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James Corbett

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Revue de stress #108

Le musée de la FIFA, ultime échec de Sepp Blatter

When Saturday Comes – Projet ruineux de l'ère Blatter, ouvert l'an dernier à Zurich, le "FIFA World Football Museum" chante la gloire de la confédération dans des salles vides. 

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Extrait du numéro 363 de When Saturday Comes. Titre original : "Relics, don't do it", traduction Toto le zéro.

 

* * *

 

Dans l'atrium du rez-de-chaussée du Musée du football mondial de la FIFA à Zurich, une collection de maillots des 211 associations membres de la Fédération peine à éveiller l'intérêt de trois adolescents américains. "Qui c'est Timor Leicester?", demande l'un. "Ils devraient faire la Coupe du monde aux États-Unis, genre tous les ans", estime son camarade.

 

Ces étudiants ont représenté la moitié des visiteurs du musée aperçus durant les deux heures de mon passage, un chiffre qui laisse deviner les difficultés rencontrées par le lieu depuis son inauguration en février 2016. Les objectifs de fréquentation annuelle, fixés à 250.000 personnes au départ, ont été depuis longtemps ramenés à 130.000 – un total qui reste des plus optimistes.

 

 

 

 

500.000 euros de pertes par semaine

D'ailleurs, le musée ne semble pas non plus intéresser au plus haut point le nouveau président de la FIFA Gianni Infantino lui-même, qui s'est efforcé d’orienter son mandat à rebours des fastes de Sepp Blatter quand il dirigeait la fédération en véritable chef d'État. Ce musée est, à bien des égards, l'aboutissement des conceptions qui présidaient à la destinée des lieux, un vestige aussi prestigieux que dispendieux, alors même que le régime actuel a entrepris des économies drastiques.

 

Malgré un budget de départ de près de 130 millions d’euros et des tarifs d'entrée prohibitifs [1], le musée aurait enregistré des pertes faramineuses d'un montant dépassant les 500.000 euros par semaine [2]. Alors que la FIFA a lancé un programme d'économies afin de compenser les déficits dus à la perte de divers partenaires, aux frais juridiques liés aux affaires de corruption et aux promesses de revalorisation à grande échelle faites aux associations-membres lors de la campagne pour la présidence, les pertes du musée font sérieusement tâche.

 

La doctrine à la base du blatterisme était l'expansion du football vers de nouveaux territoires, son développement ainsi que la mondialisation du jeu – le tout à l'aune de la Coupe du monde, plus grand spectacle sur terre. Au crépuscule de son mandat, alors qu'il tentait de changer son image de père fouettard en celle d'un dirigeant visionnaire, son orgueil démesuré atteignit des proportions ubuesques, notamment avec le film United Passions, une "épopée" de la FIFA d'un budget de 23 millions d'euros en grande partie financé par la confédération, mais sans l'aval de son Comité exécutif ni de son Congrès. Aux États-Unis, il ne rapporta que 607 dollars le premier week-end et fut partout éreinté par la critique.

 

 

Une histoire expurgée de ses scandales

Le musée de la FIFA reprend une formule similaire : récit blatteriste, budget pharaonique et pertes colossales. Il comporte néanmoins quelques particularités notables, à savoir que le cœur du projet repose sur une galerie dédiée à la Coupe du monde qui combine interactivité (une cabine à selfies) avec des archives vidéo et de petites vitrines pour chacun des vingt précédents tournois.

 

On trouvera encore un dispositif interactif dans lequel Tokyo Sexwale, homme politique sud-africain et candidat malheureux à la présidence de la FIFA, conte l'histoire du football comme une parabole de la résistance contre l'apartheid. Dans la grande tradition de dialectique blatterienne, le récit s'achève bien sûr par l'idée que la Coupe du monde en Afrique du Sud, l'un des évènements sportifs les plus ruineux de l'histoire, était devenu "le symbole d'un pays qui renaît pour devenir la nation arc-en-ciel".

 

 

 

 

Blatter, justement, comme son prédécesseur Joao Havelange ou encore Gianni Infantino, n'est que très peu présent. Les scandales qui ont fini par caractériser la FIFA sont passés sous silence: "Ce n'est pas un musée sur des personnalités... C'est un musée consacré aux aboutissements des travaux de la FIFA", s'était ainsi justifié son directeur Stefan Jost, en préambule à l'inauguration, début 2016. Il assurait encore que lesdits scandales "trouveront leur place dans le musée". Un an après son ouverture, ils demeurent expurgés de l'histoire officielle. Quant à Stefan Jost, il a démissionné de son poste en octobre 2016, arguant de divergences d'opinion avec la direction de la FIFA.

 

 

Musée sur le mauvais cheval

Gianni Infantino avait un temps semblé vouloir mettre un terme au projet, mais le contrat de location (jusqu'en 2055!) avec le propriétaire de l'immeuble, ainsi que les montants à neuf chiffres déjà dépensés l'ont probablement contraint à reconsidérer la question. Selon Zvonimir Boban, secrétaire général adjoint de la FIFA, "Le musée n’était pas organisé de manière responsable d’un point de vue financier et le seul moyen d’assurer sa survie était de revoir complètement la façon dont il était géré"

 

Boban ajouta qu'un nouveau modèle commercial était en cours d'élaboration, bien qu'il soit difficile de déterminer de quelle manière les problèmes inhérents à la conception du musée pourraient être résolus: Zurich n'est pas une attraction touristique et ne possède pas de grand club susceptible d'attirer chaque semaine des milliers de supporters curieux dans la cité alémanique.

 

Dans un environnement devenu pernicieux, cette obsession de la réduction des coûts au sein de la FIFA a pris des tournures extrêmes. À la suite d'une plainte selon laquelle le personnel du musée consommait trop de rafraîchissements gratuits durant le travail, une caméra surveillant les distributeurs avait été discrètement installée. Moins surprenant que l'idée même d'espionner le personnel fut le fait que les employés buvaient trois bouteilles d'eau par jour environ, soit une broutille pour une organisation contrainte de dépenser des millions dans des affaires de corruption sans précédent.

 


[1] 24 francs suisses, soit 22 euros.
[2] Selon la Tribune de Genève, le déficit a atteint 23 millions d'euros en 2016 et 51 postes (sur 106 au départ) auront été supprimés en juillet. Alors qu'un abandon semblait envisagé, la FIFA a annoncé, le 30 mai dernier, qu'elle maintenait son soutien (financier) au musée. 

 

 

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