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Jamel Attal

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Monsieur Roux

Nandrolone, ou les déboires de la lutte antidopage.

Cette saison 99/2000 a commencé avec l'"affaire" Dugarry et s'est poursuivie avec quelques polémiques scientifico-institutionnelles et péripéties peu glorieuses pour les instances. Le dossier nandrolone illustre les manquements et les approximations de la lutte antidopage: entre flou scientifique, négligences et pressions politiques, elle perd la crédibilité indispensable à la réalisation de ses objectifs.
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De la certitude au doute…
La nandrolone est un stéroïde anabolisant dont l'inscription à la liste des produits interdits remonte à 1975. Elle est censée agir sur la masse musculaire, améliorer l'endurance et supprimer les douleurs articulaires. C'est aussi une des substances les mieux détectées dans les contrôles. Ces trois dernières années, on a assisté à une vague spectaculaire de contrôles positifs (avec par exemple 343 cas en 1999) dans des disciplines très diverses: football (Garcion, Arribagé, Guérin, Pouget, Sibierski, Dugarry), judo (Bouras), athlétisme (Christie, Ottey, Baumann,…), handball (Zuniga), natation etc. Cette "épidémie" a soulevé nombre d'interrogations sur son origine. La défense des sportifs concernés s'est presque systématiquement articulée autour du doute scientifique sur une éventuelle production naturelle par l'organisme, particulièrement en cas d'effort intense, alors que les fédérations et les pouvoirs sportifs ou publics ont toujours soutenu qu'elle était exclue et ont sanctionné selon les jurisprudences en vigueur.
Tandis que les cas se multipliaient, le débat scientifique a connu quelques rebondissements ces derniers mois (voir CdF 18, 23 et 24). En faveur de l'hypothèse de la production endogène, quelques chercheurs ont émis des avis et publié des études qui remettent en cause les certitudes proclamées. D'autre part, début mars, une "énorme erreur de communication" du porte-parole de la FIFA a soulevé le couvercle et remis brièvement en cause l'orthodoxie des fédérations: selon lui, suite à une étude réalisée sur un large échantillon de footballeurs suisses, et qui concluait à une probabilité assez forte d'une production endogène, il n'était plus possible de sanctionner les sportifs positifs. Revenant sur sa déclaration, le même Andreas Herren l'a expliquée par sa crainte des recours: "les résultats de l'étude sont tels que si un joueur était contrôle positif, des juristes pourraient attaquer une décision de la FIFA". Il est apparu ensuite que l'étude en question datait de 1998, était déjà connue et que ses conclusions n'établissaient pas de production endogène suffisante pour remettre en cause les dispositions actuelles. Mais le doute a marqué des points importants et le débat est devenu nettement plus polémique: la production naturelle de nandrolone par certains organismes dans certaines conditions semble désormais reconnue, et c'est une évolution fondamentale (mais bien tardive?) du point de vue officiel.
Une fois cette digue rompue, il reste aux instances fragilisées à réaffirmer que les seuils de positivité urinaire et les tests restent valables. De nombreux experts (et évidemment tous ceux de la FIFA, du CIO et des laboratoires "officiels") maintiennent un point de vue qui exclut une production endogène à même de faire monter les taux au-delà du seuil de 2ng/ml, notamment Jacques de Ceaurriz, directeur du laboratoire de Chatenay-Malabris agréé par le CIO, ou Patrick Laure, spécialiste des drogues de la performance au CHU de Nancy. De son côté, le CIO, s'appuyant sur de nouvelles études, a confirmé la validité des tests de dépistage de la nandrolone. Il apparaît dans ce dossier que les instances sportives ne peuvent plus tenir un discours aussi catégorique sur l'impossibilité de la présence naturelle de nandrolone dans l'organisme, fût-elle exceptionnelle (la "surconcentration" avérée des substances dans l'urine en cas de déshydratation consolide le doute). Elles ne peuvent pas non plus remettre en cause une politique qui a fait nombre de victimes dans un passé récent et s'en tirer avec des excuses…

"Pollution" de compléments alimentaires: une hypothèse trop séduisante?
La résurgence d'un stéroïde aussi connu et aussi facilement détectable que la nandrolone et les dénégations particulièrement vives des sportifs positifs ont dès le départ suscité l'hypothèse d'une origine indirecte. Pour certains scientifiques (Patrick Laure décrit cette hypothèse), les métabolites identifiés comme les traces d'un prise de nandrolone pourraient être les résidus d'autres produits, des hormones de synthèse "dont la molécule de base est sans cesse modifiée (…). Elles sont donc présentées comme "neuves" ou comme "pas encore inscrites sur le la liste des substances interdites"" (P. Laure, Libération 20/08/99), mais elles produisent les mêmes métabolites que la nandrolone. Les sportifs ne seraient pas dopés… à la nandrolone.
Mais une autre hypothèse (par ailleurs assez ancienne) semble vouloir s'imposer depuis l'année dernière. Elle concerne l'éventuelle "pollution" de compléments alimentaires ou vitaminiques par des substances interdites non mentionnées dans la composition. Des lots de créatine ont notamment été incriminés et quelques firmes (américaines) mises en accusation par les autorités pour d'autres produits. Des sportifs contrôlés comme l'athlète belge Ruddy Walem ont fait analyser de tels compléments, qui contenaient des anabolisants "clandestins".
Cette explication aurait le mérite de satisfaire tout le monde: les organisations sportives, dont les politiques et les contrôles ne seraient pas remis en cause, les scientifiques qui se retrouveraient sur un terrain un peu plus rationnel, les joueurs qui seraient blanchis de l'intention d'avoir voulu se doper… Vincent Guérin refuse pour lui-même cette explication, qui ne cadre pas avec son cas et qui lui semble une porte de sortie un peu trop facile. Beaucoup d'autres sportifs semblent avoir pour leur part quelques réticences à admettre l'existence de pratiques nutritionnelles qui ne se démarquent pas très nettement du dopage, a fortiori dans l'environnement très médicalisé des sportifs professionnels… La FIFA et le CIO reconnaissent donc cette probabilité et poursuivent d'ailleurs leurs enquêtes scientifiques sur ce dossier. On cherche notamment à distinguer la nandrolone naturellement produite de la nandrolone injectée, comme le professeur Le Bizec à Nantes, dont les premières analyses sur une population test et les professionnels du FCNA confirment une production naturelle, très variable au cours de l'année, avec des différences marquées avant et après l'effort... (FF 28/03/00).Le dossier évolue donc de mois en mois et les positions officielles pourraient elles aussi devoir s'ajuster.

Pressons et risques politiques
Les affaires de nandrolone impliquant des footballeurs français mettent particulièrement en évidence la dimension politique de la lutte antidopage. Elles ont souligné de graves dysfonctionnements, notamment ceux sanctionnés par des vices de forme qui nuisent évidemment à la crédibilité de du combat. Il semble évident que les méthodes et les outils doivent être juridiquement inattaquables, et que la plus grande rigueur doit s'imposer.
Au moment où les services de Marie-George Buffet ont voulu reprendre en main le dossier du dopage, fin 1997, il s'agissait notamment de mettre un terme à l'impuissance et à la tolérance des pouvoirs sportifs et publics. Dans ce contexte, les premiers cas de nandrolone ont été l'occasion de manifester cette fermeté très légitime, mais sans que le ministère se soit assuré du caractère incontestable de ces cas. Cette volonté a aussi contribué à un piètre respect des droits des défendants, qui ont eu logiquement le sentiment que leurs arguments n'avaient aucune chance d'être entendus et que leur position était celle du bouc émissaire. L'obscur processus de prise de sanction au sein des commissions, l'influence manifeste des directives ministérielles ont accrédité l'idée d'une justice sportive sous influence, qui paye son manque d'initiatives par une mise sous tutelle.
Cette négligence risque de coûter cher au ministère et de fragiliser la nécessaire intransigeance gouvernementale envers les conduites dopantes. La ministre a —par sa modification de la loi sur le dopage et les moyens nouveaux alloués à la recherche et à la lutte— montré sa détermination à faire avancer les choses. Mais dans les affaires en question, elle a probablement péché par manque de discernement (le témoignage de Vincent Guérin sur son directeur de cabinet illustre un tel reproche). Il y a deux ans, à l'occasion de la finale de la Coupe de France, le joueur parisien retenait la ministre des sports au moment de la présentation des équipes pour évoquer son affaire. Il y a quelques jours, lors de l'édition 2000, Antoine Sibierski refusait ostensiblement de lui serrer la main…

Il semble urgent que des efforts soient faits en faveur d'une clarification du débat sur la production endogène de nandrolone et sur la pollution des compléments alimentaires. Des éléments décisifs seront vraisemblablement mis à jour, qui permettront d'identifier avec plus de certitude les raisons réelles de la positivité à cette substance. A ce moment, certains masques tomberont peut-être, mais il est difficile aujourd'hui de dire lesquels. En attendant, les instances sportives et les pouvoirs publics ne peuvent se dispenser d'une certaine exemplarité en la matière, et le doute scientifique, ainsi que les droits des sportifs, ne sauraient être ignorés au profit d'un dogme officiel. Quant aux sportifs eux-mêmes, leur collaboration est vivement souhaitée…

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