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Richard N

 

Pionnier du foot sur le Web avec Kick'n'Rush, historien pour les Cahiers et Footichiste pour son compte.


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Biélo submarine

Nantes-Dukla 1977, un automne à Prague

FC Nantes-Dukla Prague, c’est une rencontre du premier tour de la Coupe d’Europe des champions 1977. Une histoire de villes endormies et de maillots tout en couleurs.

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C’est quoi Prague, en 1977? La capitale enchanteresse d’un pays bâillonné depuis bientôt dix ans, étranglé par la poigne d’un dictateur mis en place par le Kremlin. Les espoirs du printemps 1968 sont déjà bien loin. Tchèques et Slovaques, unis à l’intérieur des mêmes frontières, courbent l’échine et seuls quelques intellectuels courageux se manifestent contre l’oppression en faisant circuler leur signature sur la fameuse Charte 1977.

 

 

Le FC Nantes en rouge

Le foot, comme souvent, sert de consolation au petit peuple. L’équipe nationale tchécoslovaque a accédé de manière inattendue au rang de championne d’Europe. À Belgrade, elle a plié la grande RFA, championne du monde en titre, en finale de la Coupe d’Europe des nations. On s’intéressa dès lors au football de ce pays mystérieux au nom tellement compliqué. En 1977, le titre de champion venait d’être arraché par le Dukla Prague. Il était temps. Depuis dix ans, aucun championnat n’avait été remporté par un club pragois. Depuis dix ans, c’est Ostrava, Bratislava et Trnava qui menaient la danse au nez et à la barbe de la capitale.

 

 

Le Dukla Prague en cet automne 1977 accueillait le FC Nantes. Les deux clubs s’affrontaient par matches aller-retour pour le premier tour de la Coupe d’Europe des Clubs champions. Quelques points communs rapprochaient les deux clubs. La tradition du football esthétique et léché, tout d’abord. Et aussi la couleur du maillot, jaune. Forcément, les deux équipes ne pouvaient vêtir leur tenue habituelle sans créer de confusion. Ainsi les Canaris du FC Nantes se présentèrent au stade Julisce de Prague dans une inhabituelle tenue rouge. Vierge de toute publicité (c’était la règle à l’époque), pas le moindre écusson du club, seul l’équipementier avait pensé à y apposer en plus de son logo les trois bandes jaunes et vertes sur les cotés. Bref, cela ressemblait fort à une tenue provisoire, un maillot d’entraînement. Sûrement pas un collector.

 

D’entrée les Jaunes, ceux de Prague donc, s’emparent du ballon. Gajdusek frappe lourdement vers le but nantais. Jean-Paul Bertrand-Demanes repousse la frappe, Pelc reprend de la tête et le gardien nantais doit exécuter une magnifique détente pour détourner le ballon en corner.

 

 

Le maillot jaune du Dukla

Nantes, niveau coupe d’Europe, ce n’était pas Saint-Étienne. Alors qu’ils traitaient d’égal à égal en championnat, Jaunes et Verts connaissaient des trajectoires diamétralement opposées sur le plan européen. Quand Saint-Étienne affrontait le Bayern ou Liverpool, Nantes regardait ça à la TV. La dernière apparition des Canaris en Coupe des Champions s’était résumée à un bide terrible: l’élimination au premier tour face aux amateurs danois du Vejle BK.

 

À Prague, Nantes joue crânement sa chance. Nullement échaudés par la première occasion des Tchèques, les coéquipiers d’Henri Michel font vivre le ballon et se créent quelques belles occasions. À la demi-heure de jeu, Loïc Amisse reçoit un ballon d’Henri Michel. Il dribble deux adversaires puis tente sa chance aux abords de la surface de réparation. Un magnifique tir du gauche hors de portée de Netolicka qui se loge dans la cage tchécoslovaque.

 

À la mi-temps, Nantes mène 0-1 et personne ne crie à l’injustice. La seconde période est plus délicate. Les joueurs du Dukla n’aiment guère qu’on leur marche sur les pieds et décident de muscler un peu les débats. Et contre Nantes, généralement, ça marche. Après dix minutes de jeu, un coup franc de Gajdusek sème la panique dans la surface nantaise. Vizek rate sa frappe, Patrice Rio rate son dégagement, Vizek frappe à nouveau et cette fois ne rate pas sa cible.

 

 

Revenus à égalité, les Tchécoslovaques reprennent le match en main et appuient pour faire la différence. Les Nantais paniquent un peu. Et même beaucoup. Le ballon ne fait que leur échapper, leur jeu ne se résume plus qu’à des dégagements désordonnés le plus loin possible. Les coups bas de l’adversaire, le public hostile, l’arbitre dépassé: tout le panel des bonnes vieilles excuses à la française est de sortie.

 

À vingt minutes de la fin, le ton monte d’un cran. Sur son aile gauche, Loïc Amisse se fait bousculer par l’omniprésent Gajdusek. On assiste à une scène alors incroyable, celle d’un Amisse court sur pattes qui étend son vis-à-vis plus grand d’une vingtaine de centimètres. L’arbitre autrichien est insensible à l’exploit et adresse un carton rouge au buteur nantais. Inutile de dire qu’à dix contre onze, les Nantais ne gèrent plus que les affaires courantes. Ils parviennent finalement à conserver un miraculeux match nul (1-1).

 

 

All I want for Christmas is a Dukla Prague away kit

Nantes, en 1977, avait finalement bien des points communs avec Prague. À l’instar de la capitale tchèque, la ville bretonne était taxée de "belle endormie". Son charme, sa richesse architecturale et son bouillonnement artistique étaient sous éteignoir. Les élus de la ville leur préféraient les vertus du travail, des affaires et du business, comme disaient les Américains. Ils avaient ainsi érigé en plein centre-ville un abominable building censé devenir un important centre d’affaire. Même en lui donnant le nom de "Bretagne", la tour en question n’atteindra jamais le cœur des Nantais.

 

Le vieux stade Marcel-Saupin vibrionnait comme chaque soir de foot. Le match face au Dukla ne rencontrait sans doute pas l’engouement d’un bon vieux Nantes-Saint-Étienne, mais le public ne boudait pas le rare plaisir de respirer un peu d’Europe. Saupin était un vieux stade rectangulaire aux tribunes proches du terrain. Il était situé pas trop loin du centre-ville, dans un quartier animé derrière la gare. On croyait bien à l’époque que Nantes méritait mieux. Mais il l’aura un jour, son stade arrondi et glacial en plein quartier dortoir.

 

Pour le match retour, les Canaris retrouvent leurs couleurs habituelles: maillot jaune, short vert, chaussettes jaunes. En face, le Dukla arbore un superbe ensemble où le jaune fait place à un subtil brun-mauve avec l’écusson du club au niveau de la poitrine. Le score du match aller favorisant les Nantais, avec l’avantage du but inscrit à l’extérieur, on s’attend à voir l’équipe praguoise dominer le match face à un adversaire prudent. Et c’est exactement l’inverse qui se déroule. Les hommes de Jean Vincent récitent leurs gammes et lancent de continuelles attaques dans le camp tchèque. L’homme du match sera pourtant Netolicka. Devant la déferlante jaune et derrière une défense aux abois, le gardien tchèque arrête tout, absolument tout, et maintient à lui seul le score à 0-0.

 

Insuffisant pour éliminer les Nantais, pas malheureux d’avoir su jouer pour une fois sur les subtilités des règlements. Seule consolation pour les joueurs du Dukla, leur maillot porté à Nantes est de loin le plus beau des quatre vus au cours de la double confrontation. Un joli maillot away que l’on rêve tous d’avoir pour Noël.

 

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