depuis 2005. Comme beaucoup, lui aussi déplore que les deux génies du Barca n’aient pas eu l'honneur du trophée créé par France Football. Ces dernières années, les milieux de terrains, aussi bons soient-ils, ne semblent avoir qu’une infime chance de l’emporter. Et tant pis si le poste  n’a jamais eu autant de joueurs de très haut niveau et capables de tout faire.

 

 

 

Le rôle du collectif

Car que feraient les attaquants sans le travail des milieux de terrains plus bas sur le terrain? Que ferait la MSN sans Busquets et Iniesta ou la BBC sans Kroos et Modric? Sans oublier les défenseurs… Au Bayern, Lewandowski a ainsi pu profiter des balles merveilleuses données par Boateng et Martinez, dont la complémentarité avec Xabi Alonso devant eux et le positionnement de Neuer derrière permettait au jeu de position d’être fonctionnel, et donc de lui donner un grand nombre d’actions exploitables à chaque match. Comme tous les grands attaquants, le Polonais a le talent pour finir les occasions, mais on ne peut pas l’isoler de tous ses partenaires et expliquer un phénomène en le divisant en parties.

 

Dans le fond, la popularité du Ballon d’Or doit sans doute aussi à l’aspect télégénique de la cérémonie, démultiplié quand la FIFA est venu s'y greffer. La belle scène au tapis rouge, les invités célèbres au costume élégant (parfois) et coûteux (souvent), l’omniprésence de l’argent fièrement représentée, entres autres, par les membres de la FIFA. La jolie présentatrice au collier de perles resplendissantes et au grand sourire. Et la star, ce Ballon d’Or, brillant de mille feux, entouré d’hommes aux gants blancs pour ne surtout pas le salir. Comme souvent, Johan Cruyff avait résumé la chose de manière percutante: "Le Ballon d’Or est un cirque médiatique. Quels sont les critères? Chacun vote pour ses amis." Avec le vote public des capitaines et sélectionneurs dans l’ancienne formule, difficile de ne pas voter pour un coéquipier ou un de ses joueurs. Quant aux journalistes, qui ont repris la main, ils sont forcément plus sensibles au talent de leurs compatriotes…

 

 

Résumé facile

Désormais, le Ballon d’Or est devenu une réponse à tout. Quand Xavi a dit que Messi serait toujours le meilleur joueur du monde, et ce peu importe du nombre de récompenses individuelles glanées, Ronaldo, mécontent, lui a répondu qu’il comptait trois Ballons d’Or (à l’époque) et que l’Espagnol n’en avait aucun. Xavi, 767 matches avec le Barca, vainqueur de la Coupe du monde et de deux Euros avec l’Espagne, n’avait donc plus qu’à se taire. Que l’on juge la remarque de l’ancien milieu pertinente ou non, le problème est ailleurs: la mesure de grandeur ne se ferait qu’à l’aune d’une élection de meilleur joueur de l’année civile. Ce qui pourrait par exemple donner le théorème suivant: Van Basten > Keegan > Zidane.

 

Le Ballon d’Or, comme les autres distinctions individuelles, n’a pas vraiment de sens. Valoriser l’individu dans un sport collectif où une équipe est un ensemble indivisible nie une grande partie de ce qui rend le football si beau et complexe. Aussi important soit-il, un joueur n’est qu’un rouage, et une partie de sa production dépendra d’une organisation bien moins schématique que "A est meilleur que B". "À force de toujours tout simplifier, on finit par ne plus rien comprendre du tout", a un jour dit Juanma Lillo, désormais adjoint de Sampaoli à Séville. On peut inventer des milliers de prix, rien ne vaudra la capacité à susciter la passion et l’admiration. Que ce soit par le but, la passe, le tacle ou l’arrêt…

 

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