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Christophe Kuchly


Dé-Manager aussi connu sous le nom de Radek Bejbl. Écrit pour l'AFP et dans La Voix du Nord.


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Le PSG est revenu au point de départ

Éliminé par le Real Madrid sans l’avoir fait douter (1-3, 1-2), le club de la capitale a rarement semblé aussi démuni face à un adversaire avec lequel il veut rivaliser sur la scène européenne. Nous ne sommes qu’en mars mais la saison parisienne est déjà quasiment terminée.

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La campagne de communication était rodée et impliquait tout le football français. Un hashtag créé pour l’occasion et un appel à la mobilisation relayé par beaucoup de clubs de l’Hexagone mais aussi l’UNFP – le syndicat des footballeurs professionnels –, pourtant moins expansifs quand Monaco jouait une place en finale, affichait la couleur: #Ensembleonvalefaire. Alors? Alors rien. Dans ce huitième de finale retour contre le Real Madrid, le Paris Saint-Germain n’a non seulement pas fait grand-chose, mais ses joueurs n’ont jamais donné l’impression de former un ensemble. Forcément, cela interroge.

 

 

Sans frissons

Il y a des défaites cruelles. Des éliminations vécues comme des injustices. Et il y a ça. Ça, c’est une double confrontation où l’adversaire est tellement supérieur que malgré un changement de système et l’absence au coup d'envoi de ses deux tauliers du milieu de terrain (plus celle du joueur le plus cher de son histoire), il déroule pendant quatre-vingt-dix minutes, accueillant le coup de sifflet final avec un total détachement. "Ah, c’est fini? Bon, c’était sympa ce match, vite une douche et direction Madrid!" Dans la capitale espagnole, ce match qui aurait dû écrire une page de l'histoire du football français – constat un peu triste pour un huitième de finale – n'aura même pas été une péripétie. 

 

 

Si les supporters parisiens n’oublieront pas où ils étaient lors du but de Sergi Roberto, comme tous les Français de plus de de quarante ans gardent malgré eux le souvenir d’Harald Schumacher, ce huitième de finale restera un rendez-vous manqué. Un an plus tard, le PSG est passé du rôle de perdant frustré à celui de perdant logique, les élucubrations du duo de beIN remplaçant le "NOOOON" de Paul Le Guen dans la bande son de ce mauvais film. La cuvée 2017/18 de la Ligue de champions se termine sans titre ni émotion. Sans possibilité de rassembler le pays autour d’une épopée, de faire oublier par le jeu les (compréhensibles) frustrations nées des millions dépensés.

 

 

Un adversaire pas intouchable

Comment un club qui a investi comme personne au mercato estival peut-il sembler à ce point démuni? En plus de l'absence de Neymar, parfois frustrant mais toujours utile pour occuper une défense et créer à partir de rien, le niveau de l’équipe en face est évidemment un facteur: en plus d’avoir un style qu’on retrouve peu en Ligue 1, le Real possède un effectif qui n’a peut-être aucun égal en Europe. Mais, si la plupart de ses joueurs ont évolué au niveau auquel on les imagine, les Madrilènes vivent tout de même une saison très compliquée que la lassitude ne peut pas entièrement expliquer. 

 

Depuis des mois, Casemiro se fait balader par la moitié de la Liga, Varane relance dans les pieds d’un attaquant adverse une fois par match, Ramos va au marquage quand il en a envie et Benzema ne conclut pas. Hormis dans la création au milieu, même si Modric et Kroos ont aussi des hauts et des bas, c’est toute la colonne vertébrale qui toussote. Des problèmes que l’habitude des gros matches et un engagement total permettent de gommer ponctuellement, mais qui peuvent ressurgir s’ils sont ciblés. Si Benzema est celui qui a le plus galéré mardi, le plan de jeu espagnol était par exemple bien moins abouti que celui du Bayern.

 

 

Les galères du milieu

Le problème, c’est que l’axe parisien n’est un atout qu’en Ligue 1 et en phase de poules. Au milieu, il n’y a qu’un seul numéro 6 de très haut niveau, Thiago Motta, dont le corps masque mal ses trente-cinq printemps. À ses côtés, Rabiot, qui souhaite jouer relayeur mais n’affiche que rarement toutes les qualités du poste, et Verratti, dont les progrès depuis son arrivée à Paris sont rares et qui peut vite devenir une caricature de lui-même. Des rampes de lancement limitées à la création qui, devant eux, ont en Cavani un numéro 9 de profondeur talentueux mais au registre limité, qu’il vaut mieux éviter de solliciter dans la construction du jeu si on veut que l’édifice ressemble à quelque chose. Un profil d'attaquant qui, historiquement, brille peu en C1.

 

 

Pour progresser dans l’entrejeu par rapport à la saison dernière, Paris avait deux options: améliorer son jeu de transition ou sa maîtrise. En clair, ajouter des athlètes pas maladroits balle au pied ou des artistes. Le départ de Matuidi, soutier qui est là pour que les autres brillent, allait plutôt dans la deuxième direction, mais le recrutement n’a pas suivi. Et un constat s’impose: les Parisiens sont ici loin de ce qui se fait de mieux. Mardi, les trois milieux ont fait au total 24 passes aux trois attaquants, cinq seulement de Rabiot, le trident offensif touchant en moyenne 65 ballons. Pour le quatuor du Real, qui avait moins besoin d'attaquer, le total monte à 77 par tête.

 

La comparaison peut sembler déplacée mais un tour chez l’autre nouveau riche, Manchester City, suffit à éclairer les limites du PSG. Face à Chelsea deux jours plus tôt, Pep Guardiola a aligné un 4-3-3 avec Gündogan, De Bruyne et David Silva au milieu – mais aussi le très offensif Walker latéral droit et le meneur Zinchenko latéral gauche. Sans parler des deux stars replacées plus bas sur le terrain, y a-t-il, hormis un Pastore au volume de jeu aussi léger que son physique, un milieu parisien aussi créatif que Gündogan, pourtant placé récupérateur ce jour-là? Si Rakitic et Busquets, modèles que doivent suivre Rabiot et Verratti, sont indispensable à Barcelone, c'est aussi parce qu'ils ont avec eux un Iniesta qui invente des passes et un Messi qui redescend chercher les ballons et réinvente le foot. 

 

 

Le Real en bloc

Disposé dans un 4-4-2 à plat qui est sans doute le meilleur dispositif pour priver l’adversaire d’espaces, avec ses deux lignes de quatre qui tolèrent l’absence de travail défensif des attaquants, le Real était un cousin de l’AS Monaco 2016/17. Ronaldo dans le rôle du buteur occupé par Falcao, Benzema qui alterne entre celui de Germain qui propose des solutions autour de lui et de Mbappé qui prend la profondeur, Asensio en meneur excentré à la Lemar, des latéraux capables de se projeter… Un peu plus de qualité de passe avec Kovacic dans l’entrejeu et des débordements avec Vazquez sur l’aile, mais rien de révolutionnaire.

 

Face à un tel adversaire, il fallait trouver des solutions entre les lignes, via Di Maria par exemple, en profitant du temps d’analyse que le trois contre deux au milieu doit offrir. Positionné à gauche, l’Argentin n’a jamais eu l’apport attendu. Et comme les projections de l’arrière n’ont jamais été menaçantes et que le jeu de passe ne déstructure pas les blocs solides, jamais les ailiers parisiens n’ont été en situation de un contre un. Compliqué dès lors d’arriver dans la surface, le PSG n’y jouant que 25 ballons, contre 45 pour les Madrilènes.

 

 

Trouver des coupables

Logiquement, Unai Emery ne devrait pas résister à cet échec, lui qui a déjà eu de la chance de survivre à celui de l’an dernier. Est-il responsable? Évidemment. Mauvaise tactique ou mauvaise application de ses joueurs, le résultat est le même: sa formation a joué à l’envers et il n’a pas trouvé les solutions. Et, une nouvelle fois, les Parisiens n’ont pas été à la hauteur mentalement. Cela ne remet pas en cause les qualités d’un entraîneur loué par tous ses anciens joueurs et qui a surperformé presque partout où il est passé. Mais le football n’a pas de mémoire.

 

 

Se faire accepter de David Villa à Valence, réussir à gérer Ever Banega et gagner trois coupes d’Europe de rang était sans doute plus difficile que de faire grandir le club de la capitale, même sans l'amener au titre. Mais quand un entraîneur de caractère semble – à tort ou à raison – dépassé par ses cadres, que son discours devient indéchiffrable et que son équipe termine un match décisif avec 29 tacles de moins qu’un adversaire qui aurait, lui, toutes les raisons d’être rassasié de trophées, il faut sans doute changer quelque chose. À condition de ne pas oublier de lever les yeux…

 

Car, au-dessus, il y a une direction sportive. Un recrutement, une gestion humaine, un projet. Une route à prendre, d’autant plus tranquille que l'argent permet de prendre des raccourcis et de faire marche arrière sans causer d'accident. Est-ce vraiment utile de lever des clauses à plus de 200 millions quand Berchiche et Kurzawa se battent pour une place de titulaire et qu’il n’y a pas de numéro 9 sur le banc? Le manque d'attraction de la Ligue 1 est-il la seule raison expliquant que la qualité moyenne de l'effectif n'a évolué qu'à la marge depuis plusieurs années? Tout n'est pas à jeter: semaine après semaine, Gonçalo Guedes prouve qu'il a tout de la super pioche. Très bien, mais c'est en prêt à Valence, dans un club en crise permanente qui a retrouvé de la tranquilité en nommant Marcelino, entraîneur inflexible au niveau tactique et disciplinaire, qu'il prouve ses qualités.

 

Le mot de la fin est pour Arrigo Sacchi, sur le plateau de Mediaset après le match. "Le Real a affronté un adversaire très faible. Le PSG est un groupe de joueurs, le mot ‘jeu’ peut paraître abstrait, difficile à décrire, mais il a fait toute la différence ce soir. Les idées, ça ne s’achète pas. Je pense qu’il manque le club. Il manque le club au PSG, il manque l’institution. Le club passe avant tout. Quand tu vois Verratti et son attitude, ça veut dire qu’il n’y a pas de club derrière. Emery est un très bon entraîneur, il n’est pas devenu nul. Il lui faut juste un club derrière, et surtout que les joueurs suivent ses idées." Unai n'est pas Pep, José ou Jupp. Mais s'il n'a pas réussi sa mission, peu d'entraîneurs le pourront.

 

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