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Les Dé-Managers

 

Christophe Kuchly, Julien Momont, Raphaël Cosmidis et Philippe Gargov. Les Dé-managers: un blog pour parler tactique – pas pour meubler –, et une chronique du jeu dans leurs cartons.


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La Gazette de la L1 : 30e journée

Lemar 26e: la merveille collective des Bleus décryptée

Aboutissement d'une superbe attaque rapide, le deuxième but de l'équipe de France illustre tout le potentiel offensif des Bleus et l'état d'esprit collectif qui anime leurs talentueuses individualités de devant. Décryptage tactique.

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Dans son ouvrage Prepárense para perder, La Era Mourinho 2010-2013, le journaliste espagnol Diego Torres énumère les sept règles qui dictent l'approche tactique de l'actuel entraîneur de Manchester United. Parmi elles: “Celui qui a le ballon a peur” et “Celui qui ne l'a pas est le plus fort”. En d'autres mots, la perte du ballon est un point de bascule clé qui peut déterminer le sort d'un match. À condition, pour l'équipe qui le récupère, de savoir exploiter le déséquilibre inhérent aux phases de transition.

 

C'est ce qu'ont fait les Bleus, vendredi soir, sur leur deuxième but signé Thomas Lemar, au bout d'une merveille d'attaque rapide collective. Décortiquons-là en palettes (avec les moyens du bord... cliquez sur les images pour les agrandir).

 

Tout commence par une récupération de Matuidi, alors que les deux équipes sont cantonnées sur le côté gauche des Bleus. Antoine Griezmann cafouille la première passe vers l'avant, ce qui laisse son équipe particulièrement exposée sur cette phase de transitions successives. Mais l'attaquant français n'est pas du genre à s'exonérer de son travail défensif. À l'Atlético, il est à bonne école. “J’ai mis six mois pour aimer défendre, confiait-il dans L'Équipe avant le match. Maintenant, j’adore. Parfois en sélection, le coach me demande de moins défendre mais ça vient de moi. C’est comme si mon corps me demandait d’aller aider le six. Simeone m’a fait aimer ça et je lui en serai reconnaissant pour toujours.” Il fait donc naturellement l'effort pour revenir sur Frank Fabra.

 

La Colombie a tout de même une situation de un contre un à exploiter sur son aile gauche, avec Muriel face à un Sidibé désolidarisé du reste de la ligne défensive tricolore.

 

 

Pour créer une supériorité numérique, Fabra attaque toutefois d'abord l'espace devant lui et tente d'éliminer Griezmann par le dribble. Le Français est battu à l'épaule, mais dans sa chute, il dévie le ballon qui échappe à Fabra et revient sur Sidibé.

 

 

C'est au tour des Bleus de jouer une transition offensive. Elle est notamment permise par l'absence de densité des Colombiens côté ballon, ce qui empêche tout contre-pressing. Sidibé passe en une touche devant lui, sur un Mbappé disponible par son décrochage. Derrière lui, Davinson Sanchez le contraint à jouer dos au but. Mais la Colombie est complètement déstructurée, le reste de l'équipe n'ayant pas encore coulissé pour accompagner son action précédente.

 

Côté français, Griezmann accompagne la sortie de balle, tout comme Sidibé, pas attentiste après sa bonne première passe, dans une application classique du fameux “passe et va”. James Rodriguez pouvait toutefois les empêcher d'être servis en fermant la ligne de passe à l'intérieur. Mais le milieu offensif du Bayern est impatient et se jette dans les pieds de Mbappé, pourtant contrôlé par Sanchez. Cela ouvre un boulevard au cœur du jeu. Après la remise intelligente et dans le bon tempo de Mbappé pour Sidibé, sept joueurs colombiens ont été éliminés en deux passes.

 

 

 

Sidibé attaque l'espace devant lui, en prenant soin de maintenir sa conduite de balle légèrement excentrée. Il maintient ainsi la largeur de la zone d'attaque tricolore, grâce également à la position écartée de Giroud à l'opposé. Les défenseurs colombiens, en situation de crise, doivent défendre sur quarante mètres et laissent donc de grands intervalles dans lesquels s'engouffrer, à l'image de Griezmann qui plonge dans le dos de Mina.

 

Une qualité de déplacement que Diego Simeone expliquait dans El País: “Antoine a beaucoup travaillé l’interprétation des espaces, il est devenu le footballeur qui sait le mieux se déplacer au monde.”

 

 

Griezmann a la possibilité de s'emmener le ballon pour aller jouer un face à face avec Ospina sur son pied droit. Mais la passe du latéral droit monégasque n'est pas assez appuyée, et les défenseurs colombiens sont potentiellement en mesure de reprendre l'attaquant français.

 

En attendant le ballon, Griezmann repère la course intérieure de Mbappé dans sa vision périphérique. Un appel intelligent pour donner une option supplémentaire à son coéquipier, là où d'autres l'auraient jugé inutile. Encore faut-il, pour Griezmann, exécuter le bon geste technique, dans le bon timing. Sa talonnade inspirée trompe les deux derniers défenseurs cafeteros, qui s'étaient précipités vers lui, ouvrant un boulevard côté gauche.

 

 

 

“ll faut associer le dribble à l’efficacité, disait Didier Deschamps sur SFR Sport en février dernier. Le haut niveau, ce n’est que l’efficacité.” Le jeune Parisien l'a déjà bien intégré. Sa feinte, au moment où l'on pouvait s'attendre à une frappe, n'est pas dictée par une quelconque vanité personnelle mais bien par la volonté de trouver la meilleure situation de finition possible.

 

Lucide, Mbappé sent que son tir peut être contré par Arias, tandis la ligne de passe vers Lemar ou Giroud se referme également avec le retour d'Aguilar sur sa gauche. Sa feinte va lui ouvrir cette ligne de passe décisive. Encore dupés, les défenseurs colombiens auront eu un temps de retard du début à la fin de l'action.

 

 

Après la feinte, le ballon reste un peu dans les pieds de Mbappé, qui doit ajuster son jeu de jambes pour décaler Lemar de l'extérieur du droit. La passe est claire pour son ancien coéquipier monégasque, là où la présence de Giroud en deuxième lame aurait pu faire hésiter le passeur. Côté colombien, Davinson Sanchez a relâché son effort au moment de la dernière passe, ce qui lui donnera un temps de retard décisif au final.

 

 

Sanchez est ainsi deux mètres en retard au moment de la frappe de Lemar. David Ospina est assez proche de son premir poteau, pour ne pas y être battu, mais aussi de sa ligne de but, ce qui ne lui permet pas de réduire l'angle de frappe. Lemar n'a même pas besoin de trouver le petit filet opposé pour tromper le portier d'Arsenal, surpris en puissance sur sa gauche. Comme s'il avait entendu son ancien formateur à Caen, Philippe Tranchant, qui estimait dans L'Équipe en janvier: “La seule chose qui manque à Thomas, c’est d’être encore plus décisif.”

 

 

Quatre-vingt-cinq mètres remontés en quinze secondes, douze touches de balles et cinq passes. L'équipe de France a profité de la désorganisation complète de la Colombie sur cette phase de transition. La qualité et la fluidité de l'enchaînement sont encourageantes quant à la mise au service du collectif des excitants talents offensifs tricolores.

 

“Dans le foot, connaître l’appel que va faire le mec devant toi, c’est le truc le plus précieux, enseignait Didier Deschamps dans Le Mag L'Équipe en janvier. Avoir des affinités, c’est déjà difficile, mais alors des automatismes, pffiou… Moi, j’ai dix matches par an pour construire ça.” Disposer d'attaquants altruistes et intelligents accélère le processus. Si la défaite finale (2-3) pointera vers d'autres limites des Bleus, sur les attaques rapides, en tout cas, le chantier est prometteur.

 

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