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Christophe Kuchly


Dé-Manager aussi connu sous le nom de Radek Bejbl. Écrit pour l'AFP et dans La Voix du Nord.


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Les Bleus, le pressing et le cynisme

Le match dont vous êtes le héros

L'Espagne et le Portugal, qualifiés dans le groupe B, seront au rendez-vous des huitièmes de finale du Mondial. À moins que…? Bienvenue dans un monde imaginaire dans lequel vous êtes l'arbitre et où chaque décision peut changer le cours de l'histoire.

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Équipement requis: un sifflet, des cartons, une oreillette et des amis qui, devant leur télévision, ont mis la même tenue que vous. Pas besoin de dés ou de cartes, mais une feuille et un peu d'imagination pourraient être nécessaires pour noter tous les scénarios, qui dépendront de votre degré de confiance en vous et en les autres. Vous arrivez dans un monde où tout le monde peut jouer et où tout peut se passer. Bonus de cette nouvelle édition: vous pouvez ou non choisir d'écouter les voix dans votre oreille pour revoir certaines situations – sans que personne ne sache ce qu'elles vous ont dit – mais impossible de faire une requête. Plus compliqué qu'avant puisqu'on ne sait pas trop quand se fier à nos amis invisibles et qu'on est censé ne plus se tromper? Eh oui, c'est le jeu… Allez, c'est parti!

 

 

Le forêt des mains

Première étape de votre périple: Portugal-Espagne. Cristiano Ronaldo tombe dans la surface. Vous sifflez? Ou faites appel à vos amis dans leur car? Si vous sifflez, il y a 1-0. Diego Costa égalise après avoir chargé Pepe. Si vous ne dites rien, c'est 1-1, si vous allez voir les images, bon courage. Ceux qui n'ont pas accordé le penalty ou le but sont désormais dans leur propre univers. Que s'y passe-t-il? L'égalisation refusée à l'Espagne a-t-elle accéléré la révolte et lancé le vainqueur 2010 vers la victoire ou fait couler une formation friable mentalement? En tout cas, ici, Gerard Piqué conteste une faute dans les arrêts de jeu mais Ronaldo a égalisé sur le coup franc. Si vous n'avez rien vu d'autre, vous restez avec nous.

 

 

Deuxième étape: Portugal-Maroc. Ronaldo ouvre le score sur corner en début de match mais Pepe a chargé Khalid Boutaïb en l'air. Si tout vous semble correct, le score est de 1-0. Sinon, allez voir les images. Un peu plus tard, ce même Boutaïb est cette fois percuté par José Fonte alors qu'il lutte pour le ballon dans la surface adverse puis Pepe, devant le but portugais, dégage le ballon sur sa propre main. Vous laissez jouer? Bien, vous êtes encore dans la réalité. Ceux qui ont consulté les images ont-ils fait les trois mêmes choix? Seulement un ou deux? Intéressant. Chez vous, le Maroc a-t-il gagné? Quels nouveaux dilemmes sont apparus?

 

Ceux qui restent avec nous, s'ils zappent sur beIN Sports, ont droit au debrief d'El-Hadji Diouf, qui réclame deux penalties, de Marcel Desailly, qui le donne sur la main, et d'Arsène Wenger, qui l'aurait sifflé sur la poussette. On espère que les collègues dans leur car vidéo étaient d'accord entre eux, histoire d'éviter de compliquer la tâche en direct… Dans les mondes parallèles, les possibilités explosent: chez certains, le Maroc gagne 3-0 alors que, pour d'autres, le Maroc regrette un penalty raté et s'incline. Et il y a même des univers où Pepe a pris un deuxième jaune pour une chute exagérée après une poussette de Mehdi Benatia dans les arrêts de jeu. Le Portugal est déjà qualifié, éliminé, ou entre les deux. Quelle folie!

 

 

La citadelle des cartons

Vous voilà arrivés dans le monde final du groupe B, le plus dur jusqu'à présent (même s'il faut vous attendre à quelques obstacles dans le E ou le F) puisqu'il faut exécuter deux quêtes simultanées. D'un côté, Espagne-Maroc. De l'autre, Iran-Portugal. Allons d'abord à Kaliningrad, où tout se joue à la dernière minute, après le but de Iago Aspas sur corner, refusé parce que l'arbitre assistant a levé son drapeau dans la foulée du tir. Plein de possibilités s'offrent à vous.

 

La première: étudier précisément l'image du hors-jeu et vous aider de vos cours de géométrie pour départager deux angles qui ne disent pas tout à fait la même chose (attention, vous n'avez pas le droit de caler l'image vous-même!). Alors, but? C'est bien, le score est de 2-2 et l'Espagne se qualifie. Au fait, la balle n'était-elle pas sortie sur le centre de Rodrigo précédant le corner, lui-même tiré du côté opposé à l'action? Si vous avez un doute, tant pis, c'est trop tard… sauf si vous sortez le joker arbitre NBA. Méconnu et utilisé sporadiquement lors des dernières saisons, il consiste à déjuger les images pour limiter les dégâts si ce que vous découvrez (une faute évidente de l'équipe A par exemple) n'est pas ce pour quoi vous aviez demandé la vidéo (savoir qui doit bénéficier de la rentrée en touche, ici l'équipe A). Dans le contexte de ce match, vous pouvez estimer qu'il n'y a pas hors-jeu mais refuser le but parce qu'il y avait peut-être un problème au niveau du corner.

 

Si c'est le cas, vous quittez également la réalité pour atterrir dans votre propre monde parallèle, rejoignant ceux qui ont expulsé Gerard Piqué pour un tacle en début de match et ceux qui ont donné un penalty au Maroc après une main du défenseur catalan. Fait amusant: dans plusieurs aventures, l'expulsion de Piqué, qui entraînait donc son absence sur le terrain en deuxième période et annulait la possibilité de penalty, a donné de moins bons résultats pour le Maroc. Et que dire de ce scénario rarissime relaté par un joueur resté anonyme. Les Marocains, vainqueurs pour l'honneur, provoquent le déclic chez des Espagnols qui, en intégrant César Azpilicueta à la place d'un Piqué suspendu en huitième, iront jusqu'au bout. Les possibilités sont non seulement multiples, mais impossible de prédire leurs conséquences… De quoi garantir des heures de jeu!

 

 

Le labyrinthe des chutes

Vous êtes encore là? Tant mieux, parce que voilà le dernier obstacle du groupe B: Iran-Portugal, mi-football, mi-combat de rue. Si vous n'aimez pas qu'on vous conseille ou qu'on vous remette en cause, le moment va être difficile à vivre. Action après action, on peut siffler tout et son contraire, finir à vingt-deux, à dix-huit ou ne pas finir du tout, selon l'humeur. Dans l'oreillette, l'agitation est totale et on devine les "enfin je dis ça mais après c'est à toi de voir". Si la première période ne laisse que peu de libertés au héros, c'est en seconde que tout se décide: penalty sur Cristiano Ronaldo, expulsion ou non du Portugais, chute iranienne suspecte dans la surface puis main qui traîne… Chaque action nécessite une décision et chaque décision changera la suite.

 

Pas d'expulsion et un penalty de chaque côté? Bravo, vous avez réussi la mission et restez dans le monde réel! Vous avez pris une autre route? Rassurez-vous, c'est normal, il n'y a jamais deux aventures similaires! Cette édition VAR du grand jeu de l'arbitrage permet toutes les folies: revoir les situations favorisant toujours la même équipe, interpréter les images à sa guise, changer brutalement d'avis, arrêter l'action en cours et mettre en pause pendant cinq minutes parce qu'on ne sait pas trop quoi faire… Une constante cependant: même si vous pouvez revoir certaines actions (des mises à jour devraient probablement suivre pour élargir encore un peu plus les possibilités), ce n'est pas vous qui sollicitez la vidéo mais ce sera toujours à vous de prendre la décision. Plus de droit à l'erreur, donc gare au mauvais choix!

 

Ah oui, une petite précision: dans ce jeu où chacun arbitre son propre match, celui qui se trouve sur le terrain ne peut pas gagner. Il peut juste réussir à ne pas perdre.

 

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