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Philippe Gargov

Prospective tactique sur football totalitaire. Sur le banc des Dé-Managers.

 

@footalitaire


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De l'art ou du ballon ?

Les néologismes tactiques de 2015

Le lexique footballistique du futur: comment définir au mieux le football, ses rôles et ses évolutions. Un exercice de style à mi-chemin entre réalité et fiction...

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Parler de football est un art délicat et on use et d’abuse de termes assez redondants. C’est pour tenter d’apporter un soupçon de fraîcheur que nous avons lancé sur Twitter un appel à idée: quels pourraient être les termes tactiques les plus bullshités de l’année 2015? À partir des réponses reçues, nous nous sommes attelés à un petit exercice de football-fiction portant sur la saison à venir…

 

Ndlr: les résultats ci-dessous viennent évidemment compléter le lexique tactique des Dé-Managers, autrement plus sérieux.

 

 

 


Le Zeitgeister, l'interprète du temps

La langue de Goethe est à l’honneur depuis quelques années, grâce à Angela Merkel, Jürgen Klopp... et Thomas Müller, autoproclamé “Raumdeuter”, aka interprète de l’espace. Certes, comprendre la nature si complexe de l’Espace footballistique n’est pas donné à tout le monde, mais que dire du Temps? Le sens du timing est ce qui fait les grands joueurs, et davantage encore les grands entraîneurs. C’est pourquoi nous prophétisons l’émergence du “Zeitgeister”, celui qui comprend “l’esprit du temps” si cher à la charnière Hegel-Heidegger.

 

Le Zeitgeister est ce footballeur qui sait intuitivement gérer le tempo de son équipe: pas pour gratter quelques futiles secondes, mais pour véritablement prendre le jeu à son compte en sachant quand accélérer et quand ralentir. Notons que le Zeitgeister existe déjà chez les grands maestros: Xavi, Pirlo et Xabi Alonso en sont de parfaits exemples mais il leur manquait un nom de baptême qui en impose.

 


Le Libéral, pilier de la défense fragile

Proposé par @PimpPongJesus et @Charlotiste – Mi-libéro, mi-latéral, le libéral est peut-être le meilleur avatar du football moderne. À l’heure où les défenses à trois se ré-institutionnalisent, le libéral reprend du poil de la bête tel Alain Madelin dans Pascal Brutal. Avec la vague de blessures en défense que connaissent Arsenal et United, l’Angleterre sera logiquement la terre sacrée du libéralisme, cette doctrine visant à positionner des latéraux dans l’axe.

 

Notre chère Ligue 1 n’est d’ailleurs pas à l’abri d’une telle déferlante. Prenons le cas de la défense phocéenne: Bielsa nous a habitué à aligner deux ex-latéraux, Morel et Fanni, au coeur de sa défense à trois. Avec l’absence de Nkoulou durant la CAN, l’Argentin pourrait même – selon nos informations exclusives – choisir d’aligner une inédite défense à deux. Digne représentant de la tradition phocéenne, Bielsa serait ainsi à jamais le premier à aligner deux libéraux pour uniques défenseurs... et à finir en Ligue 2 après avoir été champion d’automne.

 


Le Muteur, futur nonuple Ballon d’Or

Proposé par @CaptainGouranga - “Mutatis mutandis”, comme l’a dit un jour Sepp Blatter; le muteur en est la digne retrancription sur le terrain. À la fois meneur et buteur, le muteur est assurément l’archétype de l’attaquant post-moderne. Finis, les faux numéro 9, l’avenir est au muteur! Évidemment, c’est à Barcelone que le muteur va trouver son plus beau terrain d’expression.

 

Avec le vieillissement des meneurs catalans et la blessure de Rakitic lors du Clasico (suite à un coup de couteau de Sergio Ramos), Lionel Messi décide de se repositionner dans l’axe, non plus à la pointe de l’attaque mais en position de trequartista. Résultat: 21 buts et 18 passes décisives sur une demi-saison, dont une action d’éclat en finale de la Ligue des champions (une passe décisive pour lui-même, appelée jadis “grand pont”). La route pour le Ballon d’Or est toute tracée et ne sera entravée que par Karim Benzema en 2018.

 

Note: à ne pas confondre avec le mateur, celui qui regarde les autres jouer.

 


Le Zugzwang-pressing, éloge de la mise en échec

Proposé par @CKuchly – On dit d’un joueur d’échecs qu’il est en “zugzwang” lorsqu’il est contraint de jouer un coup défavorable. Plus généralement, le terme désigne un “coup forcé” et se rapproche en ce sens de certaines stratégies de pressing ayant vocation à provoquer une erreur adverse.

 

En 2015, appliqué par Jürgen Klopp au PSG, le Zugzwang-pressing se veut une version évoluée du gegenpressing mis en place à Dortmund. À la différence son prédecesseur, l’objectif n’est pas de récupérer le ballon en position favorable mais de mettre l’adversaire en position défavorable. Il s’agit, par exemple, de pousser l’adversaire à commettre une passe dangereuse vers son propre gardien, à l’instar de Gerrard sur ce but de Drogba. Le pressing n’a rien de particulièrement agressif; c’est davantage grâce à l’excellente couverture que le zugzwang arrive. C’est là la principale différence avec le gegenpressing, où la qualité des récupérations est proportionnelle à l’intensité du pressing.

 

Note: contrairement à ce que l’on pourrait croire, Steven Gerrard n’était pas en zugzwang lorsqu’il a offert le titre à City en 2014.

 


Le Registamère, tête à claquages

Proposé par @mianatmaxime – On connaissait le “regista”, ce rôle typiquement italien consistant à organiser le jeu depuis un poste reculé, tel le quarterback Pirlo. Le Registamère est son homologue rebelle: malgré sa position sur le terrain, il rechigne aux tâches défensives qu’exige le plus haut niveau. Il ne va pas au pressing et insulte copieusement ses partenaires lorsqu’ils le lui reprochent. Loin de se résumer à un comportement de petit caïd, le Registamère se retrouve chez les plus éminent footballeurs.

 

Exemple notable: lassé par les blessures, Yoann Gourcuff décide en avril 2015 de ne plus jamais défendre de sa vie, alors que Jean-Michel Aulas lui avait demandé en DM. Les conséquences sont dramatiques pour le club rhodanien, qui termine seulement septième. Hué par Gerland, le Breton tombe en disgrâce et devient le sportif le plus détesté de France. Lors d’une ultime conférence de presse, il annonce quitter le football sur un “Va te faire enculer” relégué en page 8 de L’Équipe.

 


Le Milieu offensant, roi des petits ponts massacreurs

Proposé par @tsdigest – Le retour de Ben Arfa en L1 signe aussi, malgré quelques kilos en surplus, celui du milieu le plus offensant qui soit. Comme son nom l’indique, le milieu offensant est un hybride entre le milieu offensif et un certain sens de la provocation balle au pied. Les amateurs de jeu vidéo parleraient de “taunt”, les défenseurs préfèreront parler de “petit con”, mais au final tout le monde s’y retrouve: le milieu offensant reste ce mal-aimé qui tente de survivre à l’ire qu’il provoque chez les défenseurs adverses. “Si les apparences sont quelquefois contre moi, je ne suis pas ce que l'on croit…” Claude François parlait-il de Ben Arfa dans cette ode aux incompris?

 

À Nice, Hatem aura pourtant à coeur de prouver qu’il est un homme neuf, digne d’être apprécié, fort d’une humilité durement acquise dans les tréfonds de la Premier League. Mais nos prédictions sont tristement formelles: lors d’un banal entraînement des Aiglons, Hatem fera la provocation de trop face à Souleymane Diawara, qui répondra d'un tacles à la carotide, envoyant HBA à l'hôpital Abou Diaby de Londres.

 


L’Hinterland, terres de l’arrière-garde

Le terme, issu de la géographie contemporaine, désigne l’arrière-pays, plus précisément “la région qui s'étend à l'intérieur des terres ou au-delà d'un territoire occupé”. Dans le lexique footballistique, cette définition recouvre donc les joueurs reculés (défenseurs, attaquants ayant oublié de changer de côté à la mi-temps) lorsque l’adversaire a le ballon en phase offensive. En ce sens, l’Hinterland est un concept fondamental sur le plan tactique, que l’on peut résumer à deux grandes questions:

1. Comment les milieux doivent-ils se positionner pour empêcher l’adversaire de progresser?

2. Comment les défenseurs doivent-ils se positionner pour empêcher l’adversaire de recevoir le ballon?

 

En complément, certains maîtres-tacticiens tels qu’Antoine Kombouaré ajoutent une troisième directive: comment le bloc-équipe doit-ils s’organiser pour faciliter la phase de transition après récupération du ballon? C’est grâce à sa maîtrise de l’Hinterland que Lens parviendra à se maintenir. Il n’en fallait pas plus pour que Florentino Perez appelle Kombouaré pour reconquérir une Liga empochée par le Barça grâce à un coup du foulard de Jérémy Mathieu.

 

Note: l’inverse de l’Hinterland est baptisé “Foreland”, Diego de son prénom.

 


Le Goal-voleur, adepte des hold-ups

Cette prospective tactique ne vaudrait rien sans la présence des portiers, héros trop souvent oubliés. Le Goal-voleur, c’est son nom, est une perle rare: habitué à jouer dans des équipes de niveau moindre, il permet de ramener un ou trois points d’un match bien mal engagé. Il écoeure les attaquants adverses, surtout quand ceux-ci ont coûté des millions que Stéphane Guy ne se lassera pas de décompter.

 

Ochoa est peut-être le plus grand Goal-voleur qu’il nous ait été donné de voir en Ligue 1, et cela n’a rien à voir avec le fait qu'il ait joué en Corse. Attention toutefois à ne pas le confondre avec le Neuerini (proposé par @julien__p), qui désigne un gardien ayant les pieds de Manuel Neuer, et les mains de Damien Gregorini. Il arrive d’ailleurs que le Neuerini et le Goal-voleur s’affrontent, souvent pour le plus grand bonheur du second. Rémy Vercoutre est en lice pour l’un des deux titres, et seul l’avenir nous dira lequel.

 


Le Demi-cadratin, prince des demi-espaces

Proposé par @Bvggy – Attention: ce terme-ci est réservé aux commentateurs les plus expérimentés. Se définissant, selon son auteur, comme “l’évolution logique du trequartista”, le demi-cadratin est évidemment “le trait d’union entre la défense et l’attaque”. Le demi-cadratin est un rôle particulièrement subtil dans le football moderne. En effet, les joueurs concernés expriment tout leur art dans les “demi-espaces”, tels que théorisés par le blog Spielverlagerung (à vos souhaits).

 

En grossissant le trait, on pourrait ainsi définir le demi-cadratin comme un meneur de jeu excentré dans un couloir, sans pour autant être ailier. Popularisé en France par la signature de Lucho à Guingamp lors du mercato estival, le terme inspirera Omar Da Fonseca, auteur du désormais célèbre "Gago il fait le tiret mais il ne sait pas tirer".

 

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