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Romain Partial

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Folle soirée

Le Goudet autre

Malgré l'optimisme forcené d'un entraîneur étroitement associé à son ascension dans l'élite, Le Mans est-il déjà condamné dans un championnat qui n'a plus de pitié pour les "petits"?
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Le Mans est une ville qui fleure bon le basket et l’essence. Essentiellement connue pour ses 24 heures déclinées à toutes les sauces: de l’auto à la moto en passant par le roller et même le livre. Les jeux de mots faciles sur une équipe qui "carburait au super" et "démarrait sur les chapeaux de roues" l’an passé manquaient à l’histoire de la presse écrite. Celle du MUC ressemble à la photographie en noir et blanc de beaucoup de clubs de L2. Le club a connu les querelles de dirigeants, les quolibets des supporters lors des saisons difficiles, et quelques rares heures de gloire en coupe. Issue d’une fusion de clubs rivaux sous haut patronage politique, le MUC est monté en L1 au bout de vingt ans, emmené par un inconnu illustre: Thierry Goudet.

Thierry Goudet a le football au bout des lèvres, et il est rose.
Goudet, parti du village et monté dans les nuages Durant toute sa carrière, Goudet ne s’est jamais éloigné à plus de deux cents kilomètres de son lieu de naissance. De Laval au Havre, de Bonchamp à Thouars, son parcours se dessine sur une carte IGN. Thierry Goudet collectionne aussi quelques clichés. Arrivé au Mans en décembre 2000 pour remplacer un autre entraîneur historiquement implanté, il a modestement assuré le maintien avant d’amorcer le redressement du club. L’image qu’il impose est celle du fin connaisseur des arcanes de la L2. Avec le projet balisé "revaloriser le centre de formation", il découvre rapidement "beaucoup de jeunes de qualité". Proche de ses joueurs, il a su construire un groupe de facture classique: une poignée de joueurs expérimentés, une pincée de joueurs issus d'autres centres de formation pour encadrer la classe biberon mancelle. D’ailleurs, très rapidement encore, il est contraint de se séparer de ses meilleurs espoirs, comme Olivier Thomert ou Didier Drogba. C’est à ce prix que le club assure sa survie économique tout en distribuant de l’espoir à une jeunesse ambitieuse. Goudet apparaît avant tout comme un manager consciencieux n’hésitant jamais à affirmer sa croyance en la préparation d'avant-saison, sa confiance en son groupe et en l’humanité en général. Il jacquette sur son rôle d’éducateur avec pour objectif de "faire comprendre qu'une vie de groupe implique des règles, des devoirs". "Car les joueurs ne sont pas uniquement là pour toucher leur chèque à la fin du mois. Je pense qu'il y a une sorte de justice, que la notion de groupe finit par primer. J'estime aussi que les joueurs sont trop pris en main dans certains clubs, on leur apporte tout sur un plateau et à la fin, ils se déresponsabilisent". Il applique donc des principes de contrôle modéré, affirmant sa préférence pour une "équipe qui s’auto-gère". Peut-être grâce à ce management d’école ou à sa bonhomie rieuse, les nouveaux talents pointent saison après saison — comme Daniel Cousin, venu de Niort et qui, en un an et demi, s’est affirmé comme le meilleur buteur de la L2, ou encore Jean-François Bedenik, Laurent Bonnart, Frédéric Thomas ou Yohan Hautecoeur et James Fanchone, autant de novices qu’il a lancés. C’est donc avec des inconnus et de bons joueurs dits "de club", comme Celdran et Peyrelade, que Le Mans a débuté 2002/2003. Avec humilité et un bloc 4-4-2 "baupien", Le Mans a marqué la saison de L2. Le style de jeu développé avait pour réputation d’être collectif et de qualité. On a pu même dire que Goudet avait remporté son pari "d’être brillant jusqu'au bout" en "insistant là-dessus en permanence pour conserver cette qualité". Cette grosse cote a terminé à la 2e place, avec un fair-play exceptionnel à ce niveau: un unique carton rouge et seulement 40 jaunes— un score à comparer à la moyenne de 5 rouges et 72 jaunes en vigueur en L2. Le maintien et plus si affinités… Débarqué cet été en L1 avec une volonté de "continuer à construire", Goudet a adopté la stratégie des "premiers sur le marché". Eddy Capron, Fernando D’Amico et Dan Eggen ont endossé le rôle de leaders expérimentés prêts à faire oublier le fair-play de la saison passé (1). Il a aussi tenté des coups avec des étrangers anonymes (à la rennaise): Molenfe et Radu. En complément, il a rattrapé par le short une flopée de revanchards refoulés des centres de formations. Ces espoirs convoités de L2 sont Liabeuf et Periatambée, issus de l'école auxerroise, ainsi que Jean-Jacques Domoraud, qui a appartenu à même génération sochalienne que Pedretti, Meriem et Frau. Forts du soutien de supporters fidèles, les joueurs affichaient au début de la saison une confiance de circonstance. Peyrelade, tout en s’avouant en "fin de carrière", pensait que "ça marchait en Ligue 2 et il n'y a pas de raison que ça ne fonctionne plus en L1. Ces jeunes ont du potentiel et peuvent franchir le cap de la montée avec succès". Plus modeste, le goléador Daniel Cousin déclarait: "On y croira vraiment quand on ira au Vélodrome". L’objectif était bien identifié dans le discours du président Legarda: le maintien et plus si affinités. Cependant, c’est Thierry Goudet qui, des tréfonds de son inconscient, était ironiquement le plus proche de la vérité: "Si on peut faire un parcours à la Guingamp, pourquoi pas?" Mission vraiment impossible ? Même si la presse se refuse encore à condamner Le Mans à l'ascenseur, on peut légitimement douter des capacités d’une équipe qui a mué vers 4-5-1 lemerrien avec D’Amico en guise de meneur de jeu. Si l’ossature de l’équipe-type est proche de celle de la saison passée — puisque seuls Capron et D’Amico se sont imposés dans les dix joueurs les plus utilisés —, on peut craindre le syndrome Yannick Fischer, arrivé de Strasbourg et habitué à jouer au chat noir des équipes à la dérive (de là à y voir une explication du réveil alsacien…). Actuellement, Goudet martèle encore un discours réaliste: "Quand on est le petit, qu'on vient de monter, tout se retourne souvent contre vous. Tant pis. Il faut faire face. Nous allons continuer à travailler, à grandir... Je suis sûr que Le Mans va s'en sortir" relayé par le "pas question de céder au découragement" de son Président. L’union sacrée tient encore. Alors que le président assure sa totale confiance en son entraîneur, Goudet se rassure avec "l'aspect humain [qui] passe avant tout. La semaine passée, [le président] a reçu l'offre de services d'un entraîneur. Non seulement, il a refusé mais en plus il me l'a dit, ça fait bizarre en L1, non?" Si c’était Slavo Muslin, cela n'aurait rien de surprenant… D’ailleurs, la mauvaise foi tend à croître dans les arguments de l’entraîneur. "Je n'envie pas non plus le Real Madrid et ses stars. Pour se les offrir, il a vendu ses murs. Au Mans, on préfère avoir Fischer ou Peyrelade mais être chez nous". Goudet en appelle parfois au bon sens populaire en affirmant que "tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir" ou en carburant à l'auto-persuasion: "on peut retourner le classement dans tous les sens, on ne descendra pas plus bas" Mais malgré une légère amélioration dans le jeu lors des dernières rencontres et une encourageante victoire contre Istres (leader de L2) en Coupe de la Ligue, puis contre Metz ce week-end en championnat, difficile d'être optimiste. Après les relégations des "petits" (2) la saison dernière, on peut légitimement s’interroger sur les effets du retour à une L1 à vingt clubs. En effet, à dix-huit clubs, le nivellement du championnat était relativement criant et le suspens intense sur tout le territoire national. De Lens à Nice, de Marseille à Lille en passant par Metz, Paris, Monaco, Bordeaux, Nantes ou Auxerre, le championnat sort d’une décennie à géométrie très variable. Dans le fond, le MUC fait les frais du rééquilibrage actuel dans l'élite, avec des grosses écuries taillées pour l’Europe et des petites formations condamnées à mouiller le maillot toute l’année, au mieux pour se sauver, au pire pour endosser le rôle de la victime… Sources des citations : L'Équipe et lequipe.fr, Le Parisien (26/09), Libération (20/07), sport.fr (31/10), La Dépêche (03/10). (1) En dix matches, Capron et D’Amico ont déjà réalisé 20% du brillant total manceau de la saison passée en L2. (2) Troyes, Sedan et Le Havre.
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