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Joseph Alfonsi

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Le calendrier harmonisé dès 2002?

Monsieur Roux

La préretraite de Guy Roux est l'occasion de rappeler les contradictions de l'homme, personnage souvent détestable mais technicien hors du commun, dont la carrière et le palmarès invitent au respect.
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Dans un métier régi par la loi de l’éphémère, la longévité du Bourguignon à son poste est une performance. A une époque où les entraîneurs ont malheureusement tendance à payer trop commodément le prix de l’inconséquence de leurs dirigeants, son parcours fait notablement exception. Qu’on le veuille ou non, c’est un signe. Signe aussi de la sagesse d’un club qui a toujours su résister au chant des sirènes de la gloire montante, en ne sombrant pas, même au plus fort de la tentation, dans une folie des grandeurs irrémédiablement dévastatrice. Certes, le discours ressassé sur la modestie du budget professionnel d’Auxerre est à relativiser par l’effort financier consenti en matière de formation. Au total, l’AJA est loin d’être ce petit club dont le gourou s’ingénie astucieusement à vanter les mérites. Il n’empêche, même si cette politique de formation n’est pas exempte de reproches, eu égard aux laissés pour compte qu’elle engendre, la persistance de la démarche, jamais démentie au fil du temps, est une réalité qui mérite d’être saluée.

Mais outre son talent indéniable, sur lequel nous reviendrons, Guy Roux doit avant tout son long règne au statut à part qui fut le sien. En occupant simultanément les postes de manager général et d’entraîneur, il fut véritablement l’unique patron du club. En matière de recrutement comme de tactique, toutes les décisions furent marquées du sceau de la cohérence. Du bas en haut de la chaîne, aucun risque de dissonance ou d’incompatibilité. Alors qu’ailleurs, des divergences ne manquent jamais d’apparaître entre des présidents omnipotents et des entraîneurs tributaires, Guy Roux aura su obtenir les moyens d’une politique dont il fut le seul instigateur.
Ainsi, lorsque certains présidents recrutaient pour flatter un ego, pour réaliser un coup médiatique, pour saisir une opportunité proclamée ou pour priver les clubs concurrents d’un joueur de talent, Guy Roux ne faisait ses emplettes que pour combler un manque bien identifié, en conformité avec son schéma tactique et avec l’organisation désirée de son équipe. De manière parcimonieuse et réfléchie, il sut palier chaque départ, poste par poste et en temps voulu, pour que l’équilibre de sa formation n’en souffre pas. De même a-t-il toujours pris soin de ne laisser partir un joueur clé que lorsqu’il avait l’assurance de pourvoir à son remplacement, c’est-à-dire une fois la relève assurée. Citons pour mémoire: Vahirua parti une fois Diomède sur les rails, Cocard parce que Marlet, Lachuer pour Dutuel, etc. On notera que le départ programmé de Diomède, auréolé de son titre de champion du Monde, avait déjà donné lieu à un recrutement idoine, en la personne du Suisse Comisetti, joueur gaucher au profil similaire.

La force de Guy Roux réside sans doute aussi dans cette capacité à tirer le meilleur de chaque joueur. La liste est longue des joueurs partis d’Auxerre pour chercher meilleure fortune, forts d’une saison pleine, sans pour autant connaître un meilleur sort une fois parvenus sous leurs nouveaux cieux. Bien sûr, quelques-uns et non des moindres ont poursuivi sur leur lancée, pour atteindre la gloire. Mais peu nombreux, finalement, sont ceux qui auront retrouvé, par la suite, la plénitude qu’ils avaient atteint à Auxerre (Martins et Dutuel sont les déceptions les plus récentes.).
Il ne s’agit pas de dresser ici un portrait angélique du maître des lieux. Les méthodes de l’homme de terrain et son caractère sont décriés. Tyran éclairé pour les uns, paternaliste insupportable pour les autres, Guy Roux n’a pas non plus toujours fait preuve d’élégance avec ses "anciens". De Cocard à Charbonnier, en passant par Baticle, plus récemment, le coach ne se laisse pas facilement gagner par le sentimentalisme. Cependant, nombreux sont ceux qui, bien des années plus tard, peuvent lui savoir gré de leur séjour en terre bourguignonne. C’est que, si le club est réputé pour former des jeunes talents en herbe, Guy Roux n’a pas son pareil pour relancer des joueurs en rupture de banc, à l’esprit revanchard et ayant à cœur de prouver une valeur mise en doute. Ainsi, les Scifo, Laurent Blanc, Ferreri II, Guivarch II, Carnot et autres Roche, sont autant d’exemples de joueurs passés entre les mains bénies du guérisseur, après des expériences plus ou moins malheureuses. Tous ces joueurs ont peu ou prou relancé leur carrière en venant se refaire une santé à Auxerre. Le coach avait tapé juste. Question de flair.
Car pour ce qui est du flair, assurément, Guy Roux n’en manque pas. Si l’AJA est réputée pour son école de football (les titres en Gambardela en attestent), l’entraîneur bourguignon ne rechigne pas à puiser dans les divisions inférieures pour dénicher les futurs cadres de son équipe première. Aussi logique que cela puisse paraître, cette option n’était pourtant pas très prisée des clubs de D1. On considère encore trop parmi l’élite que les joueurs ayant échappé à la détection des grands centres de formation sont potentiellement moins prometteurs. Or, qu’il s’agisse de Lamouchi ou de Lachuer, pour ne citer qu’eux, ces deux joueurs ont respectivement été désignés meilleurs joueurs de D2 à Alès et à Châteauroux, avant d’exploser à l’AJA. Quant à Steve Marlet, c’est également en D2, au Red Star, que Guy Roux est allé le chercher. Aujourd’hui, tous ces joueurs ont acquis une dimension incontestable.

Enfin, passé à la postérité caricaturale au même titre que son bonnet d’école de ski, le 4-3-3 immuable dont il s’est fait le chantre, est un système de jeu qui, pour être ancien, n’en demeure pas moins d’une efficacité avérée. Deux ailiers de débordements, un avant-centre, un vrai numéro dix et un milieu relayeur! Voilà de quoi produire du jeu et du spectacle sans sacrifier aux impératifs du résultat. Il faut dire qu’à l’heure des défenses à plat ou en zone, le marquage individuel tel qu’il est préconisé à tous les échelons du club est une garantie contre les errements laxistes. Aussi, mise à part la saison passée que l’on qualifiera de ratée, et nonobstant une fin de parcours un peu chaotique cette année, l’AJA est incontestablement, depuis longtemps, une valeur forte de notre championnat.
A coups de renforts plus judicieux que spectaculaires (nous pensons par exemple à la venue de Thierry Bonalair, en fin de carrière, pour occuper le flanc gauche de la défense, il y a quelques années), et au prix d’une politique de formation qui a fait ses preuves, Guy Roux est, sans conteste, le maître d’œuvre de cette réussite.

Pour notre part, et en guise de conclusion, nous lui aurions volontiers fait part d’une suggestion pour le soulager d’une charge de travail devenue, aux dires mêmes de l’intéressé, trop pesante: qu’il mette un terme à ses diverses collaborations médiatiques; qu’il cesse toute activité auprès de Ligue; qu’il ne se perde plus en invectives douteuses, notamment à l’encontre des arbitres comme lors de l’avant dernière journée. En bref, qu’il s’entraîne à la fermer! En économisant son énergie en coulisse, il aurait dès lors pu se consacrer, entièrement et jusqu’à la fin de son contrat, à servir la cause du football de la meilleure façon qui soit: sur le terrain.
Or, moins de temps sur le terrain risque de signifier plus de disponibilité pour le pseudo-consulting. Il est donc malheureusement à craindre que nous soyons, nous, téléspectateurs, victimes de ce retrait partiel, au même titre que le football.

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