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Christophe Zemmour

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OM 1995, une super D2

En 1995, l’OM tombait en deuxième division. Un séjour au purgatoire plus long mais aussi plus doux que prévu, non dénué de passion et de bons moments. Non dénué d’OM, tout simplement. 

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Le rapport à la passion, et surtout aux émotions, est quelque chose de délicat quand on est encore un enfant. Pourtant, c’est peut-être là que tout se joue.

 

On peut avoir pleuré en voyant son équipe perdre aux tirs au but en finale de la C1, et décider de s’éloigner du football pour une simple élimination au deuxième tour la saison suivante qui a causé trop de déception par rapport à l’investissement affectif fourni.

 

On peut voir revenir cette flamme un soir de printemps 1993, plus belle que jamais, pour ne plus jamais s’éteindre, par la grâce d’une équipe fière. Et ce, même si la chute est brutale, le prix à payer terrible. 

 

 

 

 


"Des seigneurs"

C’est ce rapport que j’ai entretenu au début des années 90 avec cet OM qui m’avait tant fait rêver, prophète en son pays et parti à la conquête de l’Europe. Cet OM condamné à descendre en Super D2 pour expier ses péchés, que j’allais devoir apprendre à aimer différemment, à voir moins glorieux.

 

Des incertitudes finalement rapidement soulagées et dissipées, parce que l’OM en D2, l’OM avec un maillot Reebok, l’OM sans son récent faste, c’était encore l’OM. Cette saison 1994/95, on l’espérait a priori unique. Elle le fut, mais pour des raisons différentes.

 

Des joueurs qui avaient connu les jours heureux du club et qui étaient quand même restés, de Fabien Barthez à Bernard Casoni, en passant par Jean-Philippe Durand, Jean-Christophe Marquet ou Jean-Marc Ferreri.

 

Des vieux briscards (re)venus prêter main-forte en la personne de Bruno Germain, Marcel Dib, Bernard Ferrer ou Michel De Wolf. Des bonshommes encadrant une bande de minots qui avaient l’OM au corps, Marc Libbra, le regretté Didier Wacouboué et autres Hamada Jambay.

 

"Des seigneurs", comme les qualifiait mon père. Des gens qui ont donné à cette formation une gueule, un caractère, une identité tellement attachante. Quelle équipe.

 

Comment ne pas être admiratif et touché devant de telles marques d’affection envers le club. Un amour réciproque qui se ressentait partout dans la ville, comme au stade plein, bouillant. Qu’importe si le Mistral était glacial lors de ce match face à Sedan dans ce quart de virage qui n’existe plus.

 

 

 


"Tony Cascarriiiiiino"

La passion et la ferveur étaient toujours là, et l’OM faisait les beaux jours de cette Super D2 et d’Eurosport. Je me souviens encore de ce choc au sommet du classement, lors de la réception du Guingamp de Stéphane Guivarc’h et de Charles-Édouard Coridon, seul buteur et bourreau ce soir-là.

 

Un buteur, l’OM en avait un en ce temps-là, perpétuant, dans son style inimitable, la tradition locale. Il venait d’Irlande et il enfilait les têtes sans modération, pour notre plus grand bonheur. C’était bien évidemment "Tony Cascarriiiiiino", comme le speaker aimait à l’appeler.

 

Un total de 31 buts en 42 rencontres, autant de bornes qui composaient le marathon qu’était alors ce championnat de Super D2 à 22 clubs. Ce fut une aventure longue, à la fois belle et éprouvante.

 

Une aventure ponctuée de difficultés, comme le remerciement précoce de Marc Bourrier, l’invalidation du contrat de son remplaçant Gérard Gili qui laissera la place à Henri Stambouli, ou encore ces incidents après une défaite à domicile contre Nancy.

 

Une aventure agrémentée de moments de magie, comme cette victoire fondatrice en présaison face à la Juventus Turin, ces deux premiers tours hallucinants en Coupe de l’UEFA face à l’Olympiakos et le FC Sion, et un parcours en Coupe de France qui emmènera l’OM au Parc des Princes en demi-finales, pour ma première défaite face au rival.

 

 

 


"Dans quel état d’esprit tu peux aborder un truc pareil?"

Au bout, il y aura un titre de champion de France de Division 2, mais aussi un dépôt de bilan et une décision de la DNCG qui contraindront le club à rester une saison de plus à cet échelon a minima.

 

Le jour du match du titre, mon père me dit: "Tu t’imagines, les mecs là, ils vont entrer sur le terrain pour être champions… Mais pour assurer le maintien en fait. Dans quel état d’esprit tu peux aborder un truc pareil?" C’est vrai. Encore une fois, merci messieurs pour votre courage.

 

Merci à ceux qui sont restés la saison suivante, qui ont décroché, à l’envie, à la hargne, cette montée tant attendue en s’accrochant derrière Caen lors d’une année plus délicate. 

 

À ces gars qui nous ont offert ce match légendaire, dans un Vélodrome déjà en mutation en vue du Mondial 98, face à la plus belle des AJA, aux portes de la finale de la Coupe de France, encore une fois.

 

Comme le dit le proverbe, "l’important, ce n’est pas la destination, c’est le chemin". Je défie donc quiconque prétend aimer l’OM de ne pas avoir une faiblesse et un respect infini pour cette équipe.

 

 

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