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Toni Turek

 

Überfan des footballs d’Allemagne et d’Autriche, passés et présents. Taulier de la Ventre Mou's League.


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Le retour de la Super League

LE TAUREAU PAR LES CORNES

En s'emparant d'un club allemand, à Leipzig, le groupe Red Bull s'implante dans une vraie terre de foot et veut accomplir la fusion entre sport et marketing.
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Red Bull: un nom anglais qui claque, et évoque à travers le monde une boisson énergisante dont le commerce est florissant. En France, ce breuvage a un temps alimenté une polémique, avec l'interdiction de sa commercialisation – levée l'an dernier – à cause de la présence dans sa composition d'un élément controversé et dénoncé par l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA), la taurine...

redbull_1.jpgUn empire
Moins connue est la personne qui régit l'empire Red Bull: Dietrich Mateschitz, Autrichien sexagénaire et multimilliardaire de son état, par ailleurs également grand amateur de sport. En quelques années, son groupe Red Bull s'est ainsi impliqué dans diverses disciplines: hockey sur glace, avec l'EC Red Bull Salzburg; moto, avec Red Bull KTM; NASCAR, avec le Team Red Bull; Formule 1, avec la Scuderia Toro Rosso & Red Bull Racing, particulièrement en vue cette année.

Sans oublier, évidemment le football. On retrouve ainsi la marque Red Bull non seulement en Autriche avec le club du FC Red Bull Salzburg (2005) mais aussi aux Etats-Unis avec les New York Red Bulls (ex-MetroStars, repris en 2006), ainsi qu'au Brésil avec le Red Bull Futebol e Entretenimento alias Red Bull Brasil à São Paulo (créé fin 2007) et, dernièrement, une académie pour jeunes footballeurs ouverte au Ghana. Rien que ça.


redbull_4.jpgManque de reconnaissance
A priori, avec toutes ces équipes de foot – sans parler du reste – il y a suffisamment à faire. Pourtant, le boulimique Mateschitz n'est pas rassasié. Et pour cause: ses appétits de gloire ne sont pas assouvis. Au Brésil, le club RB n'évolue qu'en quatrième division du championnat pauliste; aux USA, les NYRB n'ont obtenu qu'une finale (perdue) de play-off, en 2008, et le soccer n'y est pas vraiment le sport le plus médiatisé.

Quant à l'Autriche... Certes, la terre natale de Mateschitz est celle qui est jusqu'ici la plus pourvoyeuse de trophées: en quatre saisons dans la "petite Bundesliga" du Sud, les RB Salzbourg ont obtenu deux titres en 2007 & 2009, et se sont classés deux fois deuxièmes. Mais voilà: qui connaît la tipp3-Bundesliga powered by T-Mobile hors des frontières de l'Autriche? Le problème est là: si Salzbourg avec sa cohorte de joueurs – et d'entraîneurs – étrangers est devenu l'incontournable favori pour le titre de champion d'Autriche, c'est un nabot minable au niveau européen: trois participations, et autant d'éliminations avant les phases de groupes (1), ce qui empêche une plus grande visibilité (et publicité) du club – un handicap certain aux yeux de Mateschitz.


Ground Zero : Leipzig
En attendant l'éveil de son équipe salzbourgeoise sur la scène européenne, Mateschitz a, en parallèle, cherché un club étranger au fort potentiel sportif et économique. Autrement dit: tenté de dénicher un club qui évolue dans un des cinq grands pays du foot européen, qui puisse offrir des perspectives de croissance rapide et surtout qui soit prêt à accepter l'étiquette "Red Bull". Notez qu'il ne vient pas à l'idée de Mateschitz d'agir comme Dietmar Hopp a agi avec "son" 1899 Hoffenheim, à savoir bâtir patiemment son propre club, étape par étape, en partant de tout en bas (lire "Hopp, hopp, hopp, voilà Hoffeiheim"). Non, la patience n'est pas le fort de Mateschitz: ce que l'Allemand a pris vingt ans à réaliser sans brûler les étapes, l'Autrichien le veut plus vite. Il est vrai qu'à soixante-cinq ans révolus, le temps presse pour le milliardaire...

Par la langue et la proximité, l'Allemagne apparaît évidemment le pays candidat n°1. Et la zone à fort potentiel n'est évidemment pas l'Ouest – où se trouvent déjà pléthore de bons clubs qui refuseraient de toute façon de se vendre à Red Bull – mais l'Est. D'ailleurs, l'Est ne se retrouve-t-il pas cette année sans représentant dans l'élite, suite à la relégation de l'Energie Cottbus? Dans cette ex-RDA sinistrée, un nom se détache: Leipzig, grande ville de Saxe dont les meilleurs clubs joueront la saison 2009/10 en Oberliga(D5) – chez les amateurs.


Les Raides déboulent
En fait, le plus dur aura été de trouver un club suffisamment intéressé par l'argent proposé (on parle de cent millions d'euros), et par les promesses, pour ouvrir ses portes en grand à Red Bull. Voici environ trois ans déjà, des contacts avaient été établis avec les dirigeants du FC Sachsen Leipzig, un club professionnel en vue mais économiquement en crise. Les négociations avaient finalement échoué à cause, notamment, de la violente opposition des fans, très attachés à leur club et peu désireux de voir un groupe d'importuns (même riches) s'y immiscer. Également approchés, les dirigeants du 1. FC Lokomotive Leipzig, l'autre club emblématique de cette ville de Saxe, ont rejoint leurs homologues du FC Sachsen dans leur refus: là encore, l'attachement particulier des supporteurs à leur club a joué un rôle prépondérant dans le rejet du projet Red Bull (lire "La nouvelle Lokomotive de l'Est").

Il est vrai que l'exemple salzbourgeois n'avait pas de quoi spécialement rassurer les fans des clubs de Leipzig. Lorsque l'Austria Salzbourg est devenue officiellement Red Bull Salzbourg, en 2005, à la suite de la reprise de la licence du club par Red Bull (2), les nouveaux dirigeants n'ont rien eu de mieux à faire que de jeter à la poubelle l'ancien nom du club et les maillots violets qu'arboraient les joueurs depuis sa fondation en 1933, de nier le palmarès et l'histoire de l'équipe de la ville natale de Mozart, et de déclarer aux fans que s'ils n'étaient pas contents, ils pouvaient partir. Ce qui s'est traduit par une scission réalisée par les fans les plus motivés, qui ont fait renaître une nouvelle Austria Salzbourg (3).


Initiales RB
Tous les clubs de Leipzig et ses alentours n'ont cependant pas un passé équivalent à celui de la Lokomotive, ni des fans aussi véhéments. Logiquement, il s'est finalement trouvé un club de la banlieue de Leipzig qui a trouvé un accord avec Red Bull. Holger Nussbaum, manager et fort soutien local du SSV Markranstädt (D5), a ainsi engagé son club pour la saison à venir sous le nom de Red Bull, avec pour dessein d'en faire un grand, tout en lui assurant une solide sécurité financière. Après examen attentif, les autorités du football de Saxe et du Nord-Est de l'Allemagne ont donné leur feu vert au changement de nom et à l'arrivée de Red Bull dans le club. Seul bémol à la victoire du groupe autrichien: la fédération allemande a réitéré son veto au nom "Red Bull Leipzig", ce qui a mené à son altération en "Rasen Ballsport Leipzig" (4); une dénomination artificielle, mais qui a l'avantage de conserver les initiales RB, vitales pour l'optimisation de la reconnaissance du club.

Objectif de la nouvelle entité ? Evidemment, d'abord la promotion en Regionalliga (D4). Ceci ne sera pas aisé, puisque dans le groupe de Leipzig, le RB Leipzig va devoir lutter avec le FC Sachsen – relégué de Regionalliga – et le 1. FC Lokomotive, alors qu'il n'y aura qu'une seule place pour la montée. Ceci promet, lors des derbies, une lutte animée sur le terrain, dans les médias... et hélas sans doute aussi dans les tribunes.


redbull_2.jpgHoffenheim de l'Est ou Red Bullshit ?
Avec une première montée à son actif, ce club allemand estampillé Red Bull mettrait alors les deux pieds dans le football professionnel, et pourrait à cette occasion redorer le blason du foot saxon actuellement en perdition. Le RB Leipzig, en lequel quelques-uns voient déjà le futur "Hoffenheim de l'Est", en profiterait alors pour déménager au Leipziger Zentralstadion: une vaste enceinte de plus de 40.000 places qui dernièrement ne voyait en foot de haut niveau que des rencontres de la Mannschaft ou de foot féminin. Un stade dont Red Bull a déjà acquis les droits pour un nouveau nom – sans doute une nouvelle "Red Bull Arena" – jusqu'en 2030.

2030 étant un peu loin, Mateschitz et ses associés espèrent bien voir leur nouveau club réaliser trois montées et accéder à la 2. Bundesliga dans un horizon de cinq ans. Et intégrer l'élite dans un délai de huit, soit en moyenne une accession tous les deux ans. Avec les cent millions d'euros promis, ils rêvent de faire mieux que Hoffenheim, et de rendre au football de l'Est sa dignité. Surtout, ils espèrent faire affluer les fans à Leipzig dès la saison à venir, et par la même occasion obtenir un fort soutien populaire pour faire porter aux nues le concept Red Bull. Une belle vision d'un triple succès sportif, financier et marketing, qui fait déjà tourner quelques têtes, et dont le but ultime serait la mise en place d'un partenariat effectif et efficace entre toutes les antennes Red Bull (Allemagne, Autriche, Brésil, Ghana, USA, et peut-être d'autres à venir). L'Autriche qui domine le monde du foot ? Ce serait l'occasion de recycler la devise des Habsbourg...

L'avenir dira si le RB Leipzig est un miracle, ou s'il n'aura été qu'un mirage. D'ici là, les RB Salzbourg auront peut-être trouvé leur voie en Coupe d'Europe, montrant par là à Mateschitz que la patience est décidément nécessaire.


(1) Tombeurs successifs des RB Salzbourg: en 2006, Valence (C1) puis Blackburn (C3); en 2007, Donetsk (C1) puis l'AEK Athènes (C3); en 2008, FC Séville (C3).
(2) Red Bull a montré la voie: par la suite, trois nouveaux clubs pros (Austria Kärnten, SC Wiener Neustadt, Admira) ont vu le jour en récupérant les licences cédées par d'autres clubs.
(3) Projet dénommé "Initiative violett-weiss", en hommage à la couleur des maillots, symbole de l'Austria Salzbourg historique rejetée par Red Bull. Depuis 2007, la nouvelle Austria Salzbourg a été promue trois fois et va évoluer en 2009/10 en D4 autrichienne.
(4) "Der Rasen"signifie "la pelouse", "le gazon". Si en Autriche les entreprises donnent leur nom au club qu'ils aident, le naming des clubs est prohibé en Allemagne par la fédération. Bayer (Leverkusen) et Carl-Zeiss (Iéna) sont des exceptions, mais à la base ils sont allemands.
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