Post-scriptum

Notre Revival 98 a suscité des débats prévisibles et ravivé les grandes oppositions philosophiques qui traversent le foot d'en France…
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La rétrospective sur le Mondial 98 a donc provoqué son inévitable lot d'anachronismes, de mauvaise foi et de malentendus, et des débats toujours passionnés sur le sujet. Nos intentions étaient plus limpides que celles qu'on nous a prêtées parfois: mettre en ligne des archives pendant nos vacances, sur un sujet qui nous tient à cœur, parce qu'il creuse bon nombre de nos sillons préférés.
Il est parfaitement vrai qu'il y avait un peu de vanité dans notre démarche, parce que nous ne sommes pas peu fiers d'avoir "eu raison" dans ce moment critique durant lequel de nombreux masques sont tombés, et surtout d'avoir "eu raison" sur un tel débat, qui révèle encore des opinions inconciliables.
Certains ont pris ce dossier pour un procès a posteriori, mais il fallait bien comprendre que ces articles et leurs réquisitions contre L'Equipe ont été écrits AVANT la compétition, qu'ils se font l'écho d'une polémique qui avait couru durant les mois précédents. Il est aujourd'hui difficile de se souvenir de l'atmosphère de l'époque, lavée par l'euphorie de la victoire et inversée par l'excessive sacralisation qui a suivi, mais l'immense majorité des médias et des amateurs avait adopté l'opinion certifiée conforme par un quarteron de tribuns: Jacquet était un médiocre et nous courrions à l'humiliation.

Idéalement, il aurait fallu citer tous les articles (les titres assassins et les éditoriaux moqueurs) de L'Equipe. Cette collecte aurait en effet été accablante et aurait rafraîchi la mémoire de ceux qui minimisent le mépris ouvert dont le sélectionneur fut l'objet et qui dépassa très largement le droit à la critique du journaliste. Mais ce n'était pas l'objet de cette compilation, sachant aussi que bien d'autres journalistes (de télévision notamment) se sont honteusement retournés, faisant comme s'ils n'avaient jamais participé aux ricanements.
Les légitimes frustrations de l'Euro 96 (tout de même une demi-finale après une décennie de vide total) et des matches amicaux ne justifiaient pas une pareille campagne de dénigrement, et encore moins un procès de personne. Nous ne pouvions alors que défendre ce sélectionneur qui avait le mérite d'emmerder profondément notre élite journalistique et d'en révéler le caractère médiocre et autolégitimé, mais aussi les exigences exorbitantes (comme d'être un parfait communicateur). Roger Lemerre a hérité d'une grande partie de ces rapports conflictuels, mais il en joue beaucoup mieux, pour notre plus grand plaisir, comme à l'Euro 2000.
Aujourd'hui encore la mauvaise foi fait des merveilles sur ce terrain, avec de spectaculaires inversions, qui font du quotidien sportif la victime d'une odieuse et terrible campagne, qui nous accusent de faire une apologie de Jacquet qui va dans le sens de l'opinion désormais dominante. En ce qui nous concerne, nous démentir tout à coup et dénigrer aujourd'hui l'ex-sélectionneur sous prétexte que sa cote s'est inversée reviendrait à pousser un peu loin le sens de la contradiction. Et passons sur ceux qui minimisent le rôle du sélectionneur (coupable en cas d'échec, négligeable en cas de victoire) ou qui dénoncent la "chance" des champions du monde.

Sans surprise, la polémique s'est déportée naturellement vers de vieilles et traditionnelles oppositions. Le cas Cantona a ainsi été invoqué à charge ou à décharge. Il nous semble y voir une certaine logique, notre défense de Jacquet étant partie du constat que l'homme était intransigeant et faisait à nouveau respecter certaines valeurs au sein de la sélection. Les mises à l'écart progressives de Cantona (jamais vraiment revenu après sa démonstration de King-Fou), de Ginola ou, pour d'autres raisons, Papin, avaient suffi à motiver une confiance aveugle dans ce sélectionneur résolu à tourner la page de l'équipe-de-France-qui-avait-tout-perdu en écartant ses stars (et en réhabilitant ses victimes, comme Blanc ou Petit). Les fouteurs de merde écartés, on pouvait travailler sereinement et aménager cet état d'esprit exceptionnel dans lequel s'est forgé le groupe que l'on sait. Cantona symbolise de notre point de vue la quintessence du joueur catastrophique pour une équipe, et un mythe largement galvaudé (pour plus de détails, voir King con). Il n'est pas tout à fait étonnant que ses admirateurs soient en désaccord avec nous sur bien des sujets.

Autre contradiction, entre les "nostalgiques" des Bleus 82/86 comme dépositaires du beau jeu, et les inconditionnels du palmarès 98-2000. Il ne semble pourtant pas nécessaire de devoir se mettre d'un côté ou de l'autre de la tranchée, ou encore d'opposer Platini à Zidane dans un absurde duel, comme si préférer l'un revenait à condamner l'autre. En cette veille de France-Allemagne qui excite les rétrospectives, nous pleurons encore en voyant Giresse agiter ses petits bras après le but du 3-1 de Seville, de même que nous pleurâmes comme des cons un soir de 12 juillet (pour la finale de l'Euro, nous nous sommes évanouis). Les larmes de 98 étaient considérablement plus agréables, mais il vaut mieux se réjouir d'avoir connu ces deux glorieuses périodes, l'une ne pouvant rien enlever à l'autre, la première ayant même démultiplié le plaisir de la seconde.

Bref, il ne fallait retenir que les aspects archéologiques de notre "dossier", mais on voit qu'il est difficile de ne pas rouvrir celui du Mondial et d'étaler les pièces sur la table, de reprendre les procès là où on les avait laissés…

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