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Christophe Kuchly


Dé-Manager, qui parle dans Vu du Banc et écrit pour l'AFP et dans La Voix du Nord.


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Revue de stress #167

Le journal du jeu #13 : marche arrière sévillane, fuite en avant pour Sassuolo

Adama Traoré bat-il Sead Kolasinac au bras de fer? • Séville: gonfler le bloc • Sassuolo: le risque permanent

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Dans un football de plus en plus inégalitaire mais loin d'être linéaire, chaque semaine offre son lot d'enseignements plus ou moins anecdotiques. Tour d'horizon de téléspectateur.

 

* * *

 

Séville against the Machin

Il y a des dégagements ratés plus coûteux que d'autres. Celui de Simon Kjaer, dans les arrêts de jeu de la prolongation au Slavia Prague, a éliminé le FC Séville de sa compétition attitrée: la Ligue Europa. Et coûté sa place à l'entraîneur Pablo Machin, déjà fragilisé par une série de résultats négative en championnat qui avait éloigné son équipe du top 4.

 

Sa façon de jouer était pourtant la même qu'à l'automne, quand les victoires s'enchaînaient et que son 3-5-2 mettait en valeur la polyvalence de nombreux joueurs. Sur la forme mais aussi sur le fond, à une différence près: la gestion temps forts/temps faibles. Expansif et ambitieux, Séville ne marquait plus assez souvent pour compenser les inévitables mauvais moments, d'autant plus fréquents que la fatigue gagnait les troupes. Dans un tel contexte, être deuxième aux expected points, preuve d'un rapport de force généralement avantageux, devient anecdotique.

 

 

Les dernières semaines, qui ont coûté sa place à celui qui avait fait des miracles avec Gérone, sont un bon résumé de ce qui n'a pas fonctionné: une défaite 3-0 à Villarreal où André Silva et Munir ont raté de toutes les façons possibles, une autre 4-2 contre Barcelone où une heure de nette domination a été annihilée par le génie de Lionel Messi et l'incapacité à maintenir le pressing, et une troisième 2-1 face à un Huesca ultra réaliste. Des rencontres où rien ne tourne bien, mais pourtant pas éloignées du dernier match de Liga de l'ère Machin, un succès 5-2 contre la Real.

 

Pour prendre la suite, Séville a choisi en interne en nommant son directeur sportif Joaquin Caparros. Un coup à deux bandes, qui permet avant tout le retour de Monchi à son ancien poste. Un choix logique, aussi: malgré des résultats catastrophiques dans toutes ses dernières expériences de numéro 1, le sexagénaire avait pris dix points sur douze lors d'un premier (court) intérim la saison dernière.

 

Un bilan comptable positif, auquel il faut rajouter trois unités. Car, pour sa première, Caparros a battu l'Espanyol 1-0 ce week-end, avec au passage un radical changement de philosophie. Exit la défense à trois et l'entrejeu blindé de milieux offensifs, place à un 4-4-2 asymétrique avec Maxime Gonalons et Ibrahim Amadou dans l'entrejeu, Ever Banega côté droit et le plus offensif Quincy Promes sur l'aile gauche. Un choix très conservateur, avec un bloc resserré qui vise d'abord à empêcher l'adversaire de jouer.

 

Sur le papier, la philosophie a ses mérites: protection d'un but trop souvent trouvé par l'adversaire, gestion des physiques avec moins de distances à parcourir et complémentarité des profils. Avec Banega qui se recentre pour mener le jeu, Jesus Navas peut occuper tout le côté droit et Amadou, meilleur sans ballon qu'avec, est déchargé de la construction.

 

Dimanche, les Sévillans ont d'abord eu la possession sans forcément être dangereux, chacun restant à sa place pour éviter de prendre trop de risques. Ils ont ensuite obtenu un penalty après un contre, l'ont marqué et se sont repliés sur leur but. Avec un succès relatif, seule la maladresse barcelonaise (malgré un très bon Wu Lei) empêchant de sanctionner une décision finalement tout sauf pragmatique tant balancer loin devant et attendre a permis à l'Espanyol de poser son jeu.

 

Après Machin mais aussi Vincenzo Montella et Jorge Sampaoli, le demi-tour est violent. Mais, au-delà de la nette baisse de plaisir pour les téléspectateurs, il rappelle aussi qu'Unai Emery a gagné ses deux premières C3 avec des entrejeux Mbia-Carriço et Mbia-Krychowiak. 

 

 

SassuYOLO

À quel moment la volonté de jouer à tout prix, peu importe les qualités des éléments à qui on demande de prendre soin du ballon, devient-elle un gimmick? C'est la question que l'on se pose régulièrement en voyant jouer Sassuolo, représentant officiel de ces petits qui ne font aucun complexe d'infériorité. Quitte à subir quelques déconvenues, à l'image du 5-3 encaissé ce week-end contre la Sampdoria.

 

En nommant Roberto De Zerbi cet été, les Neroverdi ont fait un pari risqué: engager un jeune entraîneur capable d'affirmer "pour moi, le résultat n’est pas important, ce qui l’est, c’est de voir comment on arrive à ce résultat", une réflexion cohérente mais pas toujours compatible avec la lutte pour le maintien. Un combat dont le club, auteur d'un très bon départ, fut assez éloigné… mais que la série d'un succès en douze matches de Serie A fragilise.

 

 

Comme en mathématiques, un coach de foot pour trouver la solution sans avoir eu la bonne démarche intellectuelle. De Zerbi a la logique inverse, et la volonté de trouver un raisonnement pouvant répondre à tous les problèmes en mettant en place un jeu de possession qui fait de son équipe la seule à décider du résultat. "La finalité vient après le jeu car si on applique notre style en étant aussi rigoureux défensivement, alors on obtiendra des résultats", expliquait le milieu Mehdi Bourabia dans un excellent article d'Eurosport.

 

Le souci, c'est que les inconnues sont nombreuses. À Manchester City, Pep Guardiola est ainsi passé de 78 à 100 points en améliorant le personnel mais sans changer son idée de jeu. Et si Gaël Clichy, Aleksandr Kolarov ou Claudio Bravo n'étaient effectivement pas/plus au niveau exigé, que dire de Federico Peluso, Andrea Consigli et les autres?

 

Samedi, les deux trentenaires ont coûté un but en ratant une passe, Peluso manquant également un dribble aboutissant à un face à face raté par Grégoire Defrel. Pour le défenseur central et le portier – ce dernier étant probablement le premier producteur de buts gags en Europe – se pose évidemment la question du niveau. De l'intérêt de responsabiliser des anciens qui n'ont jamais autant été sollicités balle au pied dans leur carrière, et dont l'éventuelle progression individuelle dans ce secteur n'amènera pas de revente au prix fort.

 

Face à la Samp, Sassuolo a plus subi le pressing qu'il ne l'a déclenché, passant de longs moments à multiplier les passes dans ses trente mètres à la manière du Napoli de Maurizio Sarri... mais en étant toujours sur un fil. Et, s'il s'en est parfois sorti proprement pour s'offrir des attaques dans l'espace laissé libre, reste le sentiment que le jeu n'en vaut pas forcément la chandelle.

 

Alors, faut-il tout arrêter? Dans l'absolu, et quitte à finir à une place anonyme, autant attaquer et permettre de révéler le talent des joueurs en leur demandant de faire des passes risquées plutôt que de rester en bloc et balancer devant. Mais, l'antidote désormais connu de toute la Serie A et Kevin-Prince Boateng étant parti cet hiver, il va falloir se réinventer (changer les circuits de relance ou vite exploiter l'entrejeu quand l'adversaire presse coupé en deux par exemple) sans se trahir. Les présidents italiens ne sont en effet pas les plus patients...

 

 

En vrac

Lionel Messi a encore gagné un match auquel particpaient une vingtaine d'autres personnes, cette fois face à un Betis qui a pourtant réussi une bonne première période et réduit le Barça à 43% de possession, son plus faible total depuis dix ans (4-1). En parlant chiffres, l'Atlético, battu 2-0 à Bilbao, a passé plus de trois heures sans cadrer un tir, ce qui en dit long sur les manques dans le jeu.

 

L'Inter a remporté un derby milanais bien plus spectaculaire que prévu, dans un match marqué par deux buts après des corners à deux (3-2). Bordeaux a montré de bonnes choses face à Rennes pour la première de Paulo Sousa avant, comme prévu, d'exploser physiquement (1-1). On aurait aimé voir Bayern-Liverpool avec Joshua Kimmich, même si le nouveau carton du Bayern (6-0 contre Mayence) est aussi lié aux limites de l'adversaire.

  

 

Il est sorti, faites-le entrer chez vous

 

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Le jeu, les joueurs, les entraîneurs


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