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Christophe Zemmour (avec C.K.)

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Victoire aux antipogs

Portugal-Espagne : Un nul au poil

Matchbox – Un triplé de Cristiano Ronaldo a permis à des Lusitaniens rapidement dépassés dans le jeu de rapporter un nul plutôt heureux. Au-delà du résultat, on a surtout eu un très bon match de football.

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Sotchi, stade Olympique Ficht.

 

Buts: Ronaldo (4e, 44e, 88e) pour le Portugal; Costa (24e, 55e), Nacho (58e) pour l’Espagne.

 

Portugal: Rui Patricio - Soares, Pepe, Fonte, Guerreiro - B. Silva (Quaresma, 69e), Moutinho, Carvalho, Fernandes (Joao Mario, 68e) - Guedes (A. Silva, 80e), Ronaldo. Sélectionneur: Fernando Santos.

 

Espagne: De Gea - Nacho, Ramos, Piqué, Alba - Koke, Busquets - D. Silva (Vasquez, 86e), Iniesta (Alcantara, 70e), Isco - Costa (Aspas, 77e). Sélectionneur: Fernando Hierro.

 

Arbitre : Gianluca Rocchi (ITA).

 

 

Pour ce premier choc de la compétition, les deux derniers champions d’Europe sont opposés. L’Espagne vient en urgence de changer de sélectionneur dans de drôles de circonstances, tandis que le Portugal s’avance avec un visage et des principes connus et bien rodés.

 

 

 

La nalyse

Ronaldo a frappé trois fois, en début et en fin de première période, puis dans les dernières minutes. Dans le jeu, le Portugal a d’abord sérieusement embêté l’Espagne. Très bien organisé, avec un bloc compact allant chercher son adversaire haut, le vainqueur du dernier Euro récupérait plusieurs ballons en zone dangereuse. Seule de la maladresse dans le dernier geste empêchait le break d'être fait, mais les déviations de Ronaldo et le jeu dos au but de Guedes – habituel ailier en club avec Valence ici placé en pointe – venait compléter leur vitesse sur le jeu en transition. Démonstration trop courte mais très intéressante: dans cette configuration, les Portugais, qui manquent de solutions sur le plan offensif, ont suffisamment de qualités pour aller très loin.

 

Les hommes de Fernando Santos, bien dans leur match, cédaient sur un exploit individuel de Diego Costa, réplique presque identique d'un but marqué avec Chelsea face à Manchester City l'an dernier, qui contribua à emmener les Blues vers le titre de champion. Assez physique pour gagner les duels, le Colchonero a aussi le calme des grands attaquants, et il est difficile d'imaginer qui, hormis peut-être Edin Dzeko, aurait pu inscrire une telle réalisation. Étonnamment très impliqué et juste dans ses remises, lui qui offre un profil différent d'Aspas et Rodrigo mais peut vite se couper du reste de l'équipe, Costa gardait le rythme et, dans sa foulée, c'est toute l’Espagne qui gagnait alors petit à petit en maîtrise. Jusque-là bien bloquée, elle multipliait les décalages côté gauche grâce au trio Alba-Isco-Iniesta, le latéral barcelonais étant bien plus intéressant que son compère Nacho à droite, bien trop prudent. Le Portugal passait quand même devant à la reprise, David De Gea confirmant qu'il n'est actuellement pas dans une spirale très positive.

 

 

 
 

Le match basculait à nouveau en quelques minutes au retour des vestiaires, Costa inscrivant son deuxième but suite à une belle (mais visible depuis Pluton) combinaison sur coup franc (55e), puis Nacho envoyait une superbe demi-volée de l’extérieur du pied droit (58e) qui frappait le poteau avant d’entrer dans le but de Rui Patricio. Malgré l’activité de Ronaldo, qui continuait de décrocher, d’essayer d'organiser et de se démarquer, le match était clairement dans les mains espagnoles. Presque trop. Sûre de sa force, l'équipe de Fernando Hierro transformait une possession agressive, visant à déstabiliser le bloc adverse, en un toro géant pour faire tourner le chronomètre et passant systématiquement par l'entrant Thiago Alcantara. Esthétique, comme dans cette étonnante séquence à la 81e qui voyait les milieux de terrain exécuter des échanges courts de toute beauté, mais risqué avec un seul but d'avance.

 

Mise en difficulté en début de partie, la Roja dominait alors une équipe portugaise incapable de créer et pas toujours à l'aise dans un bloc bas qui lui a pourtant permis de gagner l'Euro. C'est pourtant elle qui revenait au score, via Ronaldo évidemment, pour son premier coup franc en compétition internationale (88e). Parti sur un faux rythme, ce match s'est finalement révélé à la hauteur des espérances. Et si l'Espagne a fait la meilleure impression, imposant son jeu pendant de très longues séquences, elle a affiché quelques fragilités dans les transitions défensives, notamment après des corners en sa faveur, qui pourraient être payées bien plus cher en phase finale. D'autant que si le Portugal a Ronaldo, la solidité de sa défense ne compense plus un jeu avec ballon limité, que la présence de Bernardo Silva sur l'aile n'aide pas à briller.
 

 
 

Le gars

Imperturbable et létal sur coups de pied arrêtés, en réussite sur sa frappe de la 44e, Cristiano Ronaldo a livré une prestation haut de gamme et en est déjà à trois pions dans ce Mondial. Décrochant énormément pour apporter des solutions au milieu de terrain, inspiré sur des déviations de l’extérieur du pied, il a souvent été à l’initiative des contres dangereux du Portugal en première période. Le capitaine de la sélection lusitanienne a un peu décliné en seconde période, comme le reste de son équipe, avant de trouver la lumière sur un magnifique coup franc qu’il a lui-même provoqué.

 

 

Les observations en vrac

Ronaldo a donc désormais marqué dans quatre phases finales de Coupe du monde différentes (2006, 2010, 2014 et 2018).

 

Très au courant des pratiques, Isco demande à l’arbitre la VAR, qui à son tour lui dit que sa montre n’a pas vibré. On vit une époque formidable.

 

Entre les célébrations Patrick Sébastien “Tournez les serviettes” de Cristiano Ronaldo et celles un peu vierges effarouchées de Fernando Hierro, on a été bien servi.

 

 

Vu du forum

==> Anglachel - 20h23
Ce sprint de Ronaldo mamma mia. Pas étonnant que le fisc espagnol ait eu autant de mal à l’attraper.

 

==> Lyon n'aime Messi - 20h30
Encore une superbe performance d'acteur de Pepe injustement récompensée.

 

==> M le Mendy - 21h52
Piqué et Ramos sont très bons en club, mais avec des tauliers comme Umtiti et Varane à leurs côtés. Tous seuls, on voit vite leur fragilité et leur manque d'expérience.

 

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