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Les millions de la rancoeur

Le Roy, les fachos et les autres

Les propos virulents de Claude Le Roy ont agi comme un révélateur de l'attitude plus qu'ambiguë de la plupart des clubs vis à vis de certaines franges de leurs supporters, les dirigeants déclinant toute responsabilité et montrant parfois une indulgence coupable...
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La déclaration du nouvel entraîneur strasbourgeois après la victoire inattendue à St-Etienne a effet déclenché des réactions aussi vives qu'hypocrites. "Cette victoire va faire taire les fachos et les nazillons qui abîment l'atmosphère du Racing". Prononcés sous le coup de la tension et de l'euphorie d'un succès salvateur, ces propos n'en restent pas moins légitimes, surtout si l'on entend Le Roy décrire plus en détails cette atmosphère: "Ma remarque ne vise qu'une petite minorité, pas même un millième des gens qui nous entourent. Ceux qui nous envoient des fax avec des insultes racistes par exemple. Sans parler de ce colis contenant des excréments "de la même couleur que tes nègres"" (AFP).
Jean Wendling, président du conseil de surveillance du RCS, a réagi en ces termes: "Ce sont des affirmations que l'on ne peut accepter. En Alsace cela met les gens mal à l'aise. Nous avons tous été choqués". Dans le contexte historique alsacien, les paroles de Claude Le Roy ne sont certes pas exemptes de maladresse, mais l'incident a une valeur d'exemple toute nationale, voire européenne. En effet, quel club de grande ville peut se vanter de n'avoir aucune présence extrémiste de droite, sous des formes plus ou moins déclarées? Dans de nombreux stades (et pas seulement à Paris, comme on essaie parfois de le faire croire), certaines portions de tribunes sont manifestement occupées par des groupes identifiés dont idées sentent la mort et la xénophobie. Devant cette gangrène, les directions des clubs feignent de ne rien voir, prétendent ne pas se mêler de politique et évitent soigneusement de poser le problème, priant simplement pour que ces embarrassantes minorités ne se fassent pas trop remarquer. A Strasbourg, les mauvais résultats et cette circonstance que de nombreux joueurs africains ont rejoint l'effectif ont créé une opportunité pour les crétins locaux de s'exprimer avec toute leur finesse. Ce n'est pourtant pas en niant le phénomène, ou en s'offusquant vertueusement lorsque quelqu'un a le malheur de l'évoquer, que l'on aura une chance de lutter contre lui : les groupuscules concernés profitent de la médiatisation des stades pour faire leur promotion à partir d'un petit bout d'espace public, d'un territoire qu'on leur a laissé s'approprier abusivement. Ils bénéficient de la complaisance à la fois des médias, qui déplorent mais qui leur font de la publicité, et des clubs qui ferment les yeux (et sont "choqués", "mal à l'aise" quand il s'agit d'en parler). On s'étonne ainsi de la sous-utilisation d'images vidéos souvent accablantes, pour identifier et exclure des fauteurs de troubles qui peuvent agir "comme chez eux" en toute impunité.
En Italie, où le problème atteint un point critique, la ministre des sports, Giovanna Meandri a soulevé ce problème crucial de la responsabilité des clubs en déclarant que "si l'on continue à voir des croix gammées et des banderoles antisémites dans les stades italiens, les matches des clubs concernés se joueront à huis clos". En France, la question se pose différemment (les signes explicites sont très peu visibles), mais chez nous aussi, on pourrait espérer un peu moins d'hypocrisie et de tolérance, autant envers les coupables qu'envers ceux qui les hébergent…

PS
Hasard ou lame de fond, les incidents violents se sont multipliés ces derniers temps : à Fenerbahce, les supporters ont roué de coups (de pieds au visage) le gardien de but ; à Lovech (champion en titre de Bulgarie), le sponsor principal du club et ses deux gardes du corps se sont attaqués à un arbitre dans son vestiaire. L'AS Rome a été condamnée par un tribunal italien à 100 000 francs d'amende en raison des croix celtiques qui garnissent le déjà très mussolinien Stadio Olimpico. Le club s'était défendu en arguant qu'il est impossible de prouver que les croix celtiques incitent à la violence et au racisme… Et le fascisme, on ne peut pas non plus prouver qu'il mène à la violence et au racisme? A propos, les supporters rennais en déplacement continuent-ils de déployer cette magnifique croix celtique en noir sur fond rouge aperçue en début de saison? Et pitié, s'il vous plait, pas de justification bretonnante pour justifier l'usage de ce très pénible symbole.

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