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Propos recueillis par Julien Momont

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Nicolas Seube : « Je fais partie des meubles de la ville »

Le Ballon d'Eau Fraîche 2015/16 se confie sur sa fidélité au Stade Malherbe de Caen, son statut de footballeur, ses origines et son parcours.

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La saison de Ligue 1 s'est achevée le week-end dernier, mais les joueurs caennais sont encore sur le pont cette semaine, entre entraînements (forcément allégés) et opérations du club, avant de pouvoir partir en vacances. Joint par téléphone pour lui annoncer sa victoire, Nicolas Seube décroche dès la première sonnerie. C'est parti pour plus de vingt minutes d'entretien d'eau fraîche.

 

 

Tout d'abord félicitations, vous êtes donc le Ballon d'Eau Fraîche 2015/16. Vous connaissiez le trophée?
Oui, comme c'est la quatrième fois que je suis nominé. Ça change un petit peu des autres titres. On est au-delà du football, ce sont des critères liés à d'autre choses que le footballeur en lui-même. Donc ça fait plaisir d'être nominé plusieurs fois, et puis de le gagner. C'est un titre honorifique.

 

Vous avez conscience d'être une icône pour les supporters caennais?
Une icône, c'est un grand mot. Les gens m'apprécient, oui, mais je préfère rester raisonnable. Une icône, c'est un peu exagéré. Mais j'ai conscience que je suis un joueur à part au sein du club, de par ma longévité et, je pense, mon état d'esprit. Donc oui, à ce titre-là, c'est plutôt sympa.

 

Et pourtant, vous n'êtes pas du tout normand, vous êtes né et avez été formé à Toulouse. Vous imaginiez en arrivant à Caen que vous y resteriez aussi longtemps?
Non, pas du tout. C'est compliqué de prévoir de telles choses dans une carrière, on est plus amené à bouger qu'à rester très longtemps dans un club. Les choses de la vie ont fait que j'ai rencontré une Caennaise, et à chaque fois que j'ai eu l'occasion de partir cela ne s'est pas fait. Arrivé à un certain âge, mon souhait était de rester le plus longtemps possible pour faire toute ma carrière dans ce club.

 

« Quand on parle du Stade Malherbe on parle de moi, ça fait plaisir. »

 

C'était un choix à la fois sportif et familial?
Avec les galères que l'on a connues, ç'a été plus un choix familial que sportif, parce que le club a été souvent en Ligue 2. J'avais des propositions pour aller plus haut.

 

Vous avez des regrets de ne pas être allé voir plus haut, justement?
Des regrets, pas forcément. Mais je n'aurai connu qu'un seul club: dans un sens, c'est très bien, dans un autre, c'est dommage de ne pas avoir vu autre chose, de ne pas avoir vu comment cela fonctionnait dans d'autres clubs. L'étranger aussi, cela aurait été enrichissant. Maintenant, les choses ont fait que je suis resté à Caen, et j'en suis très fier. Quand on parle du Stade Malherbe on parle de moi, donc ça fait plaisir.

 

Vous allez franchir la saison prochaine les 500 matches en professionnel avec Caen. Vous y prêtez attention?
Cela prouve que sur la durée, j'ai été performant puisque j'ai joué chaque année. Cela illustre ma longévité au niveau des performances, c'est très honorifique. Cela reste pour moi une grande fierté d'avoir joué autant de matches avec Caen, c'est assez rarissime.

 

 

Cela vous offre un certain statut auprès des supporters et dans le club, mais ça vous donne aussi de grosses responsabilités...
Des responsabilités oui, des droits non. On est dans un sport collectif, dans une vie de groupe, donc peu importe ce qu'on a fait auparavant, c'est impossible de détacher quelqu'un. Mais oui, j'ai des responsabilités du fait de ma longévité dans le club, que je connais sur le bout des doigts. Pour les nouveaux arrivants notamment.

 

Ç'a été facile pour vous de changer de région, de quitter le soleil de Toulouse à 22 ans?
Oui, le départ a été plutôt facile parce que je venais surtout chercher un club où j'allais pouvoir m'exprimer. Cela s'est fait tout de suite avec Caen, et je jouais tous les matches, c'est surtout pour ça qu'on fait ce métier-là. Forcément, la ville manque, mais on s'y accommode, on y retourne au mois de juin.

 

Qu'est-ce qui vous plaît le plus, aujourd'hui, dans votre vie normande?
La vie en général, je ne suis pas quelqu'un qui me prend beaucoup la tête. J'ai une famille en bonne santé, dans laquelle on se sent très bien, la ville est très sympa, il y a la mer pas loin, les gens sont plutôt sympathiques avec moi...

 

Comment vous gérez cette petite notoriété locale?
C'est très facile à gérer. Aujourd'hui, je fais partie des meubles de la ville, les gens me reconnaissent mais bon... Je ne suis pas une star parisienne qui a du mal à se déplacer. Je peux faire ce que je veux dans Caen, les gens sont sympathiques, agréables, respectueux, ils ne sont pas trop emmerdants. Il n'y a pas de souci.

 

« Le statut de footballeur ne me donne aucun droit par rapport à qui que ce soit. Mais il me permet d'avoir une vie très agréable, c'est certain. »

 

Dans un monde du foot où la démesure est presque la norme, c'est facile de rester "normal"?
Pour moi, ça l'est. Je viens de la campagne, ce n'est pas l'argent qui va me faire changer. Maintenant, je me rends compte que j'ai un statut particulier, puisqu'à chaque fois que je rentre quelque part, que ça soit dans un restaurant, un bar, dans des magasins, les gens ont un comportement différent avec moi qu'avec quelqu'un de pas connu. Mais je ne m'octroie pas des droits parce que j'ai un statut particulier. Et cela ne m'arrive qu'à Caen, dès que je me déplace, il n'y a plus ce regard-là. Donc ce n'est pas plus dérangeant que ça.

 

Vous avez donc grandi à la campagne, vous dites que l'argent n'est pas votre moteur. Mais vous gagnez tout de même bien votre vie. Quel est votre rapport à l'argent?
Il est vrai que grâce à ça, j'ai pu faire beaucoup de choses. J'ai pu faire plaisir à ma famille, on peut voyager, j'ai pu m'acheter une très belle maison, une très belle voiture. Mais pour autant, l'essentiel, c'est de ne pas changer son état d'esprit ou son comportement parce qu'on est footballeur. Le statut de footballeur ne me donne aucun droit par rapport à qui que ce soit. Mais il me permet d'avoir une vie très agréable, c'est certain.

 

Justement, vous parlez de voiture, qui est pour certains un critère caché du Ballon d'Eau Fraîche. Alors, vous roulez en Kangoo comme Rodéric Filippi?
Non, moi j'ai un X5 (4x4 BMW), mais ça fait bientôt cinq ans que je l'ai. J'ai une belle voiture, mais je change très peu. Je ne suis pas un fana de voitures.

 

Par le passé, vous avez déjà fait des folies?
Non, aucune folie. J'ai acheté une maison, c'est tout. Si on peut appeler ça une folie.

 

En vous retournant sur votre carrière, qu'est-ce que vous retiendrez?
Pour moi, l'essentiel, ce sont les aventures humaines. C'est ce qui ressort de ce métier-là: vivre des moments forts ou délicats avec des gens. J'ai connu de belles choses sportivement. Au niveau national cela n'a pas été exceptionnel, mais j'ai vécu une finale de Coupe de la Ligue, des montées, des descentes... Là, on a vécu une saison exceptionnelle, on a fini septième, ce qui n'était plus arrivé depuis les années 90. J'ai vécu des bons moments. Après, je n'avais pas le potentiel pour pouvoir gagner des titres.

 

« Ce que j'ai eu comme éducation, c'est le partage, le respect des autres, que tout le monde puisse vivre avec ce qu'il gagne. »

 

À quoi vous attribuez votre réussite, dans ce cas?
Au travail, à l'état d'esprit, au fait de toujours croire en moi. Cela fait partie de mon tempérament. J'avais certainement moins de potentiel que beaucoup, mais mentalement, je pense que j'étais supérieur. Et puis après, il y a une chose essentielle pour moi, c'est qu'à partir du moment où l'on se connaît très bien, on sait de quoi on est capable. Cela facilite les choses. Mais c'est compliqué pour tout le monde, les portes sont fermées, les places sont chères. J'ai aussi eu de la réussite, de la chance, des entraîneurs qui m'ont fait confiance, un corps qui m'a laissé plutôt tranquille... Tout ça contribue à faire une carrière professionnelle. Il y en a qui ont du talent mais n'y arrivent pas parce que c'est trop dur mentalement, ou parce que le corps lâche. Moi, j'ai eu cette chance-là.

 

D'où vous viennent ces vertus?
C'est une question d'éducation, mes parents m'ont apporté ça: toujours travailler, toujours croire en soi, respecter les autres. Ce sont des valeurs qui m'ont été inculquées petit, et que j'essaie de transmettre à mes enfants et au sein du club. Rester humble, savoir qui on est... En travaillant, on arrive toujours à de belles choses.

 

Vous avez d'ailleurs été élevé dans une famille communiste...
Oui, mon père a la carte du parti. J'ai baigné là-dedans. Mais au-delà de la politique, les valeurs que l'on m'a inculquées sont celles-là: le respect des autres, partager. Après, si on entre dans les débats, si on parle des dictatures, bien sûr, il y a eu des choses pas très cohérentes et difficiles à vivre sous les régimes communistes. Mais ce que j'ai eu comme éducation, c'est le partage, le respect des autres, que tout le monde puisse vivre avec ce qu'il gagne.

 

En 2008, vous étiez inscrit sur une liste municipale socialiste à Caen. Vous le referiez?
Ce qui est certain, c'est que je ne le referais pas en tant que footballeur. C'est trop compliqué. On a une image différente d'une personne lambda. On est forcément assimilé à un club, et cela a posé problème parce que je représentais le Stade Malherbe et pas Nicolas Seube. Je le faisais à titre personnel, mais cela m'a été reproché. Ç'a été interprété comme un soutien du club au parti socialiste. Je ne voulais pas le faire dans ce sens-là, mais ç'a été pris comme ça. En tant que footballeur, on ne peut pas tout se permettre.

 

Vous pourriez vous engager en politique dans le futur?
Non, je ne suis pas fait pour ça du tout. J'ai certaines valeurs, mais je ne suis pas fait pour être dans ce milieu.

 

Ça parle politique dans le vestiaire?
Un peu, mais pas beaucoup, honnêtement.

 

Comment vous vous voyez dans dix ans?
J'en sais rien, à la retraite j'espère! (rires) Je ne sais pas, non. J'espère avoir un métier qui me plaît, parce que c'est compliqué d'avoir vécu de sa passion et de trouver quelque chose qui nous plaise autant. Que ma famille soit en bonne santé, qu'on puisse continuer à décider de ce qu'on a envie de faire.

 

« Dans les clubs, il y a beaucoup de joueurs normaux, qui font leur travail par passion, qui sont abordables au quotidien. »

 

Vous vous voyez jouer encore combien de temps?
Le corps commence déjà à tirailler beaucoup, donc une année encore, je pense.

 

Vous préparez votre après-carrière?
Je me prépare, mais c'est compliqué. Je n'ai pas gagné assez d'argent pour pouvoir ne rien faire après, et puis je ne le souhaite pas. Je prépare l'avenir avec le club, je souhaite rester dans le club pour continuer à y travailler, mais dans d'autres fonctions.

 

La retraite est souvent une déchirure pour un footballeur. Vous appréhendez ce moment?
Oui, on appréhende forcément, même si j'ai eu la chance de pouvoir durer très longtemps. Une fois que j'arrêterai, j'aurai fait le tour donc je n'aurai pas de regrets. Mais forcément, le quotidien manquera parce que c'est un métier de privilégié. L'adrénaline du week-end va forcément manquer aussi. Il va falloir trouver quelque chose qui compense, mais quoi, je ne sais pas.

 

 

Vous avez des passions en dehors du foot?
Non, pas vraiment. J'aimerais rester dans le milieu. Aujourd'hui, le milieu est large, il y a des postes au club différents de ce que j'ai connu quand j'ai débuté: il y a le commerce, la communication, entraîner aussi. Il y a plein de domaines.

 

Le vainqueur de l'an dernier, Romain Danzé, nous disait qu'il y avait beaucoup plus de footballeurs "normaux" que ce que l'on pourrait croire à travers les médias. Vous êtes d'accord?
Oui, parce que ceux qui sont mis en avant sont sur-médiatisés, je pense qu'ils jouent un rôle. Dans les clubs, il y a beaucoup de joueurs normaux, qui font leur travail par passion, qui sont abordables au quotidien. À Caen, il n'y a pas de vedette, les gens sont normaux. Ceux que l'on voit à la télé, ce sont ceux qui font vendre, qui gagnent des millions. Ils protègent leur vie privée et se donnent un rôle, ils ont leur jardin secret. Je pense qu'ils ne sont pas comme ça dans la vie de tous les jours.

 

Si vous pouviez donner le Ballon d'Eau Fraîche à un autre joueur, vous voteriez pour qui?
D'autres l'auraient certainement mérité, mais sortir un nom, c'est compliqué... Je trouve que la récompense est plus méritée pour des gens qui durent dans le métier. Steve Mandanda aurait pu l'avoir, surtout qu'il a vécu une année très difficile. Pantxi Sirieix à Toulouse aussi, Benj' Nivet pour sa longévité... C'est bien de récompenser ceux qui durent aussi longtemps dans un club.

 

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