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Alexandros Kottis

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Revue de stress #9

Un Clasico à renverser l'Uruguay

Stade mythique, ambiance, expulsions et remontada. Tous les ingrédients étaient réunis pour le Clasico uruguayen. Dimanche 9 novembre, le Nacional accueillait Peñarol au Centenario pour le plus vieux derby sud-américain. Récit. 

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Les rives du Rio de la Plata ont tremblé durant quatre-vingt dix minutes. Quatre-vingt quatorze pour être exact, et ce dernier coup-franc d’Alvaro Recoba qui termine au fond des filets. À trente-huit ans, "El chino" étire le temps et prolonge le plaisir. La plus belle patte gauche des années 2000 frappe sur le gong pour offrir le Clasico au Nacional, et plonge le Centenario dans une folie ennivrante. Porté en triomphe, Recoba gratifie le public d’un nouveau chef-d’œuvre après son corner direct inscrit en septembre dernier, et marque de son empreinte la saison des Tricolores. Le titre est désormais à portée de main.

 

Le derby uruguayen se joue au mythique stade du Centenario, construit pour la Coupe du monde 1930 et véritable lieu de pèlerinage pour les amoureux du foot. Dans ce lieu rempli d’histoire, les deux plus gros clubs du pays s’affrontent pour la 12e journée du championnat Apertura. Premier, le Nacional peut faire un grand pas vers le titre en cas de victoire, quand Peñarol n’a plus rien à espérer. Également éliminés de la Copa Sudamericana il y a deux semaines, les Carboneros comptent sur le Clasico pour sauver leur saison et leur honneur.

 

 

 


Pour l’histoire

"C’est le match de l’année. Quel que soit classement, la dynamique de l’équipe, tu te surpasses pour gagner. Le Clasico c’est le Clasico." Ancien vendeur ambulant dans les tribunes du Centenario, Lucas sait de quoi il parle. À quarante-et-un ans, il a plus d’une vingtaine de Clasicos à son actif et a régulièrement côtoyé les hinchas des deux clubs. Des deux côtés, toujours la même obsession: battre le rival et se proclamer "plus grand club d’Uruguay".

 

Le match débute à 18h, et les supporters bleus-blanc-rouge du Nacional défilent toute l’après-midi dans un flux continu sur l’Avenida Italia, qui mène au Centenario. L’important dispositif policier mis en place tente d’empêcher la rencontre entre supporters des deux équipes, mais la mission semble impossible dans une ville divisée où les plus grands rivaux peuvent être meilleurs voisins. On se cherche, on s’invective, mais l’ambiance est à la fête en ce dimanche printanier et aucun incident n’est à déplorer.

 

À une heure du coup d’envoi, les tribunes sont pleines. Face aux trois-quarts tricolores se dresse le traditionnel mur jaune et noir du kop Amsterdam. Les tambours donnent le rythme, les chants résonnent, les papelitos s’envolent dans le ciel bleu de Montevideo. Revenus terminer leur carrière au pays après avoir arpenté les pelouses européennes, les papys Zalayeta et Recoba figurent sur la feuille de match. L’ancien de la juve titulaire pour Peñarol, l’ex-intériste sur le banc du Nacional. Les deux clubs alignent également la relève uruguayenne, probable ossature de la future Céleste: Jonathan Rodriguez, à la pointe de l’attaque jaune et noire, et Diego Polenta, patron de la défense tricolore.

 


Pas de place pour le jeu

Le stade est en ébullition, et explose littéralement à la vue des joueurs. Les vingt-deux acteurs entrent sur la pelouse dans un spectacle époustouflant, accueillis par un énorme tifo qui recouvre toute une tribune latérale, et rappelle le plus gros score lors d’un clasico: 6 à 0 pour Nacional. Autre époque, mais une histoire qu’il convient d’entretenir pour alimenter la rivalité entre les deux clubs les plus populaires d’Uruguay, et affirmer sa suprématie. Côté Peñarol, on remémore le résultat de la dernière opposition par un lâcher de ballons jaunes et noirs. Des 5-0 volent dans les tribunes. Chaque Clasico écrit sa propre histoire, avant d’entrer dans le grand livre du plus vieux derby sud-américain.

 

Le début de match est haché, les contacts rugueux, les occasions rares. Le spectacle a lieu en tribunes où Hinchas du Peñarol et du Nacional rivalisent. Nacional abuse de longs ballons en direction d’un Ivan Alonso trop esseulé. Meilleur buteur du championnat avec douze réalisations, l’attaquant tricolore se démène mais subit l’impact physique des défenseurs, et chaque contact échauffe les esprits. La qualité de jeu fait défaut, pas l’engagement. Et c’est le principal pour cette rencontre, où seule la victoire est belle.

 

L’arbitre tente de maîtriser la tension sur la pelouse, le temps pour Estoyanoff de faire monter encore un peu plus la température. Sur le banc des remplaçants, l’ancien joueur du Panionios d’Athènes regagne le vestiaire en passant sa main dans les cheveux qu’il n’a pas, pour bien montrer aux supporters du Nacional ses cinq doigts. Cinq, comme le nombre de buts encaissé par le bolso lors de la dernière confrontation. Pluie d’insultes. Gimenez et Migliore s’échangent des politesses en pleine surface. Un jaune partout, balle au centre. "Migliore la bouffe". Le gardien argentin de Peñarol devient la nouvelle tête de turc des hinchas du Nacional. Énième coup de sifflet de l’arbitre. Mi-temps sur ce score nul et vierge.

 


Le show Pacheco, la légende Recoba

La deuxième période repart sur les mêmes bases que la première. Au fil des minutes, les lignes s’étirent et le ballon se retrouve plus facilement dans les surfaces. 55e, Silvestre déboule dans les seize mètres du Nacional. Au contact avec Porras, le Brésilien s’écroule. Penalty pour Peñarol. Quelques instants de confusion avant qu’Antonio Pacheco ne s’empare du ballon. Le capitaine des carboneros s’élance et trompe Munua d’une frappe à ras de terre, célébrant de la plus belle des manières son 58e Clasico, un record. Lorsqu’il est remplacé cinq minutes plus tard, le joueur de trente-huit ans savoure. Bras levés, il sort lentement et salue tout le stade qui lui rend un écho mitigé. Il reçoit les honneurs du kop Amsterdam, la bronca des autres tribunes. "La chatte à ta mère Pacheco!" Un dernier arrêt avant les limites du terrain, un tour sur lui-même pour montrer à tous le nom floqué sur le maillot à rayures jaunes et noires.

 

En sortant, Pacheco laisse la vedette à une autre légende, plus connue sur le vieux continent. Coéquipiers à l’Inter de Milan, amis depuis, Antonio Pacheco et Alvaro Recoba sont aujourd’hui adversaires. 68e minute de jeu, "El Chino" fait son entrée sur la pelouse. Jambes arquées, bedaine et calvitie, l’homme ne ressemble plus vraiment au dribbleur qui affolait la Serie A. Immédiatement placé au cœur du jeu, il distribue de son pied gauche, en marchant.

 

La tension remonte d’un cran en cette fin de match, et les fautes deviennent plus violentes. À la 77e minute, Macaluso emporte tout sur un tacle non contrôlé. Carton rouge. À peine six minutes plus tard, Romero le rejoint au vestiaire pour un excès d’engagement. La tribune Amsterdam commence déjà à célébrer. Nacional pousse. 91e minute, corner, confusion, main, but! L’arbitre accorde l’égalisation et fait chavirer le Centenario dans un vacarme assourdissant. Le Nacional ne sera pas défait aujourd’hui et les deux équipes vont se quitter sur un score de parité. À moins que… Dernier coup franc à trente mètres des buts de Peñarol, au bout du temps additionnel. Alvaro Recoba place son ballon, le stade se tait pour la première fois de la rencontre. Quelques secondes. La course effrénée qui suit traduit la joie du buteur et de tout le peuple tricolore. Le Nacional s’adjuge le Clasico sur le fil.

 

Tandis que la tribune Amsterdam se vide complètement, les joueurs du Nacional communient avec leurs supporters durant de longs instants sur la pelouse du Centenario. "Qui ne saute pas est Peñarol." Torse nu, les yeux cachés par un sourire jusqu’aux oreilles, Recoba célèbre comme un enfant cette victoire au goût de titre. Dans ce berceau du football, l’histoire continue de s’écrire.
 

 

 

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