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Stéphane Pinguet

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Le conte refait des Bleus

Avec Des Bleus dans les yeux, Louis Dumoulin réécrit l'histoire de l'équipe de France en imaginant que le sort n'a pas tourné en faveur d'Emil Kostadinov le 17 novembre 1993.

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Il était une fois une histoire merveilleuse, celle qui vous accompagne longtemps, très longtemps. Celle après laquelle plusieurs générations d’amateurs de football ont couru en mourant sans la toucher: voir son équipe gagner une Coupe du monde. Ce n’est pas non plus l’unique objectif d’une vie, il y a plus important. Mais tout de même. Thierry Roland n’était pas loin d’avoir raison au coup de sifflet final de la finale de 1998. Alors, pourquoi vouloir écrire une histoire dans laquelle tout cela n’arrive pas? Quel esprit tortueux peut vouloir l'imaginer?


Louis Dumoulin, pourtant sain d’esprit, a touché à l’intouchable, en voulant réécrire l’histoire, il l’a déconstruite, tordue pour en faire une nouvelle, pas une plus belle, une autre. L’uchronie est un exercice ambitieux. Il faut pouvoir assembler assez d’éléments de l’histoire réelle, se les approprier et trouver la faille dans l’histoire officielle, cet interstice d’où tout va recommencer.
 


L'histoire dans la lessiveuse

L’équipe de France de football a connu régulièrement des déconvenues, mais finalement assez peu de moments où tout le monde se dit : "Ça s’est joué à un cheveu". Sauf, évidemment, le match du 17 novembre 1993 contre la Bulgarie au Parc des Princes. Une histoire de visas non valables, d’une équipe qui n’avait peur de rien et de la France qui mène au score, nerveuse, fébrile, qui voudrait être la conquérante poussée par les restes des Espoirs champions d’Europe 1988.


Au bout, il y a la défaite à cause de ce but à 44’59" qui empêche la France d’aller au Mondial américain de 1994, en demi-finales duquel la Bulgarie et la Suède (issues du même groupe de qualification de la France) parviendront. Et si Emil Kostadinov n’avait pas marqué, que serait devenue l’équipe de France de 1993 à 2014, ses sélectionneurs? Comment ce symbole médiatique aurait été porté aux nues ou vilipendé selon ses résultats?


Des Bleus dans les yeux nous raconte cette histoire, celle des victoires, des défaites, des déconvenues, des espoirs, des affaires, exactement la même chose que nous avons connue, mais après un passage dans une lessiveuse. Les personnages sont les mêmes, les quelques oubliés, volontairement ou non, comme Lemerre ou Santini passent inaperçus, telle est leur trace dans l’histoire des Bleus. Des joueurs connaissent d’autres fortunes – mais Cantona reste King Eric, même un peu plus.
 


Une autre équipe de France était possible

À travers le parcours des Bleus lors des Coupes du monde et des Euros de 1994 à 2014, l’auteur nous présente des résultats imaginaires qui mènent à des compétitions que nous vivons à travers les matches des Français. Ce n’est pas un conte de fées, la France ne gagne pas chaque compétition. La victoire dans des tournois internationaux est si fragile, la vie d’un groupe, ou la tentative de donner vie à un groupe, si complexe, et le comportement des adversaires, si imprévisible. Le 17 novembre 1993 à 23 heures, comment savoir que cinq ans plus tard, l’équipe de France règnerait sur le monde? Le 2 juillet 2000 à 23 heures, comment savoir qu'elle sortirait sans gloire des prochaines compétitions internationales? Et surtout qui, en 2006, aurait pu anticiper 2010?


On peut regretter des moments passés trop vite, mais il y a tout à inventer, il faut s’abstraire de nos repères et se laisser guider par la nouvelle histoire, celle qui aurait pu… ou celle qui aurait dû? La génération dorée est-elle celle que nous connaissons? Les jeunes qui n’ont pas pu connaître la sélection, barrés par des aînés nimbés de leur palmarès, auraient pu tout aussi bien être nos héros de jeunesse.


D’ailleurs, de cette jeunesse, de nombreuses émotions et souvenirs personnels réapparaissent à l’évocation de joueurs des années 90 et 2000, et avec eux les personnes avec lesquelles partager un match à l’époque était chose banale. Dans le livre, ces matches n’existent plus, notre histoire personnelle reste le seul élément tangible. Alors ce livre prend une autre dimension, beaucoup plus intime. Celle qui fait réécrire notre propre histoire à travers le prisme que Louis Dumoulin nous propose.


Des bleus dans les yeux, Louis Dumoulin, Desports, Editions du sous-sol, 2014.

 

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