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Christophe Kuchly


Dé-Manager aussi connu sous le nom de Radek Bejbl. Écrit pour l'AFP et dans La Voix du Nord.


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Paris Sonne le Glas

Le PSG sait où il va (mais n'y est pas encore)

Comme au match aller, les Parisiens ont dominé une équipe d'Arsenal suffisamment réaliste pour arracher un point bien payé (2-2). Le score leur permet toutefois de prendre la tête et de confirmer la direction prise à l'intersaison.

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Quel est le véritable poids des "experts" des micros, ces anciens joueurs ou journalistes qui donnent leur avis et pour qui le PSG est un sujet récurrent? Difficile à estimer. Enchaîner deux émissions donne l'impression que leur point de vue est partout, se contenter de regarder les matches laisse penser qu'ils n'existent pas. Une chose est en tout cas certaine: contrairement à l'époque Laurent Blanc, les choix de l'entraîneur sont très discutés dans les médias, une situation négative qui peut influencer le groupe, surtout si les mécontents y voient une opportunité de redistribuer les cartes. José Mourinho, qui semble ne toujours pas s'être remis des fuites dans le vestiaire madrilène, pourra témoigner des effets pervers de la situation, qui n'est heureusement pas toujours si problématique. La formule est éculée mais vraie: Unai Emery doit convaincre, en interne comme en externe, et l'affrontement contre Arsenal tombait à point pour montrer ce qu'il veut faire. Une mission accomplie, pour autant qu'on ne s'arrête pas au simple résultat.

 

 

Domination et regrets

On le sait, quand on vise une place dans le dernier carré, gagner en novembre n'a pas grand intérêt. Finir en tête de son groupe permet avant tout de recevoir au retour, la liste des adversaires potentiels entre premier et deuxième étant à peu près équivalente depuis que la réforme de la Ligue des champions redistribue les têtes de série. L'an dernier, le Real, futur vainqueur, souffrait contre Paris en phase de poule. L'année précédente, Barcelone avait perdu au Parc. Sur le moment, les deux formations semblaient prenables. Quelques mois plus tard, elles évoluaient à un niveau que les Parisiens ne pouvaient atteindre. Au-delà de la qualification, l'important réside donc dans la marge de progression, que l'équipe d'alors n'avait pas. Voir Paris être aussi frustrant face à une formation d'Arsenal pourtant référencée est paradoxalement très positif.

 

 

Jamais vraiment dangereux et buteur sur deux coups du sort, Arsenal a dominé son sujet pendant un bon quart d'heure après la mi-temps, sans pour autant être menaçant. La séquence, achevée par le contre malheureux de Verratti dans sa propre cage, avait notamment vu Lucas trouver la barre. Un temps faible très relatif donc, où la solidité de la charnière a une nouvelle fois été confirmée. Le reste du temps, la maîtrise parisienne, certes pas toujours emballante voire stérile, s'est faite de manière spécifique: Matuidi pour presser, faire des courses en profondeur et centrer (un domaine où il est devenu bien meilleur qu'à la récupération), Lucas entre les lignes, Krychowiak en sentinelle pour permettre à Verratti de jouer plus haut. Un dispositif où auraient potentiellement pu s'intégrer respectivement Di Maria, Pastore et Rabiot, tous indisponibles.

 

 

L'exemple Ancelotti

Les critiques reprochent à Emery d'abandonner sa philosophie initiale pour "faire du Blanc" en championnat et d'improviser en coupe d'Europe. La première partie est globalement exacte: ce groupe, façonné par Leonardo, a appris à dominer la Ligue 1 et ses équipes regroupées via un jeu de possession intéressant à défaut d'être totalement abouti, et possédait en Ibrahimovic un pivot-finisseur trop fort pour le championnat. Le type d'opposition rencontré chaque semaine ne permettait pas de se mettre dans une configuration plus défensive, et laissait Paris sans plan B quand arrivaient des équipes préparées et talentueuses. Mais il était largement suffisant pour empiler les trophées nationaux… et même nécessaire, semble-t-il, puisque la volonté de faire autrement a connu des ratés en ce début de saison. Les choix européens sont en revanche détachés de la filiation avec l'ancien coach, et que les meilleures prestations aient eu lieu face à Arsenal n'est pas un hasard.

 

 

Si l'entraîneur espagnol s'est fait un nom, c'est avant tout grâce à ses parcours en Ligue Europa avec Séville, où la capacité de son équipe à répondre aux problèmes posés était bien plus grande qu'en championnat. Au-delà de la force des adversaires, on y remarquait en effet l'absence d'identité immuable, de plan de jeu qui se répète d'une semaine sur l'autre. Ce souci, le PSG ne l'a pas, et le fait d'avoir gardé quasiment l'intégralité de la colonne vertébrale de son jeu permet de rapidement retrouver les habitudes. Engager un "coach de Coupe d'Europe" fait ainsi d'autant plus sens qu'il ne faut pas créer un projet de jeu mais l'adapter à la C1, le diversifier pour réduire l'écart de niveau avec des équipes qui font la même chose en mieux. Faire du Ancelotti plutôt que du Blanc, en somme. Très respecté, l'Italien n'a finalement remporté que trois championnats, aucun avec la Juve de Zidane ou le Real et un seul avec le grand Milan – et il a déjà perdu plus de points en Bundesliga que Guardiola lors de sa première saison. Mais s'il a soulevé trois fois la C1, et mené le PSG tout proche des demi-finales, c'est parce qu'il est capable de préparer son équipe à la perfection et de s'adapter à l'adversaire. C'est ça que cherche à nouveau le club de la capitale. 

 

 

Nouvelles idées

Jeu de possession ultra-dominateur en championnat face à des équipes impuissantes mais incapacité à passer la dernière marche: le Bayern et Paris étaient dans la même situation, ont choisi le même remède et vivent des difficultés similaires. Mais puisque la barre était moins haute pour Unai que pour Carlo, il est plus facile de voir les changements. Et plus logique tant la formule magique de la L1 semblait avoir atteint son plafond en C1. Face à Arsenal mercredi, on a eu droit à des évolutions finalement très logiques avec notamment la titularisation de Krychowiak, récupérateur de niveau mondial beaucoup plus en difficulté avec le ballon que ses partenaires – on l'a malheureusement vu –, dont l'importance se verra face à des "gros" qu'il faut stopper et non des "petits" contre qui il faut créer. S'il a bien contribué à museler Özil, sa sortie au profit de Ben Arfa à 1-2 et le passage au 4-2-3-1 ont permis de jouer plus haut, une évolution qui a de suite payé dans le jeu, plus tactiquement que grâce au talent de HBA, d'ailleurs.

 

De la même manière, aligner Matuidi côté gauche permet de moins l'impliquer dans le jeu, lui qui, contrairement à Verratti ou Motta, n'a jamais démontré techniquement qu'il pouvait être un numéro 8 de très haut niveau. Ajouté à cela le rôle Lucas, qui recule pour se placer entre les lignes et servir de relais – montrant au passage plus de qualités que quand il se contente d'être un ailier classique –, ainsi que des latéraux qui densifient le bloc en jouant haut mais prennent l'espace plus qu'ils ne débordent, et on se retrouve avec un onze toujours dominateur dans le jeu, mais capable de jouer vite quand l'adversaire se livre et gérer sans souci les transitions défensives. Et pourtant.

 

Pourtant, il n'y a que match nul, comme il y a quelques semaines, alors que les Anglais semblaient hors du coup. Que cela arrive une deuxième fois contre Paris est-il seulement un hasard? Après tout, peut-être. Imaginons maintenant la même rencontre dans trois mois, avec les latéraux titulaires, Di Maria côté gauche et un Pastore en forme. Plusieurs conditions mais la certitude de pouvoir modifier le système en cours de jeu et ainsi s'adapter à l'évolution du score. Cela ne changera peut-être rien aux destinées européennes mais, vu l'absence de logique d'un recrutement qui n'a pas un seul chef indiscutable, ne pas baisser ses ambitions est déjà pas mal. Depuis deux ans, le PSG abattait toujours le même 4-3-3 façon paire de dames, gagnant 95% des pots et se couchant face aux paires d'as. La donne a changé, attendons maintenant le tirage…

 

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