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Richard N

 

Pionnier du foot sur le Web avec Kick'n'Rush, historien pour les Cahiers et Footichiste pour son compte.


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Déformation à la française

Le football au pied du podium

Le foot, sport le plus populaire du monde a toujours été présent aux Jeux olympiques. Mais il n’a jamais été qu’un élément du décor... à quelques exceptions près.

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Le foot n’a rien à faire aux Jeux olympiques. Comme le tennis, le cyclisme sur route et tous ces sports dont la médaille d’or ne constitue en rien l’objectif absolu... Pour les footballeurs pro, comme pour les tennismen ATP et WTA, les cyclistes du Tour ou les basketteurs NBA, les Jeux ne tendent qu'à proposer une sortie récréative, avec pour objectif d’orner les palmarès olympiques avec des noms connus – ou, au mieux, d'offrir à ces pros un supplément d'âme au travers de la "gratuité" de leur participation.

 

Bien que sa présence au programme soit perpétuellement discutée, le foot n’a manqué, en tout et pour tout, qu’une seule olympiade – celle de 1932 à Los Angeles. Présent depuis 1896 à Athènes, le foot olympique est passé de "sport de démonstration" à bouche-trou des programmes TV en période olympique. Les vingt-cinq tournois passés se sont déroulés sans qu’on y prête gare, et seules trois éditions ont vraiment marqué leurs époques, celles de 1924, 1952 et 1984.

 


1924 : Colombes céleste

Depuis qu’il est organisé de manière un peu sérieuse, c'est-à-dire depuis 1908, le tournoi olympique de foot se dispute entre sélections européennes. Ce n’est qu’en 1920, à Anvers, que l’on voit débarquer une équipe d’un autre continent, l’Égypte en l’occurrence. En 1924, le tournoi à Paris s’ouvre à vingt-trois équipes, dont l’Égypte mais aussi les États-Unis et surtout un petit pays d’Amérique du Sud quasiment inconnu: l’Uruguay. Cette équipe au maillot couleur ciel provoque la sensation à Colombes en pulvérisant la Yougoslavie (7-0). Elle pratique un football alerte, enthousiaste, technique, élégant, qui séduit le public parisien. La Celeste se joue ensuite des Etats-Unis (3-0), de la France (5-1) des Pays-Bas (2-1), de la Suisse en finale (3-0) et remporte le tournoi et l’adhésion unanime du public. Quatre ans plus tard à Amsterdam, l’Uruguay est de retour avec d’autres sélections latino-américaines: le Chili, le Mexique et l’Argentine. Et c’est cette dernière qu’elle bat en finale (sur deux matches) pour conserver son titre.

 

 

Ces tournois olympiques dans les années 1920 ont concrétisé l’idée que le football était désormais une affaire internationale. Et convaincu les dirigeants de la FIFA que l’heure était enfin venue de créer une épreuve autonome rassemblant les meilleures sélections de la planète. Ce fut chose faite dès 1930 avec la première Coupe du monde organisée… en Uruguay.

 


1952 : Puskás et les athlètes d’État

Les Jeux olympiques d’Helsinki en 1952 sont marqués par l’arrivée de l’Union Soviétique et des pays du Bloc de l’Est dans le concert olympique. Les Jeux prennent une tournure résolument politique et la Guerre froide trouve une extension sur les terrains de sport. Le foot n’échappe pas au phénomène. À Tempere, une rencontre mythique oppose l’URSS à la Yougoslavie, alors que les deux pays sont diplomatiquement en froid. À un quart d’heure de la fin, la Yougoslavie mène 5-1. En fin de match, les Soviétiques sont revenus à 5-5! Les Yougoslaves s’imposeront lors du match d’appui, et poursuivront leur route jusqu’en finale. Où ils s’inclineront face à l’une des plus belles sélections de l’histoire du foot, la Hongrie des Puskás, Czibor et autres Kocsis.

 

Les tournois olympiques de foot sont désormais la chasse gardée des sélections des pays de l’Est. Ceux-ci trustent les podiums durant trois décennies grâce à des règlements sur l’amateurisme qui leur confèrent une situation privilégiée: Alors que les pays occidentaux ne peuvent utiliser leurs joueurs professionnels, les démocraties populaires peuvent envoyer leurs sportifs d’élite, ceux-ci étant considérés comme des militaires et non des sportifs de métier. Ces "athlètes d’Etat" sont donc officiellement amateurs, même s’ils vivent et s’entraînent comme des professionnels occidentaux.

 


1984 : les Bleus olympiques, premiers pros en or

Une nouvelle ère s’ouvre en 1984 avec les Jeux de Los Angeles. La notion pure et dure d’amateur longtemps défendue par le CIO s’assouplit avec son nouveau président Juan Antonio Samaranch. La plupart des sports se professionnalisent, y compris les disciplines éminemment olympiques comme l’athlétisme ou la natation. À l’heure des sponsors et des droits TV, les Jeux olympiques ne peuvent plus se permettre d’exclure leurs champions sous prétexte qu’ils touchent un peu d’argent. Ainsi le football joua-t-il un rôle de pionnier, en étant le premier sport à envoyer officiellement des professionnels aux Jeux. Seule restriction imposée: que les joueurs n’aient jamais disputé aucun match comptant pour la Coupe du monde, éliminatoires comprises.

 

 

Les sélections occidentales sont désormais mieux armées pour affronter les athlètes d’état du bloc de l’Est. Pas de chance, en 1984, ces derniers sont absents pour cause de boycott politique. Le tournoi de Los Angeles sourit à la France, qui a envoyé une belle équipe de joueurs de Division 1. Ceux-ci reviennent couverts d’or et prolongent le bel été du foot français après la victoire des Bleus à l’Euro 84. Pour l’histoire, Albert Rust, gardien et capitaine de l’équipe de France restera le premier sportif professionnel à recevoir une médaille d’or olympique.

 

L’entrée des professionnels redynamise le foot olympique. Et si l’URSS remporte l’édition de 1988 à Séoul, ce n’est plus en bénéficiant des failles du règlement mais bien parce qu’elle était la meilleure équipe du tournoi. Quelques ajustements seront apportés au règlement, limitant à partir de 1992 la participation aux joueurs de moins de ans, puis autorisant, en 1996, trois "plus de vingt-trois ans" par sélection.

 


1996 : l’Afrique et les femmes

1996 aurait d’ailleurs pu être une édition aussi déterminante que les trois citées plus haut. Deux évènements majeurs ont en effet marqué cette olympiade: l’entrée au programme du football féminin, avec un tournoi remporté par les Etats-Unis, et le premier triomphe mondial d’une nation africaine, le Nigeria. On peut toutefois difficilement parler d’une nouvelle ère du foot olympique. La victoire du Cameroun quatre ans plus tard à Sydney a confirmé l’émancipation des sélections africaines dans le concert international. Mais les effets se font toujours attendre en Coupe du monde où aucune équipe africaine n’est encore parvenue en demi-finale.

 

La présence des dames, quand à elles, ne souffre d’aucune discussion. Les Jeux représentent un véritable rendez-vous dans leur carrière, et il n’y a d’ailleurs pas de limite d’âge pour les participantes.

 

Il est peu probable que le tournoi des Jeux de 2012 entre dans l’histoire au même titre que les éditions de 1924, 1952 et 1984. La présence d’une sélection de Grande Bretagne suscitera certes la curiosité [1] mais pour le reste, on peut s’attendre à suivre des rencontres qui, même passionnantes, auront du mal à se faire une place entre une finale du cent mètres et un concours général de gymnastique.

 

 

[1] Lire "God save the kick". Relire également "Vaincre à Berlin".
 

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