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Gilles Juan

 

Footballeur du dimanche et philosophe de comptoir. @Gilles_Juan


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Pogba, un bras raccourci

Grâce à la réduction du débat à la question "montrer les images ou pas?", L'Équipe va encore bien s'en sortir, en dépit d'un choix éditorial désastreux. Le quotidien sportif est-il un maître en stratégie rhétorique? 

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Il se met en place, avec la médiatisation de la vidéo de Pogba que beIN Sports a choisi de ne pas diffuser, un mécanisme médiatique aussi habituel qu'insupportable. Le débat se simplifie autour d'un dilemme, d'un sujet "clivant", qui n'est au fond pas le vrai problème.

 

 

 

 

Quelle est la question ?

Yanick Cochennec sur slate.fr et Pierre Prugneau dans sa chronique de L'Équipe ont raison de rappeler que le journaliste n'est pas un supporter (il faudra cependant lister, un jour, les contenus du journal L'Équipe qui relèvent du supportérisme: ils se voient surtout en cas de victoire ou de défaite éclatantes), ils ont raison d'expliquer qu'un fait est un fait et que la mission du journaliste est d'informer le public de l'existence de ce fait, qu'il soit joli ou non, polémique ou non, agréable ou non.

 

Mais ce faisant, ils apportent une réponse à quelle question? À celle que Florent Houzot, le directeur de la rédaction de beIN Sports, propriétaire des images, a posée: fallait-il montrer ce geste d'humeur de Pogba, qui autorise en effet à interpréter un bras d'honneur? Cette question est évidemment celle qui arrange bien L'Équipe. Que se passe-t-il, lorsqu'on oppose "montrer" et "ne pas montrer"? Il se passe que "montrer" est du côté du bien (et c'est bien normal) – mais il se passe aussi, par un tour de passe-passe rhétorique, que "montrer n'importe comment" se retrouvera aussi du côté du bien. Car c'est toujours mieux que de cacher aux gens!

 

Dit autrement, il se met spontanément en place un mécanisme que les publicitaires et les politiques connaissent bien, qui est très bien identifié par Schopenhauer dans L'art d'avoir toujours raison. Ce mécanisme consiste à exploiter un point de comparaison, à créer de toute pièce une alternative qui nous arrange, parce qu'elle valorise notre option.

 

 

Comment montrer ?

Pour prendre un exemple concret, une pub que chacun a malheureusement en tête: lorsque la MAAF conserve les mêmes tarifs d'une année sur l'autre, comment le dit-elle aux téléspectateurs? "Appelez-moi le directeur! On me dit que les prix vont augmenter en 2016?!" dit un gros débile qui rentre dans l'agence. Le directeur répond "Non, les prix restent les mêmes", et le gros débile s'en va. Mais que se passerait-il si la question était: "Quoi?! On me dit que les prix ne baisseront pas en 2016?" La même réponse, le même fait ("Non, les prix restent les mêmes") n'auront pas le même impact sur le téléspectateur... Schopenhauer le résume ainsi: le gris a l'air clair à côté du noir, et foncé à côté du blanc.

 

Par analogie, si l'alternative est "montrer, ou ne pas montrer?", alors n'importe quel choix éditorial pour "montrer" le fait sortir vainqueur du débat. Par comparaison à "taire", "cacher", ou "éviter une polémique", les choix d'"informer", de "révéler", d'"oser" seront toujours vainqueurs. Mais il n'en va ainsi que relativement à cette alternative.

 

Et ce n'est pas la bonne alternative. En démocratie, la presse montre. Point. Et le débat unique devrait être (formulé schématiquement): "montrer comment?" Le dilemme, puisqu'il est apparemment incontournable des mettre les débat sous forme de référendum simpliste, devrait être: "montrer bien, ou montrer mal?" Si tel était le débat, L'Équipe s'en sortirait moins bien.
 

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