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Christophe Kuchly


Dé-Manager, qui parle dans Vu du Banc et écrit pour l'AFP et dans La Voix du Nord.


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La Gazette de la L1 : 16e journée

Le journal du jeu #6 : un Messi virevoltant et une Vieille Dame solide

Tiens, Villarreal a enfin licencié Javi Calleja. • Messi: l'excellence permanente • Juventus: cohérence et inflexibilité • Chelsea: éloge de la prudence

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Dans un football de plus en plus inégalitaire mais loin d'être linéaire, chaque semaine offre son lot d'enseignements plus ou moins anecdotiques. Tour d'horizon de téléspectateur.

 

* * *

 

Lionel Messi est sous-estimé

Encore une fois, un joueur a plané au-dessus d'une rencontre de Liga tel un condor, marquant, faisant marquer et étant à l'origine de quasiment toutes les occasions de son équipe. Ce joueur, c'est évidemment Lionel Messi, double buteur sur coup franc dans une victoire 4-0 dans le derby contre l'Espanyol samedi. Un match anecdotique à l'échelle d'une saison. Une performance anecdotique à l'échelle de sa carrière.

 

Car c'est bien le souci du football actuel, qui rend visible des rencontres du monde entier chaque semaine pour qui a envie de payer mais n'en valorise qu'une dizaine par saison: chocs face aux concurrents pour le titre, matches des derniers tours de coupe d'Europe… et c'est souvent tout. Les écarts de niveau entre les riches et les autres rendant les résultats prévisibles, regarder les scores suffit à créer des avis. Et la répétition banalise.

 

Alors oui, la saison dernière, Barcelone a encore été champion (sept fois en dix ans) et Messi a marqué sa trentaine de buts habituelle (34). Mais cela s'est fait dans une équipe à la structure assez proche de celle de l'Atlético de Diego Simeone et sans réels créateurs au cœur du jeu. Xavi parti, Andrés Iniesta sur la fin et Ernesto Valverde aux manettes, le Barça n'avait pas d'idées. L'Argentin a donc dû inventer pour tout le monde, seulement aidé par les montées de Jordi Alba dans le couloir gauche. Un incroyable tour de force d'autant plus vite oublié qu'il était alors à peine évoqué.

 

 

Dans les autres compétitions, l'élimination face à la Roma en Ligue des champions, à l'issue d'un match retour où son équipe resta incapable de se sortir du pressing adverse, a précédé celle en Coupe du monde, dans une rencontre où il fut bien muselé par les Bleus mais donna quand même deux passes décisives. Entre-temps, il y eut bien la finale de Coupe, ponctuée d'un but et de deux caviars, mais il reste un goût de trop peu.

 

Regarder Lionel Messi évoluer chaque semaine en championnat est pourtant un spectacle sans comparaison – que celle avec un Cristiano Ronaldo qui n'a jamais approché son niveau sur la durée n'a fait que relativiser. Le dribbleur, meneur et finisseur est devenu artilleur. Avec ses deux coups francs directs samedi, il est à neuf en Liga sur l'année civile. Lyon, deuxième club dans le domaine, en a mis cinq. Et, depuis ses cinq ans, ses dix-neuf surpassent également toutes les équipes d'Europe.

 

Mais s'attarder sur les chiffres, c'est justement s'éloigner de tout ce qui fait sa grandeur. C'est ne pas voir les efforts au pressing, l'intelligence collective ou les gestes, comme cette passe décisive dos à l'action et en se relevant pour un Ousmane Dembélé seul à gauche. C'est essayer de quantifier un talent qui dépasse largement les dix-huit buts et dix passes qu'il compte après dix-sept matches cette saison.

 

L'une des formules habituelles consiste à ponctuer une action superbe d'un joueur méconnu d'un "ah, si c'était Messi…". Mais la réalité est inverse: on a arrêté de parler de ce qu'il fait. Parce que la Liga semble trop facile pour Barcelone – ce qui varie nettement selon les saisons – et le football trop facile pour Messi. Parce qu'il n'aura jamais la Coupe du monde 86 de Maradona même si son palmarès fait vingt pages de plus. Parce qu'il n'aura jamais l'élégance de Zinédine Zidane, même si, question régularité dans l'excellence, la meilleure saison du Français vaut tout juste la pire de l'Argentin depuis dix ans (on avait d'abord écrit "approche vaguement" avant d'avoir peur de recevoir trop d'insultes). Parce qu'il n'aura jamais l'aura mystique d'un Pelé ou même d'un Johan Cruyff, que personne ne voyait jouer plus de cinq fois par an mais qui avaient la bonne idée de briller au moment important. 

 

Et c'est bien là que se trouve l'un des meilleurs arguments pour une Superligue européenne qui irait contre tout ce qu'est le football mais aurait le mérite d'un relatif équilibre compétitif: permettre au plus grand nombre de voir ce sport quand il est pratiqué à un tel niveau soixante fois par an. Comme on aurait aimé suivre les exploits de son compatriote Alfredo Di Stefano, dont les archives sont aussi merveilleuses que rares.

 

 

Comment parler de la Juventus ?

La domination est implacable, totale. Quinze matches, quatorze victoires et un nul – arraché par le Genoa sur une action où la défense, persuadée que la balle était sortie, s'était arrêtée de jouer. Sans être toujours incroyable dans le jeu, la Juventus continue d'écraser le championnat. Avec moins de buts marqués qu'à la même période l'an dernier (32 contre 41) mais plus de solidité (8 encaissés à 14).

 

Après quinze journées, le futur champion n'était que troisième, derrière Naples et l'Inter, alors invaincu et en totale réussite. Deux équipes qui sont cette fois les premiers poursuivants mais à bonne distance et sur des bases inférieures à il y a un an. Un retard accentué samedi pour les Interistes, battus 1-0 par la Juve sans avoir démérité.

 

 

Et c'est bien là tout le problème: en championnat, tous les adversaires réussissent à opposer un contenu pertinent mais aucun ne l'emporte. Les hommes de Luciano Spaletti ont eu des occasions, mais Roberto Gagliardini a trouvé le poteau, Ivan Perisic et Mauro Icardi se sont gênés au moment de frapper et Matteo Politano a vu son tir contré par Leonardo Bonucci après un raté de Blaise Matuidi. Tous étaient pourtant seuls au niveau du point de penalty.

 

Très offensive et fluide, presque liquide, lors du match aller contre Manchester United en Ligue des champions, la Juventus semble se contenter de contrôler en championnat. Avec une base solide qui empêche de subir un déséquilibre systémique et compte sur les individualités pour faire la différence. Une nouvelle fois, c'est Joao Cancelo, délocalisé arrière gauche face à ses anciens partenaires, qui fut le détonateur, son centre étant repris à bout portant par Mario Mandzukic pour le seul but du match.

 

Au plus haut niveau, l'un des dangers est celui de "surcoacher", c'est-à-dire de donner trop de directives à des joueurs capables de faire respecter le rapport de force avec des consignes simples. Massimiliano Allegri représente l'exemple inverse et la force de son travail est finalement de sembler trop basique pour être analysé. La Juventus n'est pas flamboyante, elle est cohérente. Et le reste de l'Europe doit se méfier, car son coach n'a pas encore trouvé le moyen de maximiser l'association de Cristiano Ronaldo, Mario Mandzukic et Paulo Dybala devant…

 

 

N'Golo Kanté, véritable box-to-box

Même postes, positionnementsdifférents. Face à Manchester City, Maurizio Sarri a ajusté son milieu de terrain, adoptant une approche prudente assez rare pour l'entraîneur de Chelsea, connu pour son dogmatisme offensif. Sur les ailes, Pedro et Willian ont bloqué les couloirs très bas, tandis que Mateo Kovacic et N'Golo Kanté sont restés proches de Jorginho. Cela a donné un 4-5-1 en bloc médian sans la balle, avec un rapide arrêt du pressing et une volonté d'empêcher l'adversaire de jouer.

 

Cela n'a d'abord pas vraiment fonctionné, le pressing des hommes de Pep Guardiola étant si intense et intelligent qu'il était impossible de sortir le ballon de ses trente mètres, et donc de défendre des attaques placées traditionnelles. Sorti de nulle part, le but de N'Golo Kanté récompensait ainsi une équipe dont le principal mérite était d'avoir su tenir sans faire de bêtise dans la surface. Et qui pouvait remercier les attaquants des Skyblues pour leurs arabesques inutiles au moment de frapper.

 

 

 

Mais cela n'enlève rien à l'idée du coach des Blues, devenue définitivement payante en seconde période, quand le pressing s'est fait moins soutenu. Avec un homme peut-être plus en valeur que les autres. Outre son but, Kanté, que Sarri avait sévèrement recadré dans les médias, a en effet montré une discipline tactique précieuse, se projetant à bon escient tout en restant proche de Jorginho, qui ne peut couvrir seul une zone trop étendue.

 

Après le match contre Tottenham, l'entraîneur avait dit de Kanté qu'il n'avait pas la qualité technique pour être numéro 6 dans son système, et qu'il avait "perdu sa position" en voulant trop attaquer au lieu de rester proche de Jorginho. Sans cesse devant le ballon, le Français n'avait aucune possibilité de revenir pour enrayer les attaques et rendait ses qualités de récupérateur inutilisables.

 

L'objectif de Sarri est probablement le même que celui de Johan Cruyff à Barcelone: avoir un système si fort qu'il tolère la présence d'un joueur qui ne sait pas défendre au poste de milieu défensif sans qu'il n'ait besoin d'aide. Mais City est actuellement trop bon pour se sortir du pressing adverse et imposer le sien. Alors Chelsea a resserré les lignes, Kovacic et Kanté n'ont jamais pris le risque de proposer des solutions dans le dos des milieux adverses et, au-delà d'une victoire 2-0 conditionnée par un réalisme absolu en première période, les Blues ont montré une capacité d'adaptation qui pourrait à nouveau être utile contre les gros.

 

 

En vrac

Hamza Mendyl, latéral gauche remplaçant à Lille, est entré au poste d'attaquant pour Schalke contre Dortmund, avec d'énormes difficultés aussi prévisibles que la défaite 2-1 de son équipe dans le derby. Auteur d'une excellente saison, le portier sévillan Tomas Vaclik a raté sa sortie à la dernière minute, permettant à Mouctar Diakhaby d'arracher une improbable égalisation de la tête (1-1 entre Valence et Séville). En parlant de gardiens, Jan Oblak est subitement devenu humain depuis deux semaines, même si l'Atlético a battu Alavès dans le duel des équipes défensives qui marchent bien (3-0). Tenus en échec dans les arrêts de jeu, les deux clubs romains auraient dû plier l'affaire bien avant, à commencer par une Lazio qui a raté des occasions de toutes les façons possibles.

 

 

 

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