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Antoine Zéo

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Nuit parisienne dans les territoires

Les fausses ambiances de stade, c'est très mal ou c'est moins pire ?

Minichro – La reconstitution d'une bande-son artificielle mais réaliste pour les matches à huis clos interroge l’authenticité du factice.

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La minichronique pose une question, elle n'y répond pas toujours et, à la fin, elle en pose une autre.

 

* * *

 

Depuis la reprise des championnats et des compétitions européennes, les téléspectateurs découvrent avec surprise, plaisir ou circonspection une nouveauté dans la diffusion des matches: l’ajout d’une bande sonore de stade enregistrée, destinée à masquer à nos oreilles la triste réalité des tribunes vides.

 

L’argument paradoxal des diffuseurs est de rendre l’expérience plus “authentique”: la vraie nature du match de football, nous disent-ils en substance, est de se jouer devant des spectateurs, et devant des spectateurs bruyants – “supporters” et “ultras”.

 

Le bruit des supporters (chants, exclamations, applaudissements ou toute autre manifestation d’une présence humaine) est donc reconnu comme indispensable à la qualité du spectacle: les bruits du match à huis clos, ce n’est pas ça.

 

 

 

 

Le dispositif a même été sophistiqué pour le "Final 8" de la Ligue des champions: en sus du répertoire des chants de supporters de chaque club, le DJ dispose de tout une gamme de réactions: applaudissements, sifflets, clameurs variées, "Ooooh" et "Aaaah" d'admiration, de réprobation, de dépit, etc.

 

On l'imagine devant une série de boutons qu'il peut déclencher pour chaque situation, exécutant en direct une véritable partition, comme le pianiste des salles de cinéma, au temps du muet. Il faut l'admettre: cela fait diablement illusion.

 

Pourtant, la retransmission de l’ambiance sonore brute (pratiquée par la télévision italienne) ne manque pas d’intérêt, voire de charme: on entend le bruit sourd du ballon, les cris des joueurs et de leurs entraîneurs, la transversale qui vibre quand elle est touchée par un tir, les encouragements des coéquipiers.

 

En réalité, c’est une ambiance très “authentique”: c’est ce qu’on entend sur tous les terrains du monde amateur ou dans les stades vides qui constituent le quotidien d’une bonne partie du football professionnel sur la planète, sans avoir à remonter aux fameux 434 spectateurs d’OM-Forbach en 1965.

 

Mais ce n’est pas conforme aux exigences spectaculaires d’un football conçu comme un produit télévisuel. Le match qu’on allume dans le salon doit fournir le ronronnement habituel et rassurant dont les rugissements de la foule font partie, tout comme le babil des commentateurs (?). C’est pour ça qu’on paye.

 

Cette tentative de recréation “authentique” du match malgré le huis clos a été poussée plus loin en Espagne, où les tribunes vides ont été peuplées de spectateurs virtuels (non sans quelques ratés).

 

Le football professionnel européen est donc parvenu à recréer in vitro, si l’on peut dire, le contexte sensoriel assuré jusqu’à aujourd’hui par la présence réelle dans des stades réels de spectateurs réels.

 

On peut certainement aller plus loin: les matches pourraient sans difficulté technique majeure se dérouler sur des terrains situés en studio, entourés d’un fond vert sur lequel pourrait s’incruster n’importe quel stade, permettant ainsi de jouer n’importe quel match en “Chine” ou sur la “Lune”. Le spectacle serait-il le même?
 

 

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Les médias et les journalistes


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