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Marseille : les armes du milieu

Parfois laborieux cette saison, l’OM de Didier Deschamps a su préserver ses ambitions, à défaut d’être vraiment d’attaque.
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Didier Deschamps ne cesse de le répéter: l’efficacité dans les deux surfaces est essentielle. L’efficacité défensive marseillaise est revenue, avec aujourd’hui une impressionnante ligne Fanni-Diawara-Mbia-Heinze maçonnée devant un Mandanda d’une sérénité internationale. L’OM a en effet encaissé plus de buts sur les dix premières journées de championnat (11 buts en 10 matches, onzième défense du championnat sur cette période) que sur les quinze suivantes (10 buts, première défense du championnat sur cette période). De l’autre côté du terrain, Gignac a été providentiel en 2011, mais stoppé par ses adducteurs au plus mauvais moment.

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Didier Deschamps s’exprime en revanche beaucoup moins – ou alors la main devant la bouche – sur la façon dont il entend faire le lien entre la défense et l’attaque. S’il défend l’idée que c’est moins le système qui importe que l’animation et les associations de joueurs, un système se détache pourtant, indépendamment des compositions alignées. Ainsi, il a beau écarter d’un revers de lèvre toute prétention au "beau jeu" en tant que concept pour esthètes du football, et lui préférer la sacro-sainte efficacité bénie sur l’autel du principe de réalité, il n’a pas pour autant renoncé à toute ambition en matière de jeu.


L’impact physique perdu

Les victoires de la saison dernière se sont en grande partie construites sur le physique de l’équipe. L’assimilation de la préparation a toutefois paru plutôt longue au début de l'exercice 2010/11: les difficultés rencontrées par l’équipe avant décembre semblaient surtout liées à la perte de cette souveraineté dans l’impact. L’importance que Deschamps accorde à cette dimension n’est toutefois pas une fin en soi, mais un moyen au service de ses ambitions. 

L’entraîneur a compris que son équipe ne pourrait franchir le fameux palier européen qu’au bénéfice, outre d’individualités au niveau des enjeux, d’une implication soutenue dans le jeu. Or, celle-ci ne peut-être atteinte que si l’équipe est dans sa plénitude à la fois physique et tactique. Claude Puel est sans doute arrivé à la même conclusion, puisque son équipe n’a existé face au Real Madrid qu’au prix d’une démonstration d’intensité physique. Le harcèlement incessant des Lyonnais sur le porteur de balle et le soutien constant de l’équipe en phase de construction constituent certainement l'idéal recherché par les deux entraîneurs.

schema_om_2010_11.jpg


Trois joueurs pour deux fonctions


Pour travailler cette aptitude, Deschamps fait preuve une certaine constance – rarement soulignée – dans la solution qu’il veut apporter au manque de liant dont souffre encore l’équipe. Il a opté pour une organisation à trois têtes de l’entrejeu marseillais, avec un milieu récupérateur concentré sur cette tâche – rôle dont Cissé s’acquitte proprement –, et un milieu offensif auquel sont remises les clés de la construction – invariablement, Lucho. Le rôle attribué au troisième milieu de terrain procède alors moins d’une hésitation que d’une adaptation tactique. Sa mission, qui se partage nécessairement entre la récupération et la construction, consiste en un double soutien: au milieu défensif dans la récupération, et au milieu offensif dans la construction.

Une distinction tactique entre ces tâches serait purement artificielle: elles se partagent entre les trois hommes – trois joueurs pour deux fonctions plutôt qu’un joueur pour deux fonctions. Ainsi, l'organisation de Deschamps a recours à un "poste tactique" à la charnière de cette dualité: le choix de ce joueur est commandé par la réponse à apporter aux problèmes posés par l’adversaire. L’alternative réside alors dans le choix entre Cheyrou, très présent derrière les attaquants mais aussi performant dans le harcèlement, et Kaboré, puissant à la récupération mais aussi capable de soutenir la construction. 


S’adapter à l’adversaire

La confusion pourrait provenir du fait que Kaboré occupe parfois seul le poste de récupérateur généralement réservé à Cissé. Néanmoins, cela n’indique pas nécessairement, lorsque ces deux joueurs sont alignés ensemble, que l’entraîneur fait le choix de fonder le jeu de l’équipe sur la récupération. Mais plutôt que Kaboré, intervenant dans le rôle du troisième homme entre Cissé et Lucho, doit offrir à l’équipe des bases de récupération plus reculées, et une construction plus prudente. Par comparaison, Cheyrou permet une récupération haute et un jeu plus direct. Valbuena offre en outre une solution supplémentaire, résolument offensive et assurant la confiscation du ballon lorsque l’adversaire l’autorise. Il s’agit de confier la baguette à Valbuena et de laisser Lucho aspirer l’entrejeu (par exemple, à Moscou [1]).

L’organisation de l’équipe doit apporter une réponse unique à une double problématique: la liaison entre les phases de défense et d’attaque, et l’adaptation à l’opposition proposée par l’adversaire. Si les compositions de Laurent Blanc évitent pour l’instant, à la faveur de ses résultats, les commentaires sur l’alternance de ses choix au milieu de terrain (A. Diarra, M’Vila, Diaby, Nasri et Gourcuff pour trois postes), alors qu’il semble élaborer la même réflexion tactique que son ami marseillais [2], cette stratégie répond peut-être aux critiques suscitées par les hésitations de Raymond Domenech, qui peinait moins à décider du nombre de milieux récupérateurs à aligner – l’un de ses chefs d’accusation – qu’à trouver l’association de joueurs qui permettrait d’asseoir cette bascule dans l’entrejeu.
 

Des ambitions préservées

L’animation laborieuse du jeu actuel de l’OM relève, plutôt que de la stérilité alléguée du milieu dans la construction, des difficultés de l’équipe à concrétiser les interactions entre ses lignes. Les blessures et méformes empêchent encore la stabilisation de certaines associations et la fluidité des combinaisons: là où l’organisation variable du milieu procède de choix tactiques, la composition des autres lignes répond plus souvent à la mauvaise fortune.

À défaut de maîtriser déjà cette intensité que semble rechercher Didier Deschamps, une bonne participation des ailiers au jeu (d’autant plus nécessaire lorsque Lucho n’est pas là) semble pour l’instant garantir à l’équipe une densité qui lui permet sans doute de s’user moins que la plupart de ses adversaires en Ligue 1, et de laisser vivre l’espoir en Ligue des champions.

L’avenir dira vite si cela est suffisant pour faire face aux enjeux des prochaines semaines: la confirmation du regain physique observé récemment, la gestion des indisponibilités au sein de l’effectif (sur ce point, le concurrent lyonnais est plutôt fair-play), la poursuite ou non de l’aventure européenne du club et de ses adversaires, et la capacité – pour l’heure incertaine – de l’équipe à dominer ses adversaires directs lors de leurs confrontations. Il s'agit de se concentrer sur le présent pour s’offrir les moyens de préparer la saison prochaine... de sorte à pérenniser le travail accompli jusqu’alors, mais surtout pour prolonger le droit au rêve que l’OM a rendu à ses supporters en 2010.
 

[1] Lire "Spartak 0-3 Marseille – Marseille progress" sur Zonal Marking.
[2] Lire "Blanc, année zéro".
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