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Yann Le Sauce

Né au football à La Beaujoire pour des débuts d'enfant gâté avant l'apprentissage de la frustration grâce au FCN. Dédicace ses textes aux khouyas de Sidi Boujida, quartier fassi.


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Revue de Stress #55

Le FC Nantes face à son avenir

Même si les Canaris sont bien calés en milieu de tableau, rêver à un destin européen semble loin. Et on se demande si la stratégie actuelle, avec ses réussites mais aussi ses ratés et ses frilosités, peut mener le club beaucoup plus haut.

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Onzième avant la 22e journée, désormais dans le top 10 après sa victoire contre Troyes, le FC Nantes est à un tournant de sa renaissance. Les saisons cauchemardesques – 2009/10 avec une quinzième place en Ligue 2 et 2010/11 avec une treizième place mais surtout une affluence moyenne à La Beaujoire tombant à 11.444 courageux –, semblent désormais reléguées au placard. Le club, octuple champion de France, s’est quelque peu stabilisé en seconde partie de tableau depuis deux saisons malgré la secousse du pauvre Bangoura et l’interdiction de recrutement, qui a sanctionné son transfert, pour le mercato estival 2014 et hivernal 2015.

 

 

La possibilité à l’aube de la saison 2015/16 en fait une saison charnière, d’autant qu’elle correspond également à la dernière année de contrat de son entraîneur, Michel Der Zakarian. La ligne défensive est ainsi remaniée avec les arrivées de joueurs peu expérimentés en Ligue 1 mis à part Cana (Sabaly, Moimbé, Lenjani) pour compenser les départs de Veigneau, Cissokho et Djilobodji notamment. Dans la perspective d’une organisation en 4-4-2 losange, préparée pendant l’été, le recrutement au milieu de terrain est étonnamment léger avec les venues de Thomasson et du Brésilien Adryan. Enfin, les efforts (financiers) se concentrent sur l’attaque pour espérer en Sala ou Sigthorsson un buteur qui fera oublier Djordjevic – qui, en dépit d’un ratio pas extraordinaire de 58 buts pour 181 matches de championnat, était l'attaquant de référence des dernières années.

 

 

La folie du losange

Le 4-4-2 losange est donc de mise pour les cinq premiers matches de la saison, pour un bilan équilibré de deux victoires, deux défaites et un match nul. Mais il apparaît rapidement que le système de Der Zakarian est beaucoup trop exigeant pour Rongier et Thomasson, deux jeunes joueurs débutant pour la première fois comme titulaires une saison en Ligue 1 et qui doivent couvrir l’axe en phase défensive tout en ayant les côtés à portée de sprint. Pour ce qui est de la phase de création, c’est là que la réflexion de Der Zakarian paraît présomptueuse car ce système s’attèle habituellement à des équipes à la technique élevée, ce qui n’est pas vraiment le cas de la sienne. Surtout, le 4-4-2 losange est un système qui repose en grande partie sur le numéro 10. Celui-ci est un joueur majeur, qui se trouve à la destination des passes des milieux intérieurs et doit pouvoir distribuer vers les latéraux et combiner avec les deux pointes. Adryan, vingt-et-un ans et deux naufrages à Cagliari et Leeds sur le dos, est trop petit pour endosser le rôle, lui le dribbleur qui fait toujours le geste de trop et qui est un passeur trop inconstant.

 

Les deux défaites 2-0 à Bordeaux et contre Rennes, avec chacune une expulsion nantaise (syndrome sans aucun doute dû retard au pressing engendré par le système et de la frustration d’une équipe incapable de garder le ballon, donc contrainte de défendre trop souvent), ont fini par ouvrir les yeux de Der Zakarian, obligé de se rendre à l’évidence du manque technique de ses joueurs. En dépit de la révélation des qualités de Thomasson et de Rongier, un schéma aussi exigeant ne pouvait pas durer sur la longueur de la saison. La blessure de ce dernier, en pleine progression, une semaine après son superbe but face à Troyes (victoire 3-0 le 17 octobre 2015) a encore diminué la justesse de passes d’une équipe qui en manquait déjà cruellement.

 

 

Fin de règne…

Si Der Zakarian a eu la sagesse de ne pas persister dans ce système, c’est dans ce moment de changement vers le 4-4-2 à plat ou vers le 4-2-3-1 parfois, que le recrutement pose question. L’objectif étant de débuter la saison avec ce 4-4-2 losange, pourquoi ne pas prendre des milieux confirmés et adéquats? N’était-il pas risqué de priver l’effectif de véritables ailiers (départs de Gakpé, Bessat et Nkoudou) pour privilégier un schéma tactique en particulier? Ce serait sans doute rentrer ici dans les méandres politiques de la Jonelière, où il est de notoriété publique que des interférences présidentielles peuvent parfois court-circuiter les exigences du staff technique.

 

L’effort fait sur la venue de Sigthorsson, au détriment d’au moins un milieu supplémentaire par exemple, ressemble fort aux lubies passées de Kita père (Gravgaard, Klasnic…). Justement, les signaux envoyés par le cher Waldemar pour la bonne année, n’augurent rien de joyeux pour Der Zakarian: "Je n’oublierai pas les bonnes choses, mais s’il faut appuyer sur le bouton rouge parce que ça ne va pas, il faut le faire. C’est le rôle d’un dirigeant. Mon but est de faire progresser le club. […] Il manque les résultats de l’équipe première qui, je l’espère, vont s’améliorer d’ici la fin de saison."

 

 

…pour un avenir européen ?

C’est donc dans cette fin de saison que va se concrétiser le tournant que doit prendre le FC Nantes. Un avenir que Waldemar Kita, toujours ambitieux, imagine glorieux: "Je pense qu’on a les moyens de jouer l’Europe tous les ans d’ici trois à cinq ans." Si le président veut matérialiser ses vœux, le choix de la succession (ou non d’ailleurs) de Der Zakarian s’avèrera décisif, au moins autant que l’importance des moyens qui seront mis à disposition de cet entraîneur. Cette démonstration d’ambitions semble aujourd’hui quelque peu éloignée des réalités d’un club qui a terminé les deux dernières saisons de Ligue 1 aux treizièmes et quatorzièmes places. Elle ne doit pas non plus se faire dans le mépris d’un public, et de sa chanteuse et active tribune Loire, qui tient un rôle déterminant dans l’embellie récente et offre auprès des médias et des joueurs l’image d’un club à l’identité forte.

 

Ce public a volontiers suivi les équipes généreuses, motivées par Der Zakarian: l’affluence moyenne était de 18.671 spectateurs pour la remontée en 2012/13 après trois saisons moribondes en Ligue 2 ; pour le maintien en Ligue 1 l’année suivante, elle fut de 28.169 mais tomba à 25.985 la saison dernière et est actuellement de 24.972. De même qu’une limite tactique semble caractériser ses équipes (la générosité ne tenant pas sur une saison entière), le jeu qu’elles proposent sous sa direction commence à peser sur le lien qu’elles ont indéniablement recréé avec La Beaujoire. Si l’avenir européen du FC Nantes apparaît aujourd’hui comme un mirage, c’est encore une fois Waldemar Kita qui tient le destin du club entre ses mains. À lui de déléguer le futur du FC Nantes à un entraîneur audacieux, sans quoi les sièges de la tribune Jules Verne, trop souvent déserts, risquent d’attraper une vilaine crève.

 

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