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Brice Tollemer

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« Ils sont sur la Breizh »

Nicosie 1988, le point de non-retour

Snuff The Rooster (3/5) – Une des plus amères défaites de l'équipe de France est... un match nul, à Chypre, qui coûta son poste à Henri Michel.

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Au cours de son histoire, l’équipe de France a certes connu des victoires mémorables et des périodes prestigieuses. Mais elle a également vécu des défaites cuisantes et des contre-performances honteuses. Des désillusions traumatisantes qui sont aussi révélatrices d’une époque. Troisième épisode avec un match nul humiliant.
 

* * *
 

Finalement, François Mitterrand s’accommode assez bien des institutions de la Ve République. Lui qui, à la création de ce nouveau régime, dénonçait le "coup d’État permanent" et la toute-puissance du président-général vient de se faire facilement réélire à la tête du pays. Après deux années de cohabitation durant lesquelles Mitterrand s’est joué de Jacques Chirac, le scrutin du printemps 1988 n’est qu’une formalité. Et comme Tonton aime ça, jouer avec ses Premiers ministres, il nomme Michel Rocard à Matignon. C’est une autre forme de cohabitation qui débute.
 


Orange Crush

Les années 80 étaient une époque glorieuse à laquelle Internet n’existait pas et l’on pouvait avoir accès jusqu’à six chaînes de télévision. C’était également une période où on parlait d’Union soviétique, de Mur de Berlin et de Bloc de l’Est. La géographie de l’Europe était assez facile à retenir, simplifiée par l’URSS, la Yougoslavie ou encore la Tchécoslovaquie. D’ailleurs, seulement huit pays étaient qualifiés pour le Championnat d’Europe des Nations. La France avait manqué le tournoi de 1988, remporté par les somptueux Pays-Bas de Marco Van Basten et de Ruud Gullit. Il faut dire que les Bleus se trouvent alors en plein trou d’air générationnel. Les principaux cadres (Platini, Giresse, Tigana) qui venaient d’aligner deux demi-finales de Coupe du monde (1982, 1986) et une victoire en championnat d’Europe (1984), prennent leur retraite après le Mondial mexicain. Henri Michel – qui avait notamment dirigé l’équipe championne olympique lors des Jeux de Los Angeles – reste en place. Cependant, la route vers la Coupe du monde italienne sera semée d’embûches…
 

 



 

Mais les années quatre-vingt, c’est aussi un temps où l’on connaît très peu (du moins en France) un groupe comme R.E.M. Car si le groupe de Michael Stipe a été l’un des plus grands des nineties, il est tout de même apparu en 1980. Il est certes parvenu à un certain niveau de notoriété aux États-Unis, mais sa renommée d’alors n’a pas encore véritablement franchi l’Atlantique. C’est avec l’album Green, impeccablement porté par le single Orange Crush que les portes de l’Europe s’ouvrent enfin. Au cours de cette même année, des acteurs comme Bruce Willis ou des réalisateurs comme Tim Burton en profitent pour débarquer également. Le premier est à l’affiche du Die Hard de John McTiernan (Piège de Cristal) qui sort cette année là tandis que le second réalise son deuxième long-métrage, Beetlejuice, avec notamment Michael Keaton et Alec Baldwin. Enfin, c’est la même année que sort la première fournée des Naked Gun avec Y a-t-il un flic pour sauver la reine?, tout à la gloire du fabuleux Leslie Nielsen.
 


Coup d’État

La France du foot, elle, ne rigole pas trop. Pourtant, les motifs de satisfaction ne manquent pas. Les clubs français commencent enfin à émerger au niveau européen. Les Girondins de Bordeaux ont ainsi atteint les quarts de finale de la Coupe des clubs champions, éliminé par le PSV Eindhoven de Guus Hiddink qui réussit l’exploit de remporter la compétition en alignant cinq matches nuls consécutifs. Quant aux Marseillais, ils s’inclinent en demi-finales de la regrettée Coupe des vainqueurs de coupe contre l’Ajax Amsterdam. Deux présidents sont derrière la réussite de ces deux clubs: Claude Bez et Bernard Tapie.
 

Les Bleus viennent eux de commencer les qualifications pour la Coupe du monde en Italie. Elle est pour le moment invaincue au cours de cette année 1990 et remporte même son premier match de poule face à la Norvège au mois de septembre. Les clignotants sont donc au vert avant ce déplacement à Chypre le 22 octobre. Sauf que l’ambiance est détestable autour des Bleus. Au mois d’août, le sélectionneur ne convoque pas Éric Cantona pour un match amical face à la Tchécoslovaquie. Ce dernier déclare alors à la presse: "Je lisais un truc de Mickey Rourke, parce que c'est un gars que j'adore, qui disait que le mec qui s'occupe des Oscars est un sac à merde. Je pense qu'Henri Michel n'en est pas loin". Il sera suspendu dix mois. En coulisses, Claude Bez manœuvre pour devenir super-intendant de l’équipe de France et placer Michel Platini au poste de sélectionneur. Il attend juste un faux-pas et un mauvais résultat de la part d’Henri Michel. Le match catastrophique de Nicosie lui donnera l’opportunité de se débarrasser de l’ancien joueur nantais.
 

À l’issue d’une rencontre terne et d’un ennui sans nom, les coéquipiers de Manuel Amoros se font surprendre par les Chypriotes qui égalisent à une dizaine de minutes du coup de sifflet final. Daniel Xuereb a pourtant ouvert la marque juste avant la mi-temps, mais l’équipe de France s’avère incapable de conserver l’avantage dans cet archétype du match piège. Ce sera le seul point pris par Chypre au cours de ces éliminatoires. À la suite de cette rencontre, certes humiliante mais nullement rédhibitoire en terme d’espoirs de qualification, (1 victoire et 1 nul après 2 matches), Henri Michel est donc limogé, Claude Bez s’approprie alors la place de super-intendant et Michel Platini devient le nouveau sélectionneur. L’équipe de France enchaîne ensuite deux défaites contre la Yougoslavie et l’Écosse, qui compromettent sérieusement ses chances de qualification. Les Bleus manqueront le rendez-vous italien. Et Platini restera en place.
 


Snuff the Rooster (1/5) : Bâle 1960, dernière station avant le désert
Snuff the Rooster (2/5) : Londres 1969, The Fab Five
Snuff the Rooster (4/5) : Paris 1993, le pire pour le meilleur
Snuff the Rooster (5/5) : Séoul 2002, Shooting star

 


 

Chypre-France, 22 octobre 1988, Nicosie, Makarion, 2.700 spectateurs : 1-1
Arbitre : M.Soriano (Italie)
Buts : France : Xuereb (44e) Chypre : Pittas (78e)
Chypre : Padziaras – Miamiliotis, Christodoulou, Stavrou, Pittas - Sawa, Nikolaou, Petzas, Yangoudakis – Kantilos, Christofi
France : Bats – Sonor, Casoni, Boli, Amoros – Bravo, Dib, Sauzée, Passi – Papin, Xuereb

Photo via lemondebleu.sport24.com

 

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