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2006 : une année en ligne

Non-assistance à OL en danger

Tout le monde loue le parcours de l'OL, sans voir que ce club est gravement malade et qu'il a un urgent besoin d'aide...
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À l'heure de la trêve hivernale et de la mi-saison, les analystes du ballon rond ont coutume de dresser des bilans, qui se focalisent généralement sur des aspects arithmétiques ou bien se perdent dans des considérations technico-tactiques que les premiers matches de l'année suivante s'empresseront de contredire.
Cette fois, nos décortiqueurs professionnels ont pu empiler des couches d'hyperboles statistiques sur la domination sans partage et sans précédent qu'exerce l'Olympique lyonnais sur la Ligue 1 Orange amère, trouvant des dizaines de façons de présenter ce gouffre de quinze points séparant le TGV rhodanien des michelines faisant mine de le suivre... Par exemple, en notant que l'OL serait toujours leader si, pour lui et pour lui seul, la victoire était à deux points... Ou en relevant que sa différence de buts est supérieure à celles cumulées de ses quatre premiers "poursuivants".

La question découlant de ces constats chiffrés est, bien entendu, "pourquoi?"... Pourquoi une telle domination? Et là, les différents types d'experts rivaliseront: les technico-tactiques qui disserteront sur les mérites du 4-3-3 et les apports comparés de Toulalan et d'Édouard Cissé au poste de libéro du milieu; les économico-stratèges qui gloseront sur la politique de développement de Jean-Michel Aulas en la comparant à celle de Rudi Roussillon; et enfin les névrotico-complotistes qui disséqueront les décisions d'arbitrage prétendument concordantes ou s'interrogeront sur les miracles réalisés par un préparateur physique par ailleurs capable d'emmener une bande de grabataires en haut de l'Olympe du football – à une marche près.


Passer en Freud

Ce faisant, on passera à côté de l'essentiel, on se perdra dans des considérations vaines sans adopter le seul angle d'analyse qui, en l'espèce, a un quelconque intérêt: l'angle psychiatrique. Car ne nous voilons pas la face plus longtemps: le leader de notre championnat est composé d'individus gravement malades, et notre propension à les encourager dans leur névrose plutôt qu'à les soigner relève de la non-assistance à personne en danger. Ressaisissons-nous vite, car nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas.
En effet, n'importe quel adolescent ayant lu une moitié de chapitre du vieux Sigmund s'alarmerait devant le parcours réalisé par les Lyonnais. Une telle volonté de marteler la tête de la concurrence quand on est déjà quintuple tenant du titre est complètement anormale. Quand on grimpe vers les sommets, oui, ça se comprend, on veut prouver au monde qu'on existe, qu'on est les plus beaux, les plus forts et les mieux membrés... Mais une fois qu'on est assis sur le siège du patron, insensiblement, on se relâche, on s'installe, on prend du bide... Ça n'empêche pas, parfois, de rester les meilleurs, mais pas avec cet acharnement compulsif dont font preuve les Lyonnais.

Qu'on pense au grand Milan AC, à ce premier parcours en C1 avec ces 5 buts passés au Real et ces 4 buts mis en finale au Steaua... Et qu'on compare au parcours suivant, ennuyeux et étriqué, conclu par un soporifique 1-0 contre Benfica. Ou qu'on pense à l'équipe de France, reine du monde et d'Europe, et qui a dû se prendre deux grosses baffasses dans la gueule avant de se rappeler comment jouer au foot. Rien n'est plus normal que d'être rassasié, rien n'est plus inquiétant que d'avoir toujours faim après cinq années de bonne chère.

Que l'OL soit tendu comme un string à l'heure des matches de Ligue des champions, c'est bien compréhensible... Ils ont à briser cette image d'éternels quart-de-finalistes, ils ont à prouver que le potentiel pour aller au bout qu'on entrevoit chez eux n'est pas un fantasme cocardier... Mais en championnat? Comment expliquer que les Gones soient encore plus boulimiques que le PSG 85/86, lequel était pourtant vierge de tout titre? Qu'est-ce qui peut pousser à se sortir continuellement les tripes pour gagner un titre pour la sixième fois d'affilée, et ce alors qu'on sait l'opposition d'une faiblesse insigne? Que l'OL ait mis des claques à ses soi-disant rivaux marseillais, lillois ou lensois, d'accord, il faut rappeler de temps en temps qui est le patron... Mais qu'il ait trouvé l'énergie pour gagner des matches secondaires, souvent dans les dernières minutes, sans souci d'économiser ses forces, sans cette pointe de je-m'en-foutisme qu'ont tous les vrais nantis, voilà qui dénote un trouble comportemental profond.


Lacan le dit agnostique?

L'OL présente les caractéristiques du fanatisme puéril... Fanatique comme un croisé qui ne sent pas son œuvre accomplie tant qu'il n'a pas égorgé le dernier infidèle de Jérusalem – oui oui, même toi, là, pas la peine de te cacher sous le cadavre de ta maman. Puéril comme un enfant qui peut répéter 153 fois la même question, inlassablement, jusqu'à ce qu'il ait eu une réponse. Et là, interrogeons-nous: quelle est cette question que nous pose l'OL depuis six ans maintenant, et chaque saison plus fort, et chaque saison de manière plus obsédante? Une équipe de spécialistes venant de différentes disciplines a pu retranscrire l'évolution de ce questionnement, à partir d'enquêtes de terrain exhaustives et d'analyses très poussées menées dans un laboratoire américain de pointe. Nous livrons aujourd'hui, en exclusivité, les résultats de leur étude, qui viennent confirmer la thèse précédemment évoquée d'un dérèglement pathologique croissant chez les joueurs lyonnais:

− Est-ce que vous nous aimez? (la question initiale, celle qui résume tout)

− Est-ce que vous allez finir par nous aimer, avec tout le beau jeu qu'on produit?

− Mais bordel, est-ce que vous allez nous aimer plutôt que tous ces branquignoles de L1 qui savent pas aligner trois passes à la suite?

− Woh espèce de connards, vous allez nous aimer plus que ces débiles en vert qui pleurent encore sur leurs poteaux carrés ou que ces mafiosi en blanc qui ont gagné une C1 sans même jouer de quarts de finale?

− Mais bande de garces, vous voyez pas qu'on est la meilleure équipe de ces cinquante dernières années, qu'on a tout pour vous rendre heureuses, pour vous faire hurler tous les soirs? Alors toi, qu'est-ce t'as à traîner avec ces losers parigots ou ces cas sociaux lensois, c'est moi l'homme qu'il te faut, traînée, tu comprends, c'est moi l'homme de ta vie, et j'arrêterai de cogner quand t'arrêteras de hurler, qu'est-ce tu crois, hein, non mais oh, et je picole si je veux, on est pas bien là tous les deux, t'es pas heureuse avec moi peut-être, qu'est-ce tu pourrais trouver de mieux ailleurs, non mais qu'est-ce tu pourrais trouver de mieux, moi je vois pas, tu veux que je te le réexplique encore une fois, hein, tu veux que je te réexplique?

Et ils réexpliquent... Ils réexpliquent... Ils réexpliquent.

Cet OL-là est gravement malade. Sauvons-le, préservons son entourage: donnons-lui les moyens de se soigner.
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