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Les Bleues peuvent-elles y croire ?

Pirès, le bon Robert

Passe en retraite – C’est donc Robert Pirès qui fut le dernier des champions du monde 1998 à mettre fin à sa carrière. À quarante-deux ans, il laisse l’image d’un joueur spectaculaire, offensif et terriblement attachant.

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Alors que la plupart étaient installés dans leurs postes de sélectionneurs, d’entraîneurs ou de consultants, il restait encore un champion du monde 1998 à courir sur les terrains. Robert Pirès vient de mettre fin à sa carrière (à quarante-deux balais!), un an après David Trezeguet. Curieux destin pour ces deux hommes qui furent à la conclusion du dernier grand parcours victorieux des Bleus, un soir de l’an 2000 à Rotterdam.

 

 

 

L’importance d’être constant

Difficile de faire l’impasse dessus, tant l’anecdote lui colle à la peau. Ce fameux Muscle ton jeu, Robert!” est l’un des passages les plus célèbres du documentaire Les Yeux dans les Bleus qui retrace de l’intérieur le parcours de l’équipe de France lors du Mondial 1998 et on lui “en parle encore aujourd’hui”. Est-ce qu’elle définit ou dessine plutôt le Pirès gentil qui n’a “jamais voulu changer”, celui que Marcel Desailly provoqua du haut de son torse bombé juste avant la prolongation de la finale de l’Euro 2000? Toujours est-il que ce qui a vraiment été transcendé chez ce joueur après ces illustres compétitions, ce n’est pas tant son caractère que son football, consécutivement à une reconversion en milieu offensif axial.

 

On l’a découvert sous le maillot grenat du FC Metz comme un ailier souriant, enjoué et spontané de l’ancienne tradition, friand du duel et du crochet intérieur. L’attaquant formé au Stade de Reims s’était alors notamment révélé en duo avec Cyrille Pouget – les fameux “PP flingueurs” – lui dans le rôle du dribbleur-passeur et son coéquipier dans celui du buteur-flingueur. Il éclate notamment face aux futurs champions de France auxerrois, lors d’une soirée mosellane passée passée à donner le tournis aux défenseurs bourguignons.

 

C’est Rolland Courbis qui imagine faire du jeune ailier, alors déjà champion du monde, un milieu de terrain offensif. Pirès franchit un cap à l’OM, qu’il a rejoint à l’été 1998, au poste de meneur de jeu qui révèle une facette jusqu’alors méconnue de son attirail. Son comportement professionnel imperturbable sous le maillot phocéen est admirable, malgré les tumultes et les heurts de l’année suivante. Il gratifie le Vélodrome d’un but magnifique face à Chelsea et son ami Marcel en Ligue des champions, et sert Ibrahima Bakayoko pour le but du maintien à l’issue d’un terrible exercice 1999/00. Avec Metz en 1998, comme avec l’OM un an plus tard, Robert Pirès manque le titre de champion de France à la dernière journée.

 

 

Canard blessé

Arsène Wenger et Arsenal lui permettront pendant six ans (2000-2006) d’étoffer son palmarès en club et de prendre une véritable dimension internationale. “Même en Angleterre, je n'ai jamais musclé mon jeu. C'est pour ça qu'Arsène a été important. Il n'a jamais voulu me modifier, mais plutôt me faire avancer sur mes points forts”, a-t-il confié à Maxime Brigand de So Foot. Sous le maillot des Gunners, Pirès met du rythme, de la technique plutôt que de la force. Il accélère, flambe, percute, dribble, régale, touche son nadir et devient l’un des joueurs les plus en vue de la période. Sa grave blessure en 2002, au cours de sa deuxième saison anglaise, aurait pu être un frein. Elle le prive du mondial asiatique, ou plutôt, prive l’équipe de France d’un de ses joueurs les plus brillants.

 

Mais son retour est tonitruant. Pirès est un élément majeur des Invincibles d’Arsenal, qui remportent le titre 2004 sans perdre la moindre rencontre. Son histoire avec les Gunners aurait pu finir en apothéose le 17 mai 2006 au Stade de France, lorsque le club londonien dispute la finale de la Ligue des champions face au FC Barcelone. Mais la soirée tournera au cauchemar. Quand Jens Lehmann se fait exclure après dix-huit minutes de jeu, Arsène Wenger doit sortir un joueur de champ pour faire entrer son gardien remplaçant. Et c’est Robert Pirès qu’il appelle. “À aucun moment, je ne pense que je vais sortir. Je crois qu'avec Arsène, sur le moment, on ne s'est même pas regardé.” Arsenal s’inclinera 2-1.

 

 

Le temps pour lui

Au niveau des Bleus, son histoire tourne au vinaigre dès la fin 2004. Une rencontre éliminatoire à Nicosie face à Chypre se passe mal et le sélectionneur Raymond Domenech décide de le faire sortir à la pause. Véxé, l’homme aux 79 sélections et 14 buts refuse de rejoindre ses coéquipiers sur le banc et s’en va bouder sur le parking du stade. Définitivement.

 

Une page se tourne en 2006 lorsque le bon Robert quitte Londres pour Villarreal. À 33 ans, une blessure semble signifier la fin de sa carrière, mais le bougre surmonte l’épreuve et reste un joueur majeur du club espagnol durant quatre ans. Puis après un passage à Aston Villa, il s’en va terminer sa carrière en Inde.

 

La suite? C’est une vie à Londres, au service d’Arsenal, qui sait. “Quand, aujourd'hui, je vais à l'Emirates, les gens sont reconnaissants du travail qu'on a pu faire, que j'ai pu faire. C'est assez fort.” La mémoire salue les “amoureux du jeu”, comme le qualifie Romain Canuti, et elle retiendra probablement de Robert Pirès ses poils, sa sympathie, sa démarche de canard paradoxalement agréable à regarder, son football percutant mais jamais provocateur ni insultant. Bref, ses coups de rein en or.

 

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