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Christophe Kuchly

 

Parlait tactique sous l'identité de L'apprenti Footballologue chez horsjeu.net, et a créé le site L'instant X avant de rejoindre les Dé-Managers. Traîne sur le forum sous le nom de Radek Bejbl et écrit dans La Voix du Nord et La Voix des Sports.


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Nicolas Seube, ce héros

Liverpool-Séville : le chant du Coke

Matchbox – Dans un match qui a basculé après la pause, c'est le double tenant du titre qui l'a une nouvelle fois emporté. Plus que quelques décisions arbitrales litigieuses, on retiendra la réaction d'une équipe taillée pour gagner la Ligue Europa chaque année.

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Et si c’était cela qu’avait imaginé Laurent Blanc avant le France-Espagne de l’Euro 2012: un latéral droit positionné ailier qui fait la différence en se transformant en buteur? Le football a une part d’irrationalité qui rend certaines bonnes décisions mauvaises et inversement. Que faisait Coke, capitaine parfois placé sur l’aile mais tout sauf buteur, en position d’ailier gauche sur la formidable action collective du deuxième but? C’est en tout cas lui, vaguement utile pendant quarante-cinq minutes, qui a fait basculer une plaisante finale en faveur de Séville. À la phrase “l’important n’est pas le système mais l’animation”, on pourrait ainsi ajouter que les postes ne sont pas non plus si décisifs. Une équipe qui sait quoi faire du ballon peut se déstructurer pour désorganiser une défense. Et Liverpool, en contrôle pendant une mi-temps, l’a appris à ses dépens.

 

 

Flashback, 7 mai 2015. Placé latéral droit très haut, Aleix Vidal marque deux fois face à la Fiorentina et assure quasiment la présence de Séville en finale puis passe ailier à l’entrée de Coke, une fois l’avantage créé. En finale, après une victoire face à Dniepropetrovsk, on écrivait ceci: “Ce n’est pas par la possession que les Sévillans ont changé le cours de la partie, mais avec un pressing très agressif permettant de mettre en place leurs combinaisons dévastatrices – le vrai talent de cette équipe – beaucoup plus souvent et près du but adverse.” Pourquoi ce rappel? Parce que le constat est toujours vrai et que derrière la continuité des résultats se cache une continuité de la méthode. Le directeur sportif Monchi, dont le remarquable travail ne sera jamais assez souligné, donne à Unai Emery les joueurs permettant de pratiquer un certain style de jeu. Pas le plus joli, Séville étant le plus intermittent et frustrant des “gros” espagnols, mais le plus efficace sur des matches couperets.

  

Désormais, c’est Mariano qui déborde. Le latéral droit brésilien va sur ses trente ans et n’a pas écrasé la Ligue 1 de son talent mais fait partie de ces garçons qui ont les capacités pour se fondre dans un collectif fort. Ce qui n’est visiblement pas le cas d’Alberto Moreno, né et formé à Séville, qui attaque mieux et défend moins intelligemment chaque année, rendant involontairement décisives les chevauchées de son vis-à-vis. Au milieu, Steven N’Zonzi apporte encore un peu plus de centimètres que Stéphane M’Bia et met lui aussi de l’impact physique. Grzegorz Krychowiak, moins régulier que l’an dernier, reste un joueur complet (cette feinte de corps sur le deuxième but!) et la flemmardise d’Ever Banega sur la longueur d’une saison ne cache pas ses qualités techniques et sa vision du jeu. Souvent blessé, Daniel Carriço complète néanmoins bien un Adil Rami très régulier. Sergio Escudero est un honnête remplaçant de Benoît Trémoulinas, comme David Soria pour Sergio Rico dans les buts, et Kévin Gameiro marque à chaque match européen ou presque.

 

 

Liverpool presse, purée !

Ce rappel des qualités sévillanes effectué, il ne faut néanmoins pas croire que cette équipe est une armada invincible, loin de là. Incapable de gagner à l’extérieur en championnat, elle a un niveau maximum bien plus haut que son niveau moyen – sans qu’on sache si elle se transcende le jeudi ou si elle se repose le dimanche. Mais, individuellement, ses éléments ne sont pas nécessairement moins bons que ceux de Liverpool. Et c’est pour ça qu’il faut donner du crédit à Jürgen Klopp, dont les hommes ont longtemps dominé les débats. Pas tant dans les occasions, le but de Daniel Sturridge étant l’une des seules de la première période, mais dans la physionomie. Vainqueurs de la bataille du pressing, contraignant Séville à jouer long sous peine d’être menacé dans la construction du jeu, les Reds dominaient le rapport de force tactique grâce à un apparent surnombre autour du ballon. Un constat d’autant plus parlant qu’aucun joueur anglais ne se mettait véritablement en évidence dans le jeu.

 

 

Les éclairs de génie de Philippe Coutinho, Roberto Firmino et, éventuellement, Adam Lallana, ne sont pas plus venus en deuxième période qu’en première. Liverpool aurait pu gagner sans eux, avec pour leader un Sturridge toujours menaçant. Le souci, c’est que le collectif a sombré, sans doute un peu sonné par le but concédé dès l’engagement et surtout étouffé par l’adversaire. Au lieu de (gegen)presser, Liverpool a un peu reculé. Ce qui aurait convenu à l’Atlético mais pas à une équipe coachée par Klopp et a permis aux Sévillans d’installer leur jeu dans le camp adverse et d'enfin mettre le ballon à terre. Débordements, changements d’aile, combinaisons et surtout projections de Coke et Vitolo: un menu qui peut vite devenir indigeste. Surtout quand les rares sorties de carapace débouchent sur des ouvertures pour Gameiro dans le dos d’une défense centrale en galère. Surtout Dejan Lovren d’ailleurs, lequel réussit à faire passer Kolo Touré pour Baresi.

 

 

Les aventuriers de Séville

Dans le fond, il n’y a rien d’illogique à voir le septième de Liga dominer le huitième de Premier League, surtout que Séville est en roue libre depuis plusieurs semaines. La vraie déception concerne l’incapacité de Liverpool à maintenir un pressing cohérent, cette arme qui permet d’arriver en bonne position sans devoir faire le jeu et qui est d’autant plus efficace quand on possède une ligne d’attaque talentueuse. C’est cela qui avait permis de rivaliser avec une équipe de Dortmund pourtant largement supérieure en quart de finale – et qui, sur ce qu’on a vu cette saison, n’avait aucun rival dans la compétition –, avant que la folie d’Anfield ne permette une incroyable qualification. Sans doute aussi que la récente blessure d’Emre Can, qui doit devenir le point central de cette équipe pour plusieurs années, n’a pas aidé à endiguer les vagues quand le milieu a commencé à prendre l’eau.

 

Malgré un joli parcours, Liverpool échoue donc sur la dernière marche et ne sera pas européen l’an prochain. L’indiscutable qualification contre Villarreal au tour précédent prouve que les équipes espagnoles ne sont pas invicibles pour qui met toutes les chances de son côté mais Séville fait figure de test ultime dans la compétition. La troisième victoire de rang aurait pourtant pu ne jamais arriver: après un début de saison galère – un classique dans une équipe qui perd régulièrement ses meilleurs joueurs –, la dernière place de la poule de Ligue des champions semblait promise, avant qu’une victoire 1-0 contre la Juventus ne permette d’arracher la troisième place. La suite semblait écrite...

 

 

 

Vu du forum

=>> Pascal Amateur– 21h08

Je découvre par hasard que la finale a lieu maintenant. C'est bon, je n'ai raté aucun des sept buts à venir.

 

=>> narcoleps – 21h26

Belle démonstration de pressing à gégène, là.

 

=>> Pascal Amateur– 21h38

Grâce au jeu ouvert de Liverpool, on évite l'écrou de Bâle.

 

=>> Mevatlav Ekraspeck– 21h49

Faites gaffe à ce que vous écrivez quand même, parce qu'avec ce Séville là, faut pas dire de Betis.

 

=>> Gouffran direct– 22h08

Coke, renard, même pour ses coéquipiers!

 

=>> Mevatlav Ekraspeck– 22h17

Non messieurs, l'Origi du monde ne représente pas un trou de Bâle…

 

=>> Une2s – 22h42

CELTIC BHOY – 23h29 Le point commun entre Liverpool et Amy Winehouse ? Destroyed by Coke.

 

 

 

Les images du match

 

 

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