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Christophe Zemmour

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La revue des Cahiers, numéro 2 !

Ode à Bruce

Bruce Harper, c’étaient des pieds carrés, mais surtout une hardiesse sans égale. Il n’est pas trop tard pour le réhabiliter au panthéon de la culture football.

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Il est des joueurs remarquables de courage, plus que de talent. Quiconque a regardé Olive et Tom pensera évidemment au valeureux, maladroit, mais néanmoins immense Bruce Harper (aka Ryo Ishizaki en version originale). Déjà, il ne faut pas oublier que c’est lui, le tout premier footballeur que Olivier Atton rencontre.

 

Il deviendra son lieutenant indéfectible, son ami fidèle jusqu’au bout. Ce que Bruce lie avec Olivier n’a rien à voir avec la passion volage d’avec ce nomade de Ben Becker ou, pire encore, la relation entre Mark Landers et ce lèche-bottes de Dany Mellow.

 

 

Non, quand Bruce sort sur une civière lors de la finale de la Coupe du monde juniors, il a le sourire. Il vient, comme d’habitude, de se sacrifier sur une frappe de Carlos Santana, mais peu lui chaut. Lui sait que c’est dans ces moments-là que le génie de son capitaine sort de sa boîte pour les tirer d’une situation mal embarquée.

 

 

Maladresse et résilience

Bruce fut le soldat exemplaire d’un être au talent exceptionnel, devant lequel il s’est effacé. Il lui a tout donné: sa générosité, son état d’esprit, et même sa face, qu’il a utilisée maintes fois pour s’opposer aux tirs adverses. Finalement, il est à Olivier Atton ce que Krilin est à Goku. Et aussi ce que fut Jamie Carragher à Steven Gerrard, le légendaire défenseur de Liverpool au style quelque peu maladroit et aux multiples CSC n’étant pas sans rappeler le bon vieux Bruce.

 

Le moment charnière dans la carrière de Harper est d’ailleurs probablement ce match face à la Hot Dog des épatants et incisifs frères Derrick lors du premier Championnat National des écoles. Il foire complètement son dégagement et inscrit un invraisemblable but contre son camp de l’extérieur du pied. Il est effondré, le score passant alors à 1-2.

 

Mais le garçon a une force mentale hors du commun: il signe une montée rageuse après avoir arraché le ballon aux Derrick (notez le contrôle parfait au passage), puis place une frappe que Ben Becker dévie pour égaliser.

 

 

Son histoire est en marche. En finale de ce même tournoi, il fait vaillamment face au terrible Mark Landers. Ce combat acharné a marqué les mémoires et c’est son courage sans faille qui lui permit de tenir tête, au sens premier du terme, au légendaire avant-centre aux manches retroussées. Et il n’en reste pas là: sur une percée, il place un centre amenant le 3-2, tournant décisif du match. Le genre de choses qui vous posent un bonhomme.

 

 

Indispensable, malgré tout

Bruce, c’est ce gars sûr dont le nom est le premier couché sur une feuille de match. II est finalement aussi le footballeur le plus réaliste de cette œuvre mythique bien qu'absurde. Un dessin animé qui a bercé les enfants des années 80/90, et qui faisait la part belle aux envolées acrobatiques et lyriques, aux terrains si grands qu’ils permettaient d'entrevoir la courbure de la Terre. Bruce est celui qui apporte l’équilibre nécessaire, celui auquel nous autres, joueurs du dimanche empruntés, nous identifions le plus.

 

 

Né un 1er avril, il était difficile pour lui de ne pas être gauche. Mais tout au long de sa carrière, des choix qui lui ont fait perdre le brassard et connaître le banc, il n’a jamais rien lâché. Même face à ce roublard de Jack Morris, le garçon à la voix éraillée et à la taroupe en forme de croix, avec qui il n’a cessé de se chamailler, en premier lieu dans les coulisses pour défendre les intérêts de la Newpie. Et à force de travail, de volonté, de combat, de colère, de marques de ballon dans la gueule, il a su se rendre indispensable.

 

Bruce n’aura pas eu une carrière exceptionnelle en club, ne bougeant pas du Japon. Mais ce combattant a gagné une place fixe en équipe nationale, ce qui lui permettra d’atteindre les sommets continentaux et mondiaux. Excusez du peu.

 

Il y a quelque chose de profondément attachant et sympathique dans ce joueur avec lequel on peut partir à la guerre. Bruce, c’est finalement l’exemple que la maladresse peut être chérissable dans le football. L’illustration que tout y est possible, du moment qu’on l’aime.

  

 

Il est sorti, faites-le entrer chez vous

 

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