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Gilles Juan

 

Footballeur du dimanche et philosophe de comptoir. @Gilles_Juan


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Peut-on ne pas avoir de regrets ?

Minichro – C'est le mot d'ordre d'avant une finale, qui intime de "ne pas avoir de regrets" après. Ça veut dire quoi, et est-ce possible? 

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La minichronique pose une question, elle n'y répond pas toujours et, à la fin, elle en pose une autre.

 

* * *

 

Avant une finale, la consigne est: ne pas avoir de regrets. Perdre est toujours envisageable, statistiquement possible, on ne peut pas évacuer complètement l’idée, on peut tomber sur plus fort…

 

Perdre avec des regrets serait une circonstance aggravante, douloureuse, traumatisante, et ça, il semblerait qu’on puisse se l’épargner – car se donner les moyens de ne pas avoir de regrets, ça dépend uniquement de soi. Qu’est-ce que cela signifie?

 

 

 

 

Peu probable qu’il s’agisse d’une réactivation de la philosophie stoïcienne, exigeant non seulement d’accepter, mais même de vouloir que les choses arrivent comme elles arrivent.

 

Un stoïcien n’a jamais de regrets, car sa sagesse est d’ajuster la volonté (toujours libre) aux événements extérieurs (toujours aléatoires), et non de s’épuiser (comme nous autres, pauvres fous) à faire le contraire (nous, on veut plier le cours des choses à nos désirs).

 

Un stoïcien a perdu au foot? C’est fait c’est fait, alors: il veut avoir perdu (c’est très difficile).

 

Non, ne pas avoir de regret, cela signifie "avoir tout donné", ou "avoir fait le maximum", bref une injonction morale un peu vague. Et culpabilisante. C’est paradoxal, car l’impératif semble dire, au contraire, qu’on peut avoir perdu sans nourrir de sentiment négatif, parce qu’on a fait sa part des choses.

 

Mais cette injonction vient identifier, dans un contexte où non seulement tout ne dépend pas de soi, mais où, en plus, "tout se joue à des détails", le truc qui repose sur nos épaules à nous (faire le maximum).

 

Ainsi, elle est culpabilisante, cette "leçon de vie", parce qu’elle donne l’impression que ce maximum existe, et qu’on peut avoir la satisfaction, ou du moins la consolation, de l’avoir atteint. Mais peut-on ressentir qu’on a fait le "maximum"?

 

Peut-on, quand on a perdu, juger qu’on a "tout" donné? Se dire: "J’ai perdu alors que j’ai fait le maximum, c’est donc que je ne pouvais pas gagner, tout est normal"? Non, on ne peut pas.

 

Sans doute, elle est bien intentionnée, cette consigne. Elle veut pousser l’équipe à "s’arracher", et la rassurer: on peut perdre sans en souffrir. Mais le regret n’est pas lié à l’investissement. Le regret est lié au résultat.

 

Qui perd a des regrets. Qui gagne n’en a pas. Qui perd repense qu’il aurait fallu attendre le ballon dans les pieds plutôt qu’en profondeur, passer à droite plutôt qu’à gauche, appuyer sa frappe, titulariser tel joueur plutôt que tel autre.

 

Bref, le football n’est pas un contexte (mais en existe-t-il ?) dans lequel on peut avoir le sentiment qu’on a "tout" donné. Parce qu’à un moment donné, de toute façon, ce n’est pas une affaire de quantité – mais une affaire de choix. C’est une tragédie.

 

Bon ou mauvais, le choix aurait surtout pu être autre. Avoir perdu, c’est ne pas avoir fait tous les bons choix. Les "meilleurs" étant par définition, en finale, dans la tête des joueurs, ceux qui auraient mené à la victoire. Si on a perdu, c’est qu’on a fauté.

 

Est-ce qu’on a raison de penser ainsi, de juger rétroactivement, a posteriori, à l’aune du résultat? Quand on est concerné, on ne peut pas faire autrement.

 


 

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