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Stéphane Pinguet

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Lev Yachine, l'or noir

Les joueurs d'exception – Pas de Ballon d'Or pour Iker Casillas cette année encore. Mais reparlons de Lev Yachine, seul gardien lauréat et légende parmi les légendes.

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C’est une lumière particulière qui brille toujours pour cet homme en noir. L'ombre de Lev Ivanovitch ne sera jamais aussi sombre que sa silhouette. Yachine, c’est le mélange complexe d’un charme prolétarien, d’un physique industrieux et d’un charisme le précédant sur tous les terrains du monde. Le seul gardien de but ayant remporté le Ballon d’Or, en 1963. Son palmarès parle tout seul mais n’est pourtant pas assez bavard: 78 sélections entre 1954 et 1970 dans l’équipe d’URSS. Quatrième de la Coupe du monde 1966. Champion d’Europe en 1960. Finaliste de l’Euro en 1964. Homme d’un club, le Dynamo de Moscou, où il entra lors de son service militaire pour ne plus le quitter: champion d’URSS en 1949, 54, 55, 57, 59 et 63, vainqueur de la Coupe d’URSS en 1953, 67 et 70. Pas de traces en Coupe d’Europe: les clubs soviétiques n’y sont entrés qu’en 1966.

 


"J'ai quand même arraché le match nul"

Yachine est un homme de son époque. Son père ouvrier le place à quatorze ans comme apprenti mécanicien dans l’usine de métallurgie de Touchino. En 1943, les Soviétiques reculent devant les Nazis, le pays est saigné à blanc et l’heure n’est pas aux loisirs futiles. Officiellement. Car le jeune Lev découvre dans la discrétion des fins de journée de travail le foot et le hockey sur glace. Ce dernier permettra d'enrichir sa panoplie de footballeur, car en hockey, le gardien évolue également comme joueur de champ – chose d'autant plus inconcevable à l’époque dans le football, où le gardien ne pouvait pas s’éloigner de sa ligne. C’est comme ouvrier qu’il joue de plus en plus régulièrement dans l’équipe de l’usine.

 

 

 

 

En 1949, l’armée l'appelle. Mais le jeune métallo dont le potentiel a déjà été repéré par les recruteurs de la capitale ne fera de service militaire que le nom. Le club de l’armée, le Dynamo de Moscou, l’enrôle et le gardera durant toute sa carrière, pour le meilleur très souvent, pour le pire parfois. Lors de l’un des premiers de ses six-cents matches avec cette équipe, il remplace le gardien titulaire à la mi-temps. Les adversaires égalisent à 1-1 sur un but idiot dont Yachine est responsable. Yachine est exclu deux ans par ses dirigeants, non pour le but mais pour ses mots en rentrant au vestiaire: "J’ai quand même arraché le match nul." Les cadres de l’Armée Rouge goûtaient très peu en 1949 ce genre d’humour. "Cette période fut en fait la seule et la meilleure école que j’ai faite. J’y ai appris la patience et la volonté."

 

L'éclosion est donc retardée et c’est sur la scène internationale que Lev Ivanovitch deviendra Yachine, lorsque l’URSS décidera d’intégrer les compétitions internationales en 1956. 1956, année ô combien sympathique du premier dégel, du XXe Congrès, du rapport Krouchtchev, de la médaille d’or de Mimoun devant Zatopek au marathon. Budapest? Personne ne connait. Alors en 1956, aux Jeux olympiques de Melbourne et pour sa première sortie en compétition, l’URSS obtient l'or en football. La légende apparaît et se confirme deux ans plus tard lors de la Coupe du monde en Suède, avant d’exploser en 1960 avec le titre à l’Euro. Ivanovitch est devenu Yachine et avec lui le gardien est devenu un leader.

 

 


L'épopée rouge de 1966

Yachine devient l’araignée noire à la casquette vissée sur la tête. Un fétiche qu’il ne portait pas lors de la demi-finale perdue de 1966 face à l’Allemagne en Coupe du monde. Une casquette qu’on lui a volée un soir de match au Stade vélodrome mais que des Arméniens de Marseille lui ont retrouvée pendant la nuit. Une casquette que les dirigeants soviétiques, trop heureux de pouvoir honorer la réussite communiste par un objet aussi illustre, lui ont pris dans ses dernières années de vie pour la mettre sous vitrine dans un musée, alors qu’on le laissait mourir dans une cage à lapin moscovite d’un cancer de l’estomac. L'ambassadeur malgré lui – comme tant d’autres à cette époque – est mort en 1990 dans la tristesse morale et la détresse physique, après avoir été amputé de la jambe droite.

 

Il reste aussi l’homme de quelques déconvenues, de moments d’absence tout aussi étonnants que ses grandes prestations. En 1962 au et contre le Chili, l’élimination de son équipe lui a coûté deux années d’exclusion de la sélection nationale. Mais son aura est si grande qu’il se retrouve appelé dans une sélection mondiale pour le centenaire du football en 1964 à Wembley. Le monde le redécouvre et l’URSS en refait son gardien titulaire pour l’épopée de 1966 en Coupe du monde, achevée sur deux défaites en demi-finale contre l’Allemagne et lors de la petite finale contre le Portugal du grand Eusebio, mais qui complétera sa légende personnelle tant ses prestations sont à mettre à part des résultats de l'équipe.

 

 

 

 

Ses prestations contre l’Italie, la Hongrie et même l’Allemagne resteront comme des sommets de sa carrière. À tel point que lors du match pour la troisième place contre le Portugal, un discret hommage lui fut rendu: le but décisif fut inscrit sur un penalty transformé par Eusebio, Ballon d’Or 1965, qui vint s’excuser auprès de Yachine d’avoir marqué…

 

En vingt ans de carrière, Lev Yachine était devenu la référence du poste, à l’Est comme à l’Ouest du mur dont ses mains dépassaient. Les Français s’en souvenaient au travers de l’un de ses premiers exploits avec le maillot au marteau et à la faucille. C’était en 1956, pour l’un des premiers matches de l’URSS à l’Ouest, contre la France devant 60.000 personnes à Colombes. Sur sa ligne, vêtu de noir avec sa casquette, il voit Roger Piantoni s’avancer jusqu'aux six-mètres et frapper. Il ne bouge pas et bloque la balle d’une seule main, imperturbable. Le public est sous le charme, il lui sera acquis sur tous les terrains.

 

Quelques images de Lev Yachine.
 

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