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Jon Spurling

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Les Bleues peuvent-elles y croire ?

Piège dans le vestiaire

When Saturday Comes – Les règles de l'hospitalité n'ont pas toujours été respectées par les clubs envers les équipes visiteuses, qui ont parfois dû s'accommoder de vestiaires délibérément sabotés… 

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Extrait du numéro 348 de When Saturday Comes. Titre original : "Sabotage tactics", traduction Jérôme Latta.

 

* * *

 

"Le caractère sacré du vestiaire doit toujours être protégé", affirma un jour l'ancien manager de Tottenham Bill Nicholson. "Il y a en lui une certaine mystique à laquelle on ne doit jamais toucher." Les clubs de football n'ont pas toujours adhéré à la vision idéale de Nicholson.

 

Après la défaite 3-2 contre Wolfsburg qui les sortait de la Ligue des champions, en novembre dernier, les joueurs de Manchester United se sont plaint de la "chaleur étouffante" qui régnait dans le vestiaire visiteurs, et qui aurait contrarié leur concentration (le club hôte affirma que la température est invariable pour tous les matches à la Volkswagen Arena). En septembre, le club d'Olimpia, leader de la ligue paraguayenne, fut accueilli par quatre crapauds emballés dans des rubans rouges lors de son déplacement chez le Deportivo Santani. Il apparut ensuite que les animaux avaient été déposés là par des supporters locaux espérant porter malchance à leurs adversaires – la tactique échoua, avec une victoire 4-0 de ceux-ci.

 

 

 

 

Climatisation à la carte

Le football anglais a derrière lui une longue tradition de sabotage des vestiaires visiteurs. Dans les années 30, Huddersfield Town et Leeds furent accusés d'y couper délibérément le chauffage durant les hivers les plus rudes. La prescription du patron de Leeds Dick Ray, selon laquelle "Rien ne vaut un bon souffle d'air glacé pour affûter l'esprit d'un footballeur", ne contribua pas à apaiser les plaintes des équipes visiteuses. Entraîneur novice à la fin des années 40, Bill Shankly déplorait: "Mes joueurs se changent dans un froid glacial ou dans l'atmosphère d'une étuve. Peut-être que les dirigeants de ces clubs peuvent m'expliquer pourquoi. Quant à l'état des toilettes, et j'ai connu mieux lorsque j'étais mineur en Écosse. Ces combines cherchent à perturber mes joueurs".

 

Tout au long des années 80, Wimbledon porta l'art de piéger les vestiaires à un autre niveau. Tout en supervisant les montées du club de division en division, son manager Dave Bassett avait adopté une approche pragmatique quand il s'agissait de recevoir à Plough Lane. "Nous ferions n'importe quoi pour prendre un avantage psychologique sur nos adversaires, expliqua-t-il. Y compris nous assurer que leur vestiaire sera aussi froid et exigu que possible." Dans le documentaire de 2014 The Crazy Gang, d'anciens joueurs des Dons précisèrent que la fenêtre était impossible à refermer, que le sol était inondé et que le papier toilettes manquait près des cuvettes. Même si Bassett affirma plus tard que les légendes derrière l'épopée de Wimbledon avaient été considérablement enjolivées par Vinnie Jones et John Fashanu, il admit que les histoires de vestiaire inhospitalier étaient exactes… de même que l'odeur d'égouts qui y régnait.

 

Instruit des mesures d'intimidation de Wimbledon, à la tête d'une équipe qui adoptait sur le terrain une attitude elle-même sans compromis, l'entraîneur de Cambridge United John Beck appliqua lui aussi une méthode radicale à la gestion des locaux visiteurs de l'Abbey Stadium. Parsemé de récits de toilettes bouchées et de sel versé dans le thé des adversaires à la mi-temps, le parcours de Cambridge l'amena aux portes de l'élite, qui ne se refermèrent qu'à l'issue des barrages.

 

 

Discours de Mobutu et aboiements dans les hauts-parleurs

Dans l'ère moderne, ces pratiques grossières ont quasiment disparu, du moins en Premier League. Pourtant, des clubs sont encore accusés de ne pas mettre leurs hôtes dans les meilleures conditions, de manière toutefois plus subtile que jadis. Les adversaires de Liverpool se sont plaint de devoir marcher avec les plus grandes précautions sur le sol excessivement ciré d'Anfield. À l'occasion d'une visite du vestiaire "away" de Stamford Bridge, la journaliste Jintana Panyaarvudh assura que les patères étaient placées trop haut et les casiers trop bas afin que les joueurs se froissent les ischio-jambiers en voulant les atteindre, et que les miroirs accrochés près de la porte avant le tunnel faisaient apparaître les joueurs plus minces qu'ils n'étaient.

 

Quelques despotes ont tiré profit de la sonorisation des vestiaires afin de s'assurer que leur message passait bien chez les adversaires. Durant les éliminatoires de la Coupe du monde 1974, les joueurs affrontant le Zaïre avaient droit à des discours (traduits dans leur langue) du président Mobutu, diffusés à plein volume, tandis qu'un autre haut-parleur délivrait la clameur du public de Kinshasa afin de déstabiliser les visiteurs avant le coup d'envoi. Uday Hussein, fils de Saddam, utilisait lui aussi la sono pour galvaniser à distance les joueurs de la sélection irakienne. Au même moment, un enregistrement des aboiements de ses chiens tournait en boucle dans l'autre vestiaire.

 

En décembre 2013, des dirigeants de l'Anzhi Makhatchkala s'essayèrent à la psychologie inversée avant de recevoir Tottenham en Europe League. Dans une tentative de ramollir les Anglais, les bancs standard en bois furent remplacés par des fauteuils en cuir. La facile victoire 2-0 des Spurs démontre une nouvelle fois que les sournoiseries, aussi tordues soit-elles, se retournent souvent contre leurs auteurs.

 

Soignez votre anglais et votre culture foot: abonnez-vous à When Saturday Comes.

 

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