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Christophe Zemmour

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Attention à la flaque !

Le beau et le Best

Bibliothèque – Elle est arrivée en français il y a quelques jours et on le doit au Libéro Lyon: Immortel, de Duncan Hamilton, raconte George Best et dresse le portrait d’un homme aussi génial que torturé.

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L’initiative est plutôt rare et à saluer. Hugo Hélin (aka Zénon Zadkine en ces pages) et Pierre Prugneau, fondateurs du site Le Libéro Lyon, ont traduit en français l’été dernier Immortal, biographie autorisée de George Best signée Duncan Hamilton et disponible aux éditions Hugo Sport depuis le 12 novembre dernier, quelques jours précédant le dixième anniversaire de sa disparition. L’occasion de découvrir ou de revenir sur l’histoire d’une des plus grandes légendes du ballon rond, de ses heures de gloire à sa chute. Le tout grâce à une traduction de très bonne qualité qui a de plus le goût de s’effacer devant l’anglais de certaines citations, assez éloquentes et plus fortes dans leur version originale.

 

 

L’homme de United

Commençons par les regrets. Immortel souffre d’impasses sur la petite enfance de George Best, ainsi que sur la fin de sa vie. Pourtant, c’est par là qu’il débute, de manière élégante et pertinente, pour bien poser son message principal et préciser l’héritage éternel et posthume de celui qui exerce une telle fascination chez certains qu’ils le considèrent comme le plus grand footballeur de tous les temps. Duncan Hamilton propose plutôt une biographie très centrée sur ses années de joueur, de sa détection en Irlande du Nord par Manchester United via Bob Bishop, alors qu’il n’était encore qu’un adolescent, à sa fin de carrière passée dans d’innombrables clubs aux quatre coins du monde. Remarquablement documenté, fort en citations et en anecdotes, le récit, d’un peu plus de 400 pages, affiche quelques longueurs et perd malheureusement en rythme dans sa partie centrale, celle qui décrit le basculement de la gloire vers l’alcoolisme. Et il ne parle évidemment pas que de George Best, mais également de son entourage, essentiel dans sa réussite mais malheureusement impuissant devant sa détresse.

 

 

 

Des gens bienveillants et humbles auxquels Hamilton rend hommage dans un premier temps de manière parfois un peu trop angélique et lourde, avant d’être plus mesuré et juste pour analyser la gestion, les bonnes et mauvaises décisions des uns et des autres, grâce à une connaissance et une description très poussées des coulisses avec force détails sur les sommes et les personnes engagées. Quoi qu’il en soit, le rôle des parents Best, des “tuteurs” Mrs Fullaway – qui l’accueillit de longues années chez elle dès son arrivée à Manchester – et Matt Busby, pour ne citer qu’eux, est reconnu à sa juste valeur et fait que Immortel est plus qu’une biographie, mais bien une histoire familiale, celle de MU au virage des années 60-70, de sa conquête de l’Europe à son lent déclin dû notamment à une transition difficile qui n’est pas sans rappeler l’après-Ferguson. Une histoire qui a failli ne jamais exister, le jeune Best repartant illico en Irlande du Nord avant que son père et le club des Red Devils ne trouvent les mots et n’aient l’intelligence appropriée pour éviter à George de rater la chance d’une vie, celle d’évoluer dans une institution qu’il portera dans son coeur jusqu’à son dernier souffle.

 

 

L’icône déchirée

L’ouvrage ne parle évidemment pas que de football, mais quand il le fait, c’est avec beaucoup de brio. Ainsi, on retient son souffle lorsque Hamilton décrit les exploits et les plus belles actions de Best, convoquant aussi bien les citations des coéquipiers que celles des adversaires martyrisés, mais tous admirateurs du talent de l’ailier. On pense au calme précédant ses débuts en pro, de l’ambiance extraordinaire d’Old Trafford en ce 14 septembre 1963. Ou au point de basculement que constitua sa performance face au Benfica Lisbonne en C1 1966 et qui fera éclabousser son talent à la face du monde. Best incarna ainsi le passage d’une génération austère et sérieuse à une autre, bien plus décomplexée notamment à propos de l’argent et du sexe. Hamilton décrit ainsi un homme qui a toujours essayé d’être libre et de vivre sa vie, profitant de ses émoluments et de son charme ravageur pour enchaîner les aventures avec les femmes, mais qui a gardé au fond de lui une immense culpabilité nourrie par la responsabilité d’être le meilleur dans une équipe en péril, alors qu’elle venait d’atteindre les sommets et dont il pensait qu’elle y resterait.

 

C’est donc le football qui détruisit le perfectionniste et instinctif Best, selon l’auteur. La souffrance de ne plus pouvoir être le meilleur et de sauver son équipe qui chutait lentement mais sûrement, sa rivalité à distance avec Johan Cruyff que l’on qualifiait de façon insupportable pour lui de meilleur joueur du monde, une popularité qui a trop longtemps viré à l’hystérie collective et étouffante, une mère anéantie par la folie qu’était devenue la vie de son fils et elle aussi ravagée par l’alcoolisme, sont autant de blessures et de douleurs qui expliquent la dépression et la déchéance de celui qui était devenu une icône. D’un garçon sensible, incompris, insoumis et à la fois vulnérable, et dont Hamilton dresse un portrait généralement fan voire apologique, même s’il n’en cache ni les travers ni les défauts, comme l’intéressé lui-même put le faire d’ailleurs. Ce qui ajoute de la justesse et de la sagacité à l’analyse de la personnalité de Best et qui constitue l’argument principal de l’ouvrage. Un travail dense sur la vie d’un homme qui a finalement fait la paix avec son héritage et les autres, notamment son coéquipier Bobby Charlton qui symbolisait l’époque précédente et qui correspondait quelque part à son antithèse. On le savait déjà, mais Immortel le confirme: la légende de George Best lui survivra.

 

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