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Naissance du supporter

When Saturday Comes – Aux origines du football, les matches étaient suivis par une poignée d'observateurs curieux, mais l'identification au club grandit en même tant que la foule. Ferveur, rivalités, émeutes: le supporter est né au 19e siècle. 

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Extrait du numéro 371 de When Saturday Comes. Titre original : "Part of the club", traduction Toto le zéro.

 

* * *

 

À notre époque dite moderne, l'objet originel du football est un peu oublié. Les clubs ont d'abord été créés au bénéfice de leurs membres, afin que ceux-ci puissent jouer au football. Comme ils ne pouvaient pas tous participer à chacune des rencontres (pour des questions d'effectifs, de talent, de blessures ou d'âge), certains membres se devaient se contenter de regarder. Ceux-là, qui ne jouaient pas, devinrent les premiers supporters de leur club.

 

Puis s'ajoutèrent les amis et proches des membres du club, de ceux qui jouaient comme de ceux qui ne jouaient pas. Amenés à assister aux rencontres, ceux-ci devinrent supporters par association. Ils furent suivis par les locaux, pas nécessairement liés au club mais attirés par le spectacle dont ils avaient entendu parler ou, de façon plus littérale, qu'ils avaient entendu de loin. Bon nombre de ces premiers spectateurs étaient plutôt jeunes et avaient du temps libre, surtout le samedi après-midi, du fait de l'évolution du droit du travail.

 


"The Association Game" (1888)

 

 

Représenter la communauté

Plusieurs très grands clubs d'aujourd'hui ont été fondés dans les années 1870 et 1880, période faste pour le développement du jeu. Établis pour la plupart dans le giron de certaines institutions – entreprise, congrégation religieuse ou club de cricket –, ils disposaient d'une base de soutien déjà existante.

 

Manchester United, né Newton Heath LYR en 1878, fut fondé par des ouvriers du dépôt ferroviaire du Lancashire et Yorkshire (Lancashire and Yorkshire Railway depot, LYR). Manchester City s'appelait à l'origine St Mark’s, un club établi en 1880 par des membres d'une église de West Gorton. Arsenal s'appelait Dial Square, équipe formée en 1886 à la Manufacture royale d'armes (Royal Armaments Factory) de Woolwich. Progressivement, ces clubs se développèrent au-delà du cadre d'origine et finirent par représenter leurs communautés respectives.

 

Plusieurs grands clubs furent constitués par des groupes de jeunes gens. Newcastle United avait d'abord été baptisé Stanley FC, en 1881, par des adolescents appartenant au club de cricket de Stanley. L'année suivante, des écoliers âgés pour la plupart de moins de quinze ans fondèrent le Hotspur FC, qui deviendra Tottenham Hotspur. Everton, Aston Villa et Fulham sont tous issus de groupes de catéchisme, qui constituaient des structures sociales essentielles durant l'ère victorienne, plus particulièrement pour les enfants des classes ouvrières.

 

 

"Ils ont gagné" devint "On a gagné"

L'émergence de clubs populaires ainsi que le développement de groupes de supporters ont été cruciaux pour l'évolution du supportariat. La sympathie se mua en ferveur. L'affiliation à un club donna un sentiment d'appartenance au supporter, qui découvrit un enjeu au-delà du jeu. Cela accrut l'intérêt et, bien souvent, le plaisir du spectacle. Si son club l'emportait, il en partageait le bénéfice: "Ils ont gagné" devint "On a gagné". Et les supporters de profiter de cette gloire par procuration: une victoire de leur club pouvait même leur apporter un peu de bonheur sur le plan personnel.

 

Lorsque Forest et Barnes, deux des clubs fondateurs de la Fédération anglaise en 1863, s'affrontèrent cette année-là, il n'y eut, au sein du public, aucun signe de parti pris en faveur de l'une ou l'autre équipe. Selon le journal The Bell’s Life, la partie "suscita de vifs applaudissements de la part des spectateurs" en faveur des deux équipes. En fait, l'évolution du supportariat était déjà patente plus au nord, où les premières rencontres entre le Sheffield FC et Hallam, deux pionniers du football dans la région de Sheffield, furent suivies par des "partisans à l'enthousiasme assourdissant", qui encourageaient bruyamment leur favori et "conspuaient" l'adversaire.

 

Il est vrai qu'une rivalité locale existait bien avant: si leurs clubs respectifs commençaient tout juste à s'affronter sur la pelouse, des tensions antérieures existaient entre les habitants de Sheffield et ceux de Hallam. Le football n'en fut qu'un vecteur supplémentaire.

 

 


"Sunderland v. Aston Villa 1895", de Thomas M.M. Henry (1895)

 

 

L'émeute de Burnley

L'une des rivalités historiques les plus fortes concernait les deux communautés de supporters, de plus en plus importantes, de Burnley et de Blackburn Rovers. Comme souvent, cet antagonisme footballistique était motivé par une compétition industrielle, en l'occurence entre les filatures de coton de la ville. Les rencontres entre les deux équipes sont d'ailleurs toujours décrites comme le derby des filatures de coton (the cotton mills derby).

 

Le premier match eut lieu en 1879 et les deux clubs s'affrontèrent à treize reprises avant la naissance du championnat professionnel d'Angleterre, en 1888. L'hostilité sportive, bien implantée après une décennie de derbies disputés dans le Lancashire, n'avait donc pas attendu cette année pour se manifester.

 

Une des premières rencontres de championnat au Turf Moor entre Burnley et Blackburn, en février 1890, provoqua divers incidents qui seront baptisés "émeute de Burnley". L'équipe locale perdit 2 à 1 après certaines décisions controversées de l'arbitre, qui se trouvait être le frère du gardien de Blackburn. Au coup de sifflet final, des milliers de supporteurs de Burnley, fort dépités, envahirent la pelouse et pourchassèrent ledit arbitre dans la tribune, à l'extérieur du stade et même dans une demeure voisine.

 

Il fallut ainsi qu'une armée de policiers escorte le malheureux jusqu'à la gare, menacé par "une meute belliqueuse qui le chassait en lui jetant des pierres". La partie, selon un journaliste, avait "porté les émotions de la foule à une intensité jamais observée". Les amateurs de football n'étaient plus des observateurs passifs. Les rivalités et affiliations grandissantes avaient changé les spectateurs neutres en supporters partisans... et en fanatiques.

 

 

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