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Richard N

 

Pionnier du foot sur le Web avec Kick'n'Rush, historien pour les Cahiers et Footichiste pour son compte.


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Netto, retour de bâton

Après les fameux bâtons de Nasazzi et de Bourbotte, voici… le bâton de Netto, qui démarre lors de la première finale du Championnat d’Europe en 1960. Making of. 

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Igor Netto (1930-1999) était un défenseur soviétique qui a fait toute sa carrière au Spartak Moscou. Sélectionné à 54 reprises en équipe d’URSS, il en a souvent été le capitaine. Une belle équipe, qui a remporté les Jeux olympiques en 1956 puis la toute première Coupe d’Europe des Nations en 1960. À ce titre, Igor Netto partage avec José Nasazzi le privilège d’avoir été le premier homme à qui l’on remit le trophée d’un prestigieux tournoi international [1].

 

Le nom de José Nasazzi est revenu dans les discussions au cours des années internet quand une information, en provenance du lointain Uruguay, révélait que, sitôt la Coupe Jules Rimet soulevée, le capitaine de la Celeste voulut remettre son titre mondial en jeu dès le match suivant, à la manière des championnats du monde de boxe. Le trophée de Jules Rimet ne pouvant être utilisé hors de l’épreuve de la FIFA, on inventa pour le défi de Nasazzi un trophée virtuel qu’on nomma bâton, à l’image des relais dans les courses d’équipe en athlétisme.

 

Une récente vidéo traitant de ce bâton de Nasazzi indique que de nombreux “bâtons” ont par la suite vu le jour sur la toile, notamment le championnat UFWC, qui démarre au premier Écosse-Angleterre de l’histoire, mais aussi le bâton de Bourbotte pour le championnat de France ou encore, précise la vidéo, le bâton de Netto pour l’Euro…

 

Le bâton de Netto, vraiment? Recherches entreprises, aucune trace de ce trophée n’a été dénichée sur la toile. Alors selon le principe “Si ça n’existe pas, faisons-le nous-mêmes”, qui l’a notamment guidé dans la coécriture de son Dico des Bleus, Matthieu Delahais se lance dans ce pari fou de retracer le parcours du bâton du capitaine soviétique.

 

 

 


Méthode du bâton

Internet permet aujourd’hui de pratiquer ce genre de recherches, grâce à Wikipédia mais aussi le fameux site rsssf.com qui, en dépit de son aspect Web 1.0, reste une référence. Il faut toutefois bien s’accrocher: les listes de résultats, d’une sélection à l’autre, n’ayant pas la même présentation, l’erreur vous guette à la moindre ligne.

 

Il est préférable donc de retracer ce parcours à plusieurs et de comparer les avancées pour vérifier si chacun prend la bonne direction. C’est pourquoi l’intéressé fit appel à votre serviteur pour le seconder. Plus on est de fous…

 

Selon quels critères allons-nous sélectionner les rencontres qui allaient suivre la finale URSS-Yougoslavie de 1960? Première règle: ne considérer que les rencontres qui ont opposé des sélections européennes. On aurait pu élargir à toutes les sélections du monde, mais cela aurait-il été logique pour un parcours prenant racine dans un Championnat d’Europe? N’y aurait-il pas eu de surcroît le risque de rejoindre tôt ou tard le parcours de Nasazzi et de rester définitivement sur le même rail?

 

Autre point: tenir compte du résultat des rencontres dans leur intégralité, c’est-à-dire inclure les prolongations et les tirs au but. C’est contraire aux règles du bâton de Nasazzi (qui ne tient compte que des 90 premières minutes), mais cela respecte celles de l’UFWC.

 

Comment le bâton de Netto pourrait-il ignorer les extensions de matches alors qu’il a lui-même pris racine dans une finale à prolongation? Comment, par ailleurs, ignorer les tirs au but puisqu’ils font partie intégrante de l’histoire de la Coupe Henri-Delaunay, premier trophée à avoir été remis à l’issue de cet exercice particulier (Tchécoslovaquie-RFA 1976)?

 

Comment même ignorer une fin de match, quelle qu’elle soit, quand il s’agit du Championnat d’Europe puisque l’épreuve a connu dans son histoire toutes les fins de matches possibles et imaginables: temps réglementaire, prolongations, tirs au but, but en or, but en argent, match à rejouer, tirage au sort, victoire par forfait… On a même failli avoir match arrêté par les conditions météo lors de l’Euro 2012!

 


Compétitions et complications

Au fur et à mesure qu’avance le projet, il est nécessaire d’ajouter de nouvelles règles: faut-il, par exemple, tenir compte des rencontres disputées dans le cadre des Jeux olympiques? Durant trois bonnes décennies, la distinction entre équipe A et équipe olympique n’était pas aussi nette qu’aujourd’hui, notamment dans les pays de l’Est.

 

Il a été décidé que si un pays place une rencontre olympique dans la liste des matches de son équipe A, nous devons en tenir compte dans le parcours de notre bâton. En prenant le risque qu’une équipe B ou spécifiquement “olympique” s’empare un jour de l’objet (cela n’arrivera pas).

 

Une autre interrogation se présente quand la Yougoslavie affronte Israël en décembre 1961. L’État hébreu est bien une composante de l’UEFA, mais depuis quand, au fait? Un petit tour sur Wikipedia nous rappelle qu’Israël est footballistiquement européen depuis 1992 (Gérard Houllier connaît bien la question).

 

Il ne faut donc pas prendre en compte les rencontres d’Israël qui ont précédé cette date… sauf éventuellement celles entre 1980 et 1982, la sélection israélienne ayant été invitée à disputer les éliminatoires du Mondial espagnol dans la zone Europe. Le post-it est collé à l’écran, mais il ne sera finalement d’aucune utilité.

 

Au long de nos recherches, on s’aperçoit que “le Netto” aime les grands rendez-vous. Il a été mis en jeu dans pas moins de onze grandes finales: six finales de Championnat d’Europe (1960, 1964, 1976, 1980, 1984, 2000) et cinq finales de coupe du Monde (1966, 1974, 1982, 2006, 2018).

 

Largement plus que “le Nasazzi”. Notre bâton goûte aussi parfois aux charmes du British Home Championship, mais aussi du Nordic Championship et, plus récemment, de la Ligue des Nations. Et quand il croise l’équipe de France, c’est très souvent pour de grandes occasions: Séville, l’Euro 84, la troisième place au Mexique, 1998, l’Euro 2000, la campagne de Russie et même quelques petits matches amicaux restés en mémoire. Lire à ce propos notre article sur le site Chroniques Bleues.

 


Géopolitique du bâton

Notre recherche a également suscité quelques découvertes. La plus étrange date du 14 août 1963. Ce jour-là, l’équipe de Suède, tenante du bâton, dispute deux rencontres le même jour. Oui, deux! L’une à Solna face à la Finlande, l’autre à Göteborg face à la Norvège. Deux matches officiels de surcroît, dans le cadre du Nordic Championship qui réunit alors les quatre sélections scandinaves.

 

Nos amis de Nordisk Football nous confirment sur Twitter que ces deux matches ont bien eu lieu en même temps, avec deux équipes de Suède différentes, mais représentant toutes deux la sélection A. La raison nous est encore inconnue. Qu’en ont pensé la FIFA et l’UEFA? S’agit-il d’un cas unique dans l’histoire? Toujours est-il que les deux rencontres se sont terminées sur le même score (0-0), permettant à la Suède de conserver le bâton.

 

Lorsque l’on s’approcha du début des années 1990, nous avons travaillé dans la crainte que les événements géopolitiques allaient engloutir notre bâton dans les méandres de l’Histoire. Car l’URSS (23 rencontres), la Tchécoslovaquie (14) et la Yougoslavie (4) se sont régulièrement emparé du bâton, et la RDA en a eu plusieurs fois l’occasion. Fort heureusement, notre objet saura contourner les chaos de cette période.

 

Immédiatement, bien entendu, s’est posé le problème de la filiation. La Russie doit-elle reprendre le décompte de matches de l’URSS? La République tchèque celui de la Tchécoslovaquie? La Serbie celui de la Yougoslavie? Nous avons choisi de ne considérer aucune filiation et de reprendre le décompte à zéro pour toutes les sélections héritières. Y compris pour l’Allemagne vis-à-vis de la RFA.

 


Le choc Allemagne-Pays-Bas

La RFA, parlons-en: avant d’être réunifiée à sa cousine de l’Est, la Mannschaft était détentrice du plus grand nombre de matches disputés en tant que tenante du bâton: 47 rencontres, dont une impressionnante série de 35 matches consécutifs entre décembre 1978 et un certain 8 juillet 1982. Avec un compteur bloqué dès 1986, cette Allemagne de l’Ouest n’a été dépassée que très récemment par les Pays-Bas et ses victoires dans la toute fraîche Ligue des Nations.

 

Si l’on ajoute les performances de la Mannschaft unie depuis 1990, le compteur allemand atteint 63 rencontres. Série en cours, puisqu’au moment où l’on écrit ces lignes, l’Allemagne détient le bâton et s’apprête à affronter les Pays Bas, le 9 septembre à Hambourg. Quel choc!

 

Derrière l’Allemagne et les Pays-Bas on trouve… la France avec 36 rencontres. Derrière suivent la Suède (29), l’Italie et l’Irlande (28). Viennent ensuite la Suisse (25), la Grèce et… l’URSS* (23). Suivent l’Espagne (18), Allemagne et Croatie (16), Pologne et Tchécoslovaquie* (14), Angleterre, Autriche et Russie (13), Hongrie (12), Portugal (11), Bulgarie (10), Belgique (8), Danemark et Turquie (7), République Tchèque et Roumanie (6), Israël et Yougoslavie* (4), Finlande (3), Biélorussie, Norvège, Slovaquie, Slovénie et… Luxembourg (2), Bosnie-Herzégovine, Écosse, Macédoine (du Nord), Norvège, Pays de Galles et Serbie (1).

 

En dépit de sa particularité, le bâton respecte peu ou prou la hiérarchie du football européen. Parmi les 38 nations qui l'ont détenu, seule la présence du Luxembourg peut surprendre. Et parmi celles qui ne l’ont encore jamais porté (Albanie, Andorre, Arménie, Azerbaïdjan, Chypre, Estonie, Îles Féroé, Géorgie, Gibraltar, Irlande du Nord, Islande, Kazakhstan, Kosovo, Lettonie, Liechtenstein, Lituanie, Malte, Moldavie, Monténégro, RDA, Saint-Marin, Ukraine), l’Ukraine fait figure d’unique anomalie.

 

Nous avons voulu publier notre travail sur Wikipédia, mais les gardiens de l’encyclopédie en ligne ont jugé que notre bâton de Netto n’avait pas la notoriété suffisante pour faire l’objet d’un article. On ne peut en effet leur donner tort. Nous avons donc publié la liste des matches du bâton de Netto sur un blog créé pour l’occasion et qui reste, au moment où l’on rédige ces dernières lignes, en cours de construction.

 

 


[1] En fait, Nasazzi et Netto partagent un grand nombre de points communs. S’ils sont chacun le premier capitaine à brandir un trophée international d’envergure, ils sont aussi champions olympiques en titre au moment où ils reçoivent le trophée. Plus étonnant encore, ils ont remporté ce trophée à l’issue d’une finale opposant les mêmes équipes que celles de leur finale olympique victorieuses.
 

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