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Mevatlav Ekraspeck

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W comme winner

Le FC Néant de Waldemar Kita

Plus de treize ans après son rachat par Waldemar Kita, le FC Nantes existe encore, mais son bilan sportif a basculé dans l'inexistant. Étude comparative.

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Par comparaison avec les autres clubs, le FC Nantes de Waldemar est-il d’une nullité abyssale? Le président, interrogé par L'Équipe, a récemment défendu son bilan en se posant en protecteur du club face à la précarité financière et en élément stabilisateur dans un environnement hostile. Il n’a en revanche pas abordé l’aspect sportif.

 

On peut aimer ou pas l’homme, personnage clivant et difficile à cerner, la méthode de gouvernance du club depuis l’été 2007 et les individus dont il s’entoure. Évitons les jugements de valeur et essayons d’objectiver ce bilan. Après tout, il est possible que le FCN ne soit pas le seul club rentré dans le rang, surtout dans un football français où, comme ailleurs, les écarts de puissance financière et sportive se sont creusés.

 

 


"Vladimir, comment expliquez-vous les difficultés de l'Olympique nantais ?"

 

Alors, pour faire émerger des points de comparaison, passons le bilan sportif du FCN au révélateur: cherchons à savoir quels autres clubs, comme lui depuis 2007, n’a jamais obtenu:
• un titre de L1 ou une victoire en coupe ;
• une place de 1 à 6 en L1 ;
• une place de finaliste en Coupe de France ;
• une place de finaliste en Coupe de la Ligue ;
• un titre de champion de France de Ligue 2.

 


Ligue 1 : Nantes jamais dans le top 6

Voici la synthèse depuis 2007-2008, de toutes les équipes ayant fini le championnat à l'une des six premières places – ce que Nantes n’a jamais réussi.

 

 


Titres : PSG 7, chacun des six autres champions 1.

 

Depuis que Waldemar Kita a repris Nantes, il est difficile de se faire une place dans la dizaine de clubs (allant de Lyon à Montpellier) qui squattent ce top 6. Seuls Auxerre, Nancy, Reims, Sochaux et Toulouse ont réussi à s’y incruster une fois. Mais quinze équipes ont fait mieux que le FC Nantes, dont certaines avec des budgets très inférieurs.

 

Dans cette liste figurent une bonne partie des clubs ayant remporté au moins une fois le championnat de France dans leur histoire. Manquent à l’appel: Nantes et ses huit titres, donc, ainsi que Lens (1998) et Strasbourg (1979)… Ne sont pas mentionnés nos chers disparus, à savoir Sète, le Racing, l’Olympique lillois, le CO Roubaix-Tourcoing.

 

Autre élément: sur les 38 clubs qui ont joué en Ligue 1 depuis l’été 2007, 23 n’ont jamais réussi à intégrer ces six premières places, dont Nantes. Rien de bien honteux, donc, à ne pas percer. Mais ce qui assombrit le tableau, c’est que rares sont les clubs "historiques" à avoir raté le coche: seuls les Alsaciens et les Nordistes accompagnent le FCN dans cette triste catégorie…

 


Coupes : loin du Stade de France

Au sein de ces 23 exclus du top 6, bon nombre se sont illustrés dans les coupes nationales. Parmi eux: Lens, qui est allé en finale de la Coupe de la Ligue en 2008, et le RCS, qui a remporté la compétition en 2019.

 

 


Titres : PSG 7, OM 3, Bordeaux, ASSE et Strasbourg 1.

 

Certes, le PLM accapare la moitié des places, n’en laissant que 13 aux gueux. Mais, hormis Lens et Strasbourg, Bastia, Guingamp ou Vannes ont démontré qu’il était possible, sans appartenir à la catégorie des clubs les plus aisés, de se faire une place au soleil.

 

Eh bien, même cette opportunité, le FC Nantes n’a pas su la saisir. Sa meilleure occasion: une demie disputée à la Beaujoire, emportée par le PSG d’Ibrahimovic un soir de février 2014 (1-2, but de Veigneau et doublé de Zlatan, dont un but à la dernière minute du temps réglementaire).

 

La Coupe de France n'a pas plus souri au club de la famille Kita. Meilleure performance: une demi-finale en 2018-2019.

 

 


Titres : PSG 6, Guingamp et Lyon 2, Rennes, Lille et Bordeaux 1.

 

Comme pour la Coupe de la Ligue, quatre clubs squattent la moitié des places en finale au Stade de France. Mais voilà, quelques formations de calibre et de division inférieure montrent la voie: Auxerre, Angers et feu l’ETG. Même les petits Poucet vendéens et normands ont fait mieux que les Canaris, dont la meilleure performance est une demi-finale en 2018/19.

 

C’est le PSG qui, encore une fois, mit fin aux espoirs nantais il y a deux ans, d’un 3-0 sec et net. C’était le premier vrai gros choc pour les Kita’s boys – Châteauroux, Sannois, Toulouse et Vitré ayant auparavant jalonné son parcours.

 

24 clubs font donc mieux que Nantes à la lecture de ce "palmarès" du football français depuis l’arrivée de l’ancien président de Lausanne à sa tête. En produisant un indice par l'addition du nombre de places dans le top 6 du championnat et le nombre de places en finales de coupe, le classement est le suivant.

 

 

 

La photographie est cruelle pour les Nantais, dépassés par de nombreux clubs bien moins riches en termes de trophées, de passé et d’histoire.

 


Ligue 2 : pas une ligne de plus

Il faut se souvenir que le FCN a connu deux relégations, et qu’il a eu l’opportunité de décrocher un titre de Ligue 2 lors de ses cinq saisons à cet étage. Ligne mineure dans un palmarès, certes, mais qui compte tout de même dans le pedigree de l’équipe. Là encore, c’est raté.

 

 

 

On recense ici quelques vieilles gloires qui se remplument: Metz, Caen, Le Havre, Lorient ou Troyes ont connu la joie de fêter un titre et de mettre un trophée et un souvenir dans leurs vitrines. Nantes n’ayant jamais survolé la L2 au point d’être prétendant au titre, même les remontées furent difficilement acquises.

 

Pour Nantes, la meilleure performance en cinq saisons est une 2e place, en 2007/08.

 


Un bilan négatif, un comparatif cruel

29 clubs ont donc fait mieux, sur le plan sportif, que le FC Nantes sous la présidence de Waldemar Kita.

 

Depuis l’été 2007, 58 clubs ont fréquenté les deux divisions professionnelles du football français, dont 38 qui ont connu ou connaissent encore la Ligue 1. Parmi tous ceux-là, 28 ont obtenu au moins une fois un résultat supérieur à celui affiché par le FC Nantes de Waldemar Kita en championnat ou en coupe, ou arraché un titre de Ligue 2. S’ajoutent à eux les amateurs des Herbiers.

 

Représentons le cumul du nombre de top 6 en Ligue 1, de finales gagnées ou perdues en coupes nationales, et de titres de Ligue 2.

 

 

 

Nantes figure donc parmi les 30 clubs professionnels au palmarès totalement vierge depuis treize ans, et parmi ses 29 compagnons d’infortune, aucun n’est objectivement de son standing.

 

Sedan (2 Coupes de France), le Red Star (5 Coupes de France), Gueugnon (1 Coupe de la Ligue) sont les seules équipes ayant gravé leur nom au panthéon du football français qui tiennent compagnie aux Canaris dans cette pénurie. Tous les autres lauréats encore dans le giron professionnel, sans exception, ont pu faire revivre leur glorieux passé au moins une fois.

 

Le déclin sportif sous Kita est un fait acté. Aucun ancien champion de France ayant encore le statut professionnel ne fait pire en performance pure. Son club compte en effet 8 titres de champion de France pour 7 titres de vice-champion, 3 coupes de France pour 5 finales, une finale de Coupe de la Ligue, 3 trophées des champions, une demi-finale de C1, une demi-finale de C2 en 21 participations européennes (plus deux Intertoto) en un peu plus de quarante ans (1963-2004).

 

En treize saisons de "kitisme" (quatorzième en cours), rien. Pas une ligne, pas un accessit.

 


Une situation inédite chez les "grands" ?

Quel club français, au palmarès aussi fourni, a déjà connu un tel passage à vide? Prenons comme échantillon les dix clubs qui revendiquent trois titres de champion de France ou plus, et voyons quelles furent leurs plus grandes périodes sans fréquenter l’Europe – que n’a plus connue La Beaujoire depuis 2004, voire 2002 si on ne compte pas l’Intertoto…

 

Le PSG, s’il aime les crises cycliques, ne traverse pas de vraie période de vaches maigres et trouve toujours une coupe à se mettre sous la dent pour tromper les sécheresses d’avant sa période pétrodollars, et ne rate que rarement les échéances européennes.

 

La remarque est la même pour l’AS Monaco, qui ne connaît pas une panne d’une telle longueur dans son histoire récente, malgré une relégation. Dix ans (1965-1974) et huit ans (2006-2014) constituent les plus gros intervalles sans coupe d’Europe recensés pour l’équipe princière.

 

L’OM, entre 1978 et 1987, connaît sa traversée du désert, avec relégation à la clef. Dix ans d’instabilité, sans épopée européenne, avant que Tapie n’inverse la tendance pour aboutir à l’apothéose de 1993. Marseille survivra à la chute qui survient ensuite, et retrouve globalement son rang.

 

L’ASSE ne connaît plus l’Europe entre 1982 et 2009 (Intertoto exclue), et enregistre même un écart plus grand entre deux titres (1981 et 2013). Mais, durant cette période, deux titres de Ligue 2 et quelques places dans le premier tiers du classement de Ligue 1 (4e en 1988, 6e en 2000 et 2005) sortent le Chaudron de sa torpeur.

 

Les Girondins de Bordeaux, entre 1971 et 1979, connaissent des seventies ternes, mais redressent la barre à l’arrivée de Claude Bez, survivent aux affres du début des années 1990 et font régulièrement leur apparition en coupe d’Europe depuis. Le dernier titre commence à dater, certes.

 

L’OL connaît vingt années compliquées entre 1976 et 1996, soit une finale de Coupe de France et une finale de Coupe de la Ligue. Mais les Lyonnais finissent 6e de D1 en 1981 et 5e en 1991, sont sacrés champions de France de D2 en 1989, et attendent quinze ans (1976- 1991) entre deux participations à la C3. Ils récupèrent entre-temps Jean-Michel Aulas comme président, pour la suite que l’on connaît.

 

L’OGCN souffre lors d’un long passage, borné entre deux finales de coupe de France (1978 et 1997), mais cette vingtaine d’année est entrecoupée d’une 6e place en 1989, d’un titre de champion de D2 en 1994, et les Niçois sont installés depuis vingt saisons ou presque en L1… Vingt ans, c’est aussi le temps qu’il faudra patienter entre la C3 de 1976-1977 et la C2 de 1997-1998.

 

Le LOSC devra attendre 2001 pour découvrir les joies de l’Europe, et verra 56 ans s’écouler entre deux titres majeurs (1955-2011). Mais quatre titres de champion de France de D2 embellissent l’ordinaire (1964, 1974, 1978, 2000), une 6e place en 1991 et 18 saisons consécutives en première division entre 1979 et 1997 font que ce "creux" est tout de même moins déshonorant que le bilan nantais. La présidence Seydoux installe les Nordistes dans les clubs français qui comptent.

 

Le Stade de Reims, lui, a connu pire. Dernière participation européenne en 1963, dernière finale de coupe en 1977, relégation de D1 en 1979, et disparition du monde professionnel en 1992. Mais le club fait son retour en L1 à l’été 2012 et dispute cette saison une coupe d’Europe. Le président Caillot, en place depuis 2004, touche les fruits de sa gestion.

 

La réponse est donc plurielle: oui, chaque grand club français connaît de longs passages à vide, le plus spectaculaire étant certainement celui de Reims.

 

Le FC Nantes, qui entamera en 2021-2022 sa vingtième saison sans représenter la France sur la scène continentale, n’est pas un cas à part puisque Nice, Reims ou Saint-Étienne ont connu des ruptures plus longues, et que le LOSC a attendu 45 ans depuis la création de ces compétitions avant de pouvoir y participer.

 

Mais, hormis le Stade de Reims, qui renaît de ses cendres aujourd’hui, aucune entité historique française de stature comparable à celle du FCN ne connaît de séquence aussi négative que celle que lui a fait traverser Waldemar Kita. Et parmi ces dix-là, seul ce même FCN n’est plus un prétendant régulièrement crédible à la première moitié du classement actuellement.

 


La chute de la maison jaune

C’est une véritable relégation sociosportive qu'ont connue les Canari, les faisant régresser aux côtés des clubs qui comme Nantes, ont pris part à la Ligue 1 durant ces treize dernières années, sans pour autant laisser une trace marquante de leur passage dans le championnat ou dans les coupes: les deux clubs d’Ajaccio, Amiens, Arles-Avignon, Boulogne, Brest, Dijon, Grenoble, Le Mans, Nîmes et Valenciennes.

 

Une appréciation sommaire des moyens humains et pécuniaires mis à disposition de cette dizaine de concurrents directs du FCN laisse perplexe quant à l’usage fait du centre de formation et des fonds investis dans les transferts. Les faits mettent Waldemar Kita en face d’un échec qu’il ne souhaite pourtant pas admettre, préférant désigner d’autres responsables, politiques ou sportifs.

 

Sous sa gouvernance, le FC Nantes n'a même pas fait partie de cette trentaine d’équipes qui, elles, ont eu l’opportunité d’enrichir leur histoire et la liste de leurs trophées. En treize ans, aucune politique sportive n'a laissé espérer une progression ni produit de résultats tangibles: des titres, des finales, des places européennes.

 

Malgré toutes les circonlocutions du président actuel, il n’en reste pas moins le premier suspect de l’extinction de la lumière nantaise dans le paysage du football français.

 


Post-scriptum. Waldemar Kita opposera une finale de Gambardella, c’est vrai. En 2009, Montpellier défait la jeunesse nantaise 2-0. Trois ans plus tard, les Héraultais sont champions de France avec El Kaoutari, Belhanda, Stambouli, Martin ou Cabella, la gestion de cette génération par les hommes de Nicollin est exemplaire.
En face… Loïc Négo, pas conservé, est aujourd’hui international hongrois. Lionel Carole, non conservé, s’épanouit à Galatasaray puis à Strasbourg. Sofiane Hanni, non conservé, voyage de la Turquie en Russie en passant par la Belgique, en profitant pour être sélectionné avec l’Algérie. Vincent Sasso, non conservé, fera carrière au Portugal. Seront conservés: Alhadhur, aujourd’hui à Châteauroux, et Djidji, le seul a s’être installé dans l’équipe première. La comparaison, là aussi, est donc très cruelle quant à la politique de post-formation des pépites jaunes.


 

 

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