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Lescure, tour de stade

Tout à la fois grand reportage, enquête ethnographique et guide touristique, notre série sur les stades de France se poursuit chez les Girondins de Bordeaux, qui nous recevaient en même temps que l'AS Monaco...

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La nuit vient de tomber sur Bordeaux et la bruine discontinue, qui a transformé depuis le début de la matinée la capitale aquitaine en cité bretonne, s'est enfin arrêtée. Un vent doux balaie les boulevards bordelais, ou niche, entre quelques pâtés de maisons et l'un des hôpitaux de la ville, le stade Chaban-Delmas.

 

Le nom de l'ex-maire de Bordeaux résonne cependant assez peu dans les conversations d'avant-match des supporters: le Parc Lescure, bien que rebaptisé du nom de la figure locale du dernier demi-siècle, reste le Parc Lescure. Certains, qui le côtoyaient déjà à l'époque où il était encore un vélodrome (le stade, pas l'homme politique), ne semblent pas prêts à laisser tomber leurs vieilles habitudes.

 

"Le chauvinisme dans la bonne humeur"

Sur le coup de vingt heures, les abords de Lescure — donc — ont pris les couleurs marine et blanc. Les files d'attente s'allongent devant les guichets. À l'entrée de l'enceinte, la fouille des stadiers s'avère aléatoire : certains projectiles potentiels (mandarines, bouteilles d'eau…) sont confisqués à la tête du client, selon qu'il s'agisse d'un supporter en écharpe ou d'une mère de famille souriante.

 

Dans les travées, le Virage sud est déjà presque entièrement garni: fief des clubs de supporters historiques (Ultras, Devils), il est orné de calicots à la gloire des Irréductibles, des Piranhas (et non pas, rappelons-le, des "Irréductibles Piranhas"), des supporters du club en provenance de Charente-Maritime ou du Lot-et-Garonne. En face, le Virage nord sonne creux. Une poignée d'activistes s'est massée derrière le but.

 

Depuis quelques années, ils tentent de développer, sans trop de succès, un deuxième pôle dans le stade, mais la majorité des spectateurs qui s'y trouvent restent bien sagement assis tout au long de la partie. La tribune de face, orientée vers l'ouest, accueille "les supporters les plus chauvins, qui sifflent toutes les décisions d'arbitrage qui vont à l'encontre des Girondins, mais dans la bonne humeur" comme l'indique (avec un brin de fausse naïveté) le site du club.

 

C'est ici aussi que se trouve la tribune de presse : vieille résurgence de l'époque à laquelle Claude Bez, qui vouait une haine féroce aux journalistes, avait placé ces derniers à l'endroit du stade le plus exposé à la lumière du soleil couchant, les jours de beau temps… Pendant que Stéphane Guivarc'h foule le terrain des exploits qu'il va commenter, le speaker entame la litanie des compositions d'équipes.

 

C'est la bande originale de "Mission: impossible" qui accompagne l'énumération des noms monégasques. On croit à un choix délibéré des organisateurs locaux jusqu'à ce que "Black Betty" ne résonne en fond sonore de l'annonce de la composition de l'équipe girondine. À moins que ce vieux tube ne soit l'objet d'une secrète anecdote entre joueurs Girondins, ou tout simplement le résultat de goûts notoirement contestables du speaker local.


A Bordeaux, la lutte contre le racisme semble plus solide que le genou de Jérôme Bonnissel.

 

Huées rageuses, applaudissements ironiques

Le match commence. Le premier rebondissement intervient à la 13e minute : sur un contact, Jérôme Bonnissel est touché au genou. Il est remplacé dans la foulée par Bruno Basto, accueilli sous les huées des supporters girondins. Le nom du titulaire habituel du poste est quant à lui scandé par le Virage sud. Le public bordelais a le sifflage facile, mais sait aussi se faire sportif… avec l'adversaire.

 

Alors que Ludovic Giuly expédie un missile dans la lucarne de Ramé, les spectateurs, passée la stupeur, applaudissent la magnifique frappe du petit meneur. L'arbitre assistant n'a pas droit aux mêmes égards. Ses levées de drapeau régulières font enrager la tribune d'honneur (pourtant si réservée), ainsi que Pauleta qui écope d'un carton jaune pour contact prohibé avec le corps arbitral.

 

La mi-temps intervient juste après que les hommes de Deschamps inscrivent un second but, qui porte le score à 2-1 pour les visiteurs, Darcheville ayant égalisé entre-temps. Quelques sifflets tombent à nouveau des travées, ce qui a le don d'énerver David Sommeil, qui applaudit ironiquement les spectateurs. L'acte de rébellion est suffisamment court pour rester discret: le public ne lui en tiendra pas rigueur.

 

La pause est l'occasion pour les sponsors de s'en donner à nouveau à cœur joie. Le rond central, recouvert intégralement, avant le match, d'une bâche à l'effigie d'un des principaux partenaires du club, est cette fois occupé par des panneaux, tout aussi ostentatoires, à la gloire de Wanadoo.

 

La société Internet organise son fameux "challenge" qui permet à des jeunes joueurs locaux de s'affronter sur la pelouse du match, pour des "un-contre-un" entre gardien et joueur de champ. Le speaker ponctue les buts par des "Wanadooooooo" suraigus et intempestifs.


Même dans les stades, difficile d'échapper au tunnel publicitaire à la mi-temps…

 

Le jeu reprend sur le modèle de la période précédente. À une légère nuance près: l'arbitre assistant à cette fois droit aux quolibets pour des oublis de hors-jeu monégasques jugés peu acceptables. Par des applaudissements appuyés du public, il se fait copieusement chambrer quand, trois actions litigieuses plus tard, il lève enfin son drapeau sur une action de Simone. Alors que Savio vient d'égaliser, le public se prend à rêver d'un final favorable à ses protégés. Dugarry, qui s'échauffe, voit son nom entonné par le Virage sud. Il remplace finalement Darcheville quelques minutes plus tard. Mais rien n'y change. Les deux équipes se séparent sur un score nul et un match de bonne facture. Le public se disperse dans le calme, les quelques supporters monégasques présents y compris. On est bien loin de l'ambiance tendue que s'apprêtent à vivre, quelques heures plus tard, le Parc des Princes.

 

Brèves de tribune


positive
Un spectateur rondouillard à son voisin : "Je ne pensais pas qu'on serait aussi bien situé avec une place Carrefour".


enthousiasme
Un supporter avec l'accent bordelais, au moment où le nombre de personnes présentes au stade apparaît sur le grand écran : "Putaing… 27.869 spectateurs, cong."


star academy
En bas de travées, un gamin hurle des "Allez Jean-Claude" et "Allez Pascal". Attention: ne pas confondre avec "Allez Jean-Pascal", réservé aux samedis soir sur TF1.

 

Boire et manger
Le stade Chaban-Delmas n'abrite pas moins de 17 buvettes dans son enceinte. Les prix n'y sont pas spécialement prohibitifs, même si le choix n'est pas exceptionnel. Les amateurs de bonne bière doivent ainsi se contenter d'une Tourtel sans alcool pour 2,50€. Les sodas et autres rafraîchissements sont au même prix, mais le conditionnement est imposé (50cl). Proximité des Pyrénées oblige, le casse-dalle (4€) est au jambon Serano…

 

Le prix des places
Aller au Stade Chaban-Delmas n'est pas particulièrement ruineux : bien sûr, pour être abrité du vent et de la pluie (voire du soleil, selon l'époque) en tribune d'honneur, il vous en coûte 32€. Ce prix inclus le plaisir de s'installer à proximité de stars comme Alain Juppé, Patrick Battiston ou Pascal Obispo (le rapport qualité/prix de la vedette reste donc analogue à celui du Red Star, où pour une place gratuite vous avez Jean-Luc Lahaye — voir ici).

 

Dans la tribune de face, exposée, elle, aux aléas climatiques, le prix est de 21€ ou 27€, selon la position par rapport à la ligne médiane. Environ 80% des places de ces deux tribunes sont couvertes par un toit. Pour des places en latérales, situées au-dessus du virage, ou dans le virage lui-même, il en coûte entre 8€ et 15€. Ces tarifs, applicables pour des soirées de galas, sont légèrement inférieurs pour des matches contre des équipes du championnat réputées de moindre envergure.

 


Les Cahiers du football, toujours le seul journal qui paye sa place au stade.

Pour découvrir le stade Chaban-Delmas en ligne La page visite sur le site des girondins.

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