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Christophe Kuchly


Dé-Manager, qui parle dans Vu du Banc et écrit pour l'AFP et dans La Voix du Nord.


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Revue de stress #154

Le journal du jeu #4 : cinquante nuances de pressing

On n'en parlera pas cette semaine mais Manchester United a toujours une différence de buts négative. • Chelsea: une base fragile • Eibar: attaquer sans le ballon • Barcelone: identité et minimalisme

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Dans un football de plus en plus inégalitaire mais loin d'être linéaire, chaque semaine offre son lot d'enseignements plus ou moins anecdotiques. Tour d'horizon de téléspectateur.

 

* * *

 

Chelsea, la construction démolie

À quel moment le développement d'une identité de jeu très marquée empêche de faire autre chose? C'est la question qu'on pouvait se poser en voyant Chelsea depuis plusieurs semaines, les Blues ayant sans cesse la possession… mais sans rencontrer de réelle résistance de la plupart des adversaires, plus occupés à tester les limites du modèle (capacité à tromper des blocs bas) que son mécanisme (construction depuis l'arrière pour remonter la balle proprement).

 

Tottenham, qui a des idées et le personnel pour les appliquer, représentait donc un vrai test pour les hommes de Maurizio Sarri, jusque-là invaincus à défaut d'être convaincants. Et au-delà du résultat, une victoire 3-1 très mal payée vu le déluge d'occasions sur le but de Kepa, c'est la capacité à exister dans ce genre de rencontres qui pose question.

 

 

Il y a bien sûr le cas de l'attaquant de pointe, essentiel puisqu'il doit servir d'appui pour ses partenaires. Si Olivier Giroud montre quelques aptitudes, l'incapacité d'Alvaro Morata à contrôler dans le bon sens la moindre passe appuyée pose problème. D'autant qu'il ne compense pas en étant efficace dans la surface, ni en décrochant pour qu'Eden Hazard parte en profondeur pendant qu'il attire la défense – choses que Dries Mertens faisait parfaitement à Naples.

 

Mais ces limites, qui favorisent la stérilité, ne sont pas dramatiques tant que quelqu'un finit par prendre le relais offensivement. En théorie, elles augmentent juste les risques de 0-0 et de siestes. La vraie inquiétude, qui n'émerge que si on teste Chelsea sur sa base, concerne la solidité de son 4-3-3. Et l'incapacité d'une partie de ses joueurs à défendre autrement qu'en gardant le ballon dans le camp adverse.

 

Il y a l'absence d'un patron de la trempe de Kalidou Koulibaly à Naples, qui rattrape l'air de rien toutes les erreurs commises plus haut sur le terrain. Le risque inhérent à la présence de Marcos Alonso dans une défense à quatre, lui qui apporte énormément offensivement dans le couloir gauche (autant dans le jeu que dans les statistiques) mais ne sait pas se positionner. Et, évidemment, la nouveauté du plan de jeu, totalement différent de celui d'Antonio Conte l'an dernier.

 

Mais LA question concerne le positionnement de Jorginho (numéro 6) et N'Golo Kanté (numéro 8), logique avec le ballon pour le remonter proprement... et tout sauf viable sans. Samedi, l'incroyable espace laissé entre les lignes n'a fait que mettre en lumière un problème de géométrie: très lent, l'Italien ne peut pas couvrir beaucoup de terrain pour protéger sa défense, et son partenaire est trop haut pour l'aider.

 

Bien sûr, il faut souligner la performance de Tottenham. L'impact physique de Moussa Sissoko en box-to-box, la maîtrise technique de Christian Eriksen et les folles courses de Heung-min Son. Un cocktail rare, relevé par un pressing intelligent pour tuer les attaques à leur source. Mais s'il a rarement croisé de tels profils d'équipes en Serie A, le coach de Chelsea doit réfléchir à une solution. Car la manière pourrait en inspirer d'autres.

 

 

Eibar ne transige pas

C'est un club qui pourrait servir de modèles à beaucoup d'autres. Petite ville, petit stade, petit budget et grandes ambitions: Eibar est un miracle permanent qui, à défaut de pouvoir se projeter sur un avenir doré en Liga, fait tout pour rendre inoubliables les années passées dans l'élite. Car ici, être ambitieux ne signifie pas investir pour réussir mais jouer. Aller de l'avant mais pas n'importe comment.

 

Cela s'est encore vu samedi, les Basques battant le Real Madrid 3-0 en allant encore plus au bout de leurs idées qu'à l'habitude. Pressing tout terrain (Eibar est toujours premier en Europe dans le domaine, devant le Betis et le PSG), défense très avancée et volonté de poser le jeu une fois en possession… Des principes radicaux – et en constante évolution puisque la possession augmente nettement chaque année – qui ont étouffé un champion d'Europe qui reste fragile.

 

 

Pourtant, cette approche a évidemment des failles. En agressant la défense adverse à cinq dès la relance, Eibar se retrouve naturellement coupé en deux, car rester compact signifierait avoir une charnière dans le camp adverse. Et, en mettant une énorme densité côté ballon, il y a des espaces laissés à l'opposée, qu'une transversale rapide peut suffire à exploiter.

 

Le meilleur moyen de battre les Basques, difficiles à faire défendre dans leur camp pendant de longues séquences, est donc d'accepter le défi. Attendre que la cavalerie arrive, puis la contourner ou la survoler. Les Madrilènes se sont fait piétiner en essayant, à commencer par le latéral droit Alvaro Odriozola, incapable de gérer son vis-à-vis Marc Cucurella, jeune de vingt ans prêté par le Barça auteur de centres décisifs sur les trois buts.

 

Il y a eu cette victoire mais il y aura aussi de lourdes défaites. Se posera alors la question du risque inhérent à ce style, qui oblige aussi à bien maîtriser le piège du hors-jeu tant la charnière, pas vraiment rapide, est exposée. Mais, à Ipurua, il y a du foot et des idées. Et tous les entraîneurs qui parlent sans cesse d'attitude et de couilles (à commencer par Santiago Solari) pourraient prendre exemple sur Mendilibar: le vrai courage, c'est de ne pas trahir ses principes offensifs face aux gros, pas de sortir l'épaule dans les duels.

 

 

Barcelone et l'attente

Question respect des idées, Diego Simeone est également une référence – sauf que les siennes sont opposées. Bien sûr, l'Argentin peut demander à ses hommes de presser sur certaines séquences, chose qu'il a notamment faite dans plusieurs matches contre le Real au fil des années. Mais jamais il n'échangera le spectacle pour le résultat, sa vision du spectacle se retrouvant d'ailleurs plus dans des retours défensifs que dans des grandes phases de possession.

 

 

À la fois respectable (tout le monde travaille peu importe son statut) et caricaturale (jouer laborieusement quand on a l'un des milieux les plus techniques d'Europe), cette façon de faire amène des résultats mais aussi des purges. Samedi, contre Barcelone, Thomas Lemar, Saul, Rodri et Koke ont donc défendu, sans vraiment jouer les quelques opportunités de transition une fois la balle récupérée.

 

Et pourtant, si ce match nul 1-1 fut si décevant, même pour ceux qui n'avaient pas de grandes attentes, c'est avant tout la faute d'Ernesto Valverde. Totalement en décalage avec le style barcelonais, celui qui a pourtant évolué sous les ordres de Johan Cruyff en Catalogne est allé au Wanda Metropolitano avec Sergi Roberto et surtout Arturo Vidal pour densifier le milieu et tuer les contres adverses dans l'oeuf. Pas vraiment ambitieux.

 

Sans créativité, le Barça a fait reposer le poids du match sur les épaules d'un Lionel Messi pour une fois humain, malgré quelques jolis dribbles. Et a donc volontairement rendu restrictive une rencontre face à un adversaire très réaliste, qui s'épanouit dans le minimalisme. Sanctionné sur un corner dans le dernier quart d'heure – la première occasion du match –, il a alors fait rentrer Ousmane Dembélé et Malcom, emballé le match et égalisé. Un correctif qui sauve le résultat mais renforce l'idée qu'il y avait un problème.

 

 

En vrac

Quatre matches en équipe première et trois buts pour Samuel Chukwueze, qui a délogé Karl Toko Ekambi de l'attaque de Villarreal et encore marqué dans la victoire surprise mais logique contre le Betis (2-1). Si le Bayern a concédé un match nul 3-3 contre Düsseldorf, il le doit beaucoup à Jerome Boateng, qui couvre deux fois Dodi Lukebakio, lancé en profondeur alors que le Bayern est en nombre dans le camp adverse, et finalement auteur d'un triplé.

 

Expulsion nulle de la semaine pour le milieu James Maddison, qui laisse Leicester (1-1 à Brighton) à dix après une simulation visible depuis le parking du stade. Rodrigo De Paul, milieu international argentin qui n'a pas grand-chose à faire à l'Udinese, a marqué le seul but d'une victoire 1-0 face une Roma dont les transitions défensives rappellent Arsenal lors des dernières années Wenger. Empoli a réussi à battre l'Atalanta (3-2) après avoir pourtant subi un terrible retournement de situation: penalty du 1-1 envoyé sur la barre par Francesco Caputo, but du (très bon) latéral Hans Hateboer sur le contre quinze secondes plus tard.
 

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