auteur
Christophe Kuchly


Dé-Manager, qui parle dans Vu du Banc et écrit pour l'AFP et dans La Voix du Nord.


Du même auteur

> déconnerie

Le Real au rayon blazer

Müller de pointe

La tête de Mats Hummels d'un côté, celle de Pepe de l'autre. L'Allemagne a joué avec la sienne, le Portugal l'a un peu perdue. Et le choc a ressemblé à une démonstration.

Partager


Troisième affiche entre grandes équipes européennes... et deuxième taule. Après les Pays-Bas, larges vainqueurs de l'Espagne, c'est l'Allemagne qui s'y est collée en assommant le Portugal. Plus que le score, c'est la maîtrise qui interpelle et écarte assez loin la plupart des doutes qui entouraient la Mannschaft depuis l'annonce de la sélection.

 

 

 

La nalyse : en deux temps quatre mouvements


C'est assez paradoxal, mais l'Allemagne a ouvert le score au moment où elle semblait vaciller. Bon, d'accord, ça ne tanguait pas tant que cela et on n'était qu'en début de partie. Mais tout de même, quelques phases durant, on pouvait s'interroger sur ce choix d'aligner quatre défenseurs centraux, avec Benedikt Höwedes et Jérôme Boateng sur des côtés qu'ils ne fréquentent plus depuis un moment. Et comme Per Mertesacker ne s'est pas transformé en Justin Gatlin dans la nuit, le manque de rigueur dans le positionnement permettait au Portugal de profiter de gros espaces sans trop avoir à travailler pour les ouvrir.
 

Très courte, cette première phase n'est néanmoins pas à négliger. Dans un mauvais jour, face à un adversaire un peu plus tueur (ou moins obnubilé par son joueur majeur) l'Allemagne pourrait souffrir de ce déséquilibre défensif. Surtout que le banc, duquel est sorti Shkodran Mustafi pour remplacer Mats Hummels, n'offre pas de garanties absolues. Mais ça, on s'en préoccupera plus tard, sans doute pas avant les huitièmes de finale. Car le reste de la partition mérite des louanges.
 

Sans véritable attaquant, basée sur le mouvement et avec Philipp Lahm à la récupération, cette Allemagne rappelle forcément le Bayern, machine implacable pendant des mois avant une fin plus difficile. Le creux avant le rebond? En tout cas, nul doute que Pep Guardiola aurait aimé pouvoir compter sur un milieu dans une telle forme. C'est simple: personne n'a été en dessous. Après un début difficile, Lahm a contrôlé le tempo et bouché les trous. Un peu plus haut, Toni Kroos a réussi un match d'une justesse technique exceptionnelle, ponctué de longues ouvertures parfaites pour ne pas s'enfermer dans un jeu basé sur les passes dans les petits espaces. À eux deux, ils ont touché presque 200 fois la balle, plus que les trois de devant. Quant à Sami Khedira, il a rappelé qu'il pouvait être un excellent box-to-box, n'hésitant pas à prendre la profondeur pour créer le surnombre.
 

 


 

Le mouvement perpétuel allemand, spectaculaire offensivement, ne se fait jamais sans travail. Un aspect sous-estimé mais qui explique le manque de solutions du Portugal. Le premier nom qui vient à l'esprit est un joueur aussi atypique que décisif: Thomas Müller. Triple buteur, en balade sur tout le front de l'attaque, il a touché le ballon à peine plus que Manuel Neuer. Et pourtant, il n'a pas hésité à pourchasser Ronaldo dans le couloir pour le prendre à deux avec Boateng, s'est montré présent au pressing, même seul (ce qui amène le rouge de Pepe) et n'a pas perdu pour autant son instinct de buteur. Enfin, comment ne pas parler de Mario Götze? Dans tous les bons coups, le milieu offensif est peut-être le joueur qui permettra de faire la différence individuellement quand les matches seront bloqués.
 

En face, l'infériorité numérique biaise forcément le jugement. Le Portugal vaut sans doute mieux que cette défaite par quatre buts d'écart mais ne fait que mettre en valeur ses propres limites. À l'image de Nani refusant le duel face à Mertesacker à l'entrée de la surface pour servir Ronaldo, à contretemps qui plus est (on n'a pas souvenir d'avoir vu Christophe Dominici faire demi-tour face à un pilier obèse), les Portugais ont sans doute trop focalisé leur jeu sur l'attaquant du Real. Qui a certes besoin d'être mis en confiance et peut faire des différences, mais ne sera que plus efficace quand la défense adverse aura d'autres problèmes à gérer que le sien. Évidemment, aussi belles soient-elles, les passes de João Moutinho paraîtront toujours un peu plus fades avec Éder ou Hugo Almeida au contrôle plutôt que le classieux Berbatov. Mais cette équipe a trop de talent pour ne jouer son avenir que sur un seul joueur.

 

 

 

Les observations en vrac


Thomas Müller, 24 ans, est à huit buts en Coupe du monde. Même si Miroslav Klose passait toute l'épreuve sur le banc, Ronaldo a quand même un peu de souci à se faire pour son record.
 

La meilleure accélération de Cristiano Ronaldo aura été pour pourchasser l'arbitre après une faute non sifflée dans la surface.
 

Si la logique des dernières compétitions est respectée, l'Allemagne fera rêver tout le monde avant de perdre 1-0 en demi-finale face à un Brésil pragmatique.
 

Pepe expulsé, Coentrão blessé... C'est à se demander si le Bayern n'a pas jeté un sort aux Madrilènes après l'élimination en Ligue des champions.
 

Il y avait un petit côté Spurs-Heat dans ce duel entre collectif et individualité. Là aussi, Kawhi Müller a obtenu un meilleur résultat que LeBron Ronaldo.
 

Même les punks à chien commencent à avoir un peu honte du look de Raul Meireles.
 

Si le football se joue dans les deux surfaces, pas sûr que Rui Patricio et Éder soient les hommes qui porteront le Portugal vers le titre.

 


 

 

 

Le match vu par... Francis Huster


"Le monde marche sur la tête, les actionnaires vivent comme des rois alors que le contribuable se meurt. On se retrouve avec des dirigeants qui ne dirigent plus, des arbitres qui n’arbitrent pas. Le coup de tête de Pepe est le symbole de cette décadence d’un siècle où la post-modernité ne fait plus écho à rien. Il faut la vidéo pour enfin voir. L’arbitrage neutre n’est plus rien d’autre qu’un prétexte à faire vivre les nantis. Le changement est dans le sourire, dans ce dépassement de soi qui fait que Molaire, cet Allemand à la rigueur froide, n’oublie pas d’être lui. Il faut la vidéo, il faut aller de l’avant, renverser ce pouvoir établi qui n’ose rien dire si ce n’est porter des maillots Ronaldo en achetant des bières surtaxées. C’est ça que je veux voir, c’est la Coupe du monde telle que je la conçois, telle que la concevait Machiavel. Osons, les buts viendront à nous et les cartons rouges ne serviront plus qu’à déménager les idées préconçues. Au fait, qui a gagné?"

 

 

 

Vu du forum


=>> Vas-y Mako! - 18h29
Mais Almeida en inspecteur Terrasson, ce n'est pas ça. Au lieu de cultiver sa moustache, il ferait bien de travailler sa vivacité.
 

=>> Orlin - 18h39
Comment faire péter les plombs à Pepe : mettre un arbitre sur le terrain. CQFD.
 

=>> Tonton Danijel - 18h46
Schumi sort du coma, le Portugal y rentre.
 

=>> emink - 18h51
Ça sent la valise en carton, chère à Linda...
 

=>> djay-Guevara - 19h02
Pourquoi les Portugais portent le vieux pyjama de Lloris?

 

Partager

La Coupe du monde 2014


L'Atelier
2014-07-24

Coupe du monde 2014, le bilan définitif

On ne pouvait pas la quitter comme ça : notre sélection amoureuse des bons moments passés avec elle, des mauvais aussi. Et même des autres. 


Nicolas Che
2014-07-21

Narcisse zéro

Les images de supporters jubilant au moment de s'apercevoir sur les écrans géants des stades ont criblé les retransmissions de matches. Une mécanique narcissique, mais pas dépourvue de sens. 


Jérôme Latta
2014-07-18

La Coupe du monde est belle, mais elle a besoin d'être sauvée

Une Balle dans le pied - Ces dernières semaines ont rappelé tout ce que l'on peut aimer dans une Coupe du monde, mais aussi tout ce qui la menace. 


>> tous les épisodes du thème "La Coupe du monde 2014"