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Tristes stades

Le fusible à six coups

Les débuts de saison sont toujours meurtriers pour les entraîneurs. Giresse et Nouzaret en ont déjà fait les frais. Demain verra peut-être Le roy et Courbis leur succéder. L'occasion de revenir sur un drôle de métier.
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Nouzaret, Giresse, Rehhagel, Lippi. Série en cours. Comme chaque année, le début de saison est particulièrement meurtrier pour les entraîneurs. Démissionnés ou démissionnaires, tous vont devoir exercer leurs talents ailleurs. Car paradoxalement, c’est rarement pour un problème de compétences qu’on se sépare d’un entraîneur. Bien rares, en effet, sont les présidents qui avouent avoir viré un technicien parce qu’il faisait mal son travail. On parle d’absence de résultats et de nécessité de choc psychologique, jamais d’incompétence.
D’ailleurs, les faits montrent bien que le problème ne situe pas à ce niveau dans la mesure où même les plus grands se sont fait licencier au cours de leur carrière. Aimé Jacquet étant l’archétype parfait de ce cas de figure. Aux commandes du Bordeaux victorieux des années 80, il a été par la suite éjecté de Nancy et de Montpellier avant de reprendre les rennes de l’équipe Championne du Monde. Ce cheminement chaotique est le lot commun de beaucoup d’entraîneurs et peut parfaitement être transposé pour ceux cités en début d’article. Qui irait, par exemple, remettre en cause les méthodes de Lippi après la lecture de son palmarès ? Ou comment mettre de coté les quinze ans à la tête du Werder Brême d’Otto Rehhagel ? Et même si les résultats de Giresse ou de Nouzaret sont moins spectaculaires, on ne peut oublier leurs antécédents. Pour le premier, avoir réussi à faire remonter deux fois le club de Toulouse et pour le second, avoir redonné à tout un chaudron, fierté et confiance grâce à son jeu offensif.

Mais où trouver les raisons de l’échec s’il ne s’agit de compétence globale ? Plutôt dans les limites dans lesquelles s’inscrit celle-ci. Nous pensons, en effet, qu’un entraîneur pour réussir a besoin de se retrouver au sein d’un contexte où ses compétences peuvent s’exprimer au mieux. Sa principale qualité sera, dès lors, de créer ce contexte. Pour arriver à ce résultat, deux méthodes se côtoient. Elles correspondent à deux types de caractères bien affirmés. D’un coté, une volonté bien établie qui cherche à modeler l’environnement selon son désir ; De l’autre, une grande faculté d’adaptation qui permet de se mouler dans un espace prédéfini. S’il est, bien entendu, stupide de simplifier le fonctionnement de chacun selon des schémas aussi manichéens, la position des uns et des autres se trouve souvent entre ces deux limites.
Nous classerons, par exemple, dans la première catégorie des hommes comme Arsène Wenger, Jean Tigana ou Louis Van Gaal. A leur arrivée, leur premier souci sera d ’amener tout le monde à travailler selon leurs méthodes. Une fois installés, ils compléteront leur organisation en recrutant les cadres et les joueurs dont ils ont besoin pour façonner définitivement le club à leur image. L’archétype de ce mode de fonctionnement étant sans doute Van Gall, recréant sur le terrain de Barcelone, un Ajax bis. Dans les rangs de la seconde classe, se retrouvent tous les entraîneurs qui servent de pompiers de service. Parachutés dans un club en difficulté, ils doivent en quelques jours rétablir une situation avec les moyens matériels et humains disponibles.

Quelle que soit la catégorie choisie, mener un club vers le succès nécessite toujours un brin de réussite et souvent pas mal de temps. Il faut, en premier lieu, avoir la chance de tomber sur un groupe de joueurs capables d’adhérer au discours proposé. De même, il faut aussi trouver au sein du club des dirigeants suffisamment intelligents pour réunir les meilleures conditions de réussite. Mais en dépit de mille garanties, jamais un entraîneur ne saura vraiment où il met les pieds quand il signe un contrat. Le risque zéro n’existant pas, il lui faudra faire avec et en cas d’échec, il devra, bien entendu, assumer le rôle de coupable idéal. Car si on a coutume de répéter que se sont les joueurs qui sont sur le terrain et qui se battent pour la victoire, en cas de destin contraire, la responsabilité en reviendra à l’entraîneur. Normal dans ce cas qu’il soit le premier à en payer la conséquence en débarrassant les vestiaires.
Solution de facilité nous direz-vous. Sans doute mais pas forcément. En effet, quel autre choix un Président de club se voit-il offert en cas de mauvais résultats persistants? Aucun. Reste le cruel dilemme du stop ou encore. S’il y a fort à parier que l’option qui consiste à maintenir en place le technicien sur la durée soit la plus payante, les dirigeants n’ont en général guère la latitude d’attendre. Face à une pression populaire et économique dont la patience décroît dans une proportion exactement inverse à son poids, ils doivent réaffirmer leur pouvoir et leur compétence. Pour ça, il leur faut agir. Cette action, synonyme de geste fort, se traduit, neuf fois sur dix, par un changement d’entraîneur puisque le maintien de ce dernier s’apparenterait, aux yeux de l’opinion, à de l’immobilisme. De surcroît, élément le plus proche de joueur, il est le seul dont le changement puisse provoquer une réelle prise de conscience de la part de ces derniers. Car la finalité principale est avant tout d’améliorer la productivité d’un groupe. Se retrouve alors le schéma classique d’une entreprise où le manager se doit d’obtenir des résultats sous peine de se retrouver au chômage. Une équipe ne pouvant être renouvelée d’un coup de A à Z, il ne reste qu’à changer la méthode de management et celui chargé de l’appliquer.

A ces difficultés traditionnelles et inhérentes au poste sont venues, ces dernières années, s’ajouter de nouvelles chausse-trappes. Si la notion de groupe demeure la notion fondamentale pour une équipe de sport collectif, elle est de plus en plus mise à mal. Désormais un entraîneur doit gérer une équipe souvent composée de joueurs au comportement de plus en plus individualiste. Dans un système qui fait la part belle à la starisation, les égos des uns et des autres prennent une place sans cesse croissante. Les opportunités financières s’étant démultipliées, les joueurs ont adopté des types de comportement nettement plus égoïstes et n’hésitent plus à endosser le rôle de mercenaires toujours à l’affût de nouvelles sources de succès sportifs ou financiers. Le responsable de l’équipe se retrouve ainsi face à une nouvelle double difficulté : d’une part, gérer ces nouveaux comportements et d’autre part, se retrouver tributaire non seulement des résultats mais également des volontés d’une équipe dirigeante dont les désirs peuvent rapidement devenir des ordres sur le plan technique. Il apparaît inconcevable, en effet, qu’un président de club ayant acheté un joueur à prix d’or accepte de le voir laisser sur le banc. Imaginez la position de Bergeroo si Anelka venait ne plus apparaître sur le terrain. Pour clore le chapitre sur ces nouvelles difficultés dues à la montée des enjeux financiers concernant les joueurs, nous noterons, par exemple, que ce sont certainement les cas Alex et Mettomo qui ont aiguisé les couteaux entre Nouzaret et Soler.

La vie d’entraîneur n’est donc pas de tout repos et il est finalement assez compliqué de comprendre les motivations des hommes qui exercent cette charge. Si l’aspect financier joue peut-être pour les plus grands, l’énigme demeure pour la plupart. Pourquoi accepter un job exposé à la vindicte populaire et dont la reconnaissance s’arrête aux premiers mauvais résultats venus? Sans doute un mélange d’amour du travail de longue haleine, d’attirance du pouvoir et d’espoir d’être le démiurge qui fera progresser une équipe au gré de sa volonté. En tout cas, presque tous ont en tête de s’imposer sur le long terme. Mais c’est précisément ce désir qui est le plus difficile à réaliser. En effet, pour s’inscrire dans la durée, un entraîneur a besoin de continuer à progresser. Or, il est privé de la plus sûre manière d’y arriver dans la mesure où le droit à l’erreur lui est quasiment interdit. S’impose alors l’ultime paradoxe de ce métier qui nécessite l’excellence et qui se voit souvent refuser les moyens de celle-ci.

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