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Nicolas Boisgerault

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Van der Sar, bon public

Poteaux carrés et cimetières indiens, le soccer au Minnesota

Si la MLS se développe, "notre" football s'impose aux États-Unis d'abord par la base, avec ses atouts de sport populaire. Vu de Rochester, Minnesota, la conquête du Midwest est déjà faite. 

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Le théorème de Glasgow est absolument formel : avec des poteaux ronds, mon ballon aurait terminé sa course au fond des filets. Pourtant, le jeu continue et mes contestations géométriques me ridiculisent plus qu'elles n'émeuvent adversaires et co-équipiers. Ici, ça ne choque personne, les poteaux carrés. Personne ne s'étonne d'ailleurs non plus que l'on se permette de pratiquer cet autre "football" à l’aide des mains, que l'on puisse se vanter de frire ses barres chocolatées, ou que l'on vienne en flots continus et des quatre coins du monde s'échouer dans une petite ville perdue au fin fond du Midwest américain. Bienvenue à Rochester, Minnesota.

 

 

 

 

Les fondations d'un sport populaire

Fini le temps où l'on s'étonnait de voir des (Nord-)Américains s'essayer à la pratique du ballon rond. Longtemps boudé outre-Atlantique, le soccer y a enfin acquis ses lettres de noblesse. Au folklore des contrats paillettes de Pelé et Beckenbauer, puis de Beckham ou Henry, a répondu un essor populaire que l'on n'espérait plus. La Major League Soccer apparaît toujours comme un championnat mineur où les stars du Vieux continent en préretraite continuent à briller, mais la greffe est prise. La MLS s'est notamment trouvée un public et remplit ses stades, le soccer devenant symboliquement en 2011 le troisième sport national, en devançant en moyenne de spectateurs par match la NHL et la NBA (lire "Pourquoi l'avenir du football est aux Etats-Unis")

 

Ces chiffres ne reflètent sans doute pas la place réelle du soccer dans le pays, qu'il s'agisse de son traitement médiatique ou de son importance auprès des fans. Difficile en effet d'imaginer notre sport favori détrônant le football américain dans la culture populaire US, même s'il serait idiot d'ignorer sa percée au niveau amateur et l'intérêt grandissant du public pour la sélection américaine lors des grandes compétitions internationales. Comme il l'a fait ailleurs, le football pourrait ainsi s'imposer en se basant sur une pratique populaire, ciment d'un ancrage durable. Hormis le basketball, qui du football américain, du hockey ou du baseball peut en effet le concurrencer sur le terrain de la simplicité et de la convivialité?

 


Croyants et pratiquants

L'explosion du nombre de licenciés entre la fin des années 1980 et le début des années 2000 témoigne de cet engouement et augure d'un futur brillant pour les équipes nationales. Les clubs font le plein et attirent la jeune génération. La fédération américaine revendique 4,2 millions de licenciés, dont 3 millions pour les seuls cinq à dix-neuf ans, quand la FIFA annonce elle 24 millions de pratiquants à travers le pays. Le football d'Amérique prend son envol, porté tout autant par ses équipes masculines que féminines, ces dernières représentant 48% des licenciés chez les plus jeunes.

 

 

 

 

Ici comme ailleurs, le joueur amateur prend plaisir à reproduire, avec plus ou moins d'adresse, les coups de génie ou les coups de vice de nos idoles footballistiques. Des chevilles qui se tordent sur une roulette manquée, des doubles contacts sans grâce, des passes aveugles en touche, des contestations grotesques et une loi de la gravitation, dite "semi-universelle", vérifiant que les corps tombent davantage à mesure qu'ils approchent d'une surface de réparation [1]. Mais le football amateur à la sauce US laisse aussi une large place à des golgoths bodybuildés qui réinventent la pratique du combat "épaule contre épaule", à des filles capables de vous mettre sur le derrière d'un petit pont parfaitement exécuté, à des installations sportives impeccables. Seul ombre au tableau, le coût financier de la pratique qui semble éloigner le soccer US d'une base réellement populaire [2]. Le prix de l'exotisme, sans doute.

 


Blowin' in the wind

Qui aurait pu s'imaginer qu'un exil au-delà du Mississippi puisse m'amener dans une terre de foot ayant peu à envier à ma Bretagne natale? Les hordes d'étrangers débarquant continuellement dans la ville pour travailler à la Mayo Clinic (NDLR célèbre fédération hospitalière et universitaire employant plus de 34.000 personnes) et pressés de se retrouver sur le pré les soirs et week-ends viennent ici artificiellement grossir le contingent des footeux, créant un melting-pot footballistique incroyable au cœur d'un Midwest endormi. Cette heureuse anomalie ne doit cependant pas masquer une pratique locale forte qui confirme qu'ici aussi le soccer trouve ses marques auprès de la population. La Rochester Youth Soccer Association, créée en 1975 par l'éducateur Fuad Mansour, s'occupe aujourd'hui de plus de 6.000 jeunes dans cette ville de 108.000 habitants.

 

 

 

 

L'histoire ne dit pas si Bob Dylan, natif de Duluth à trois heures de route de Rochester, apprécie les joies du soccer, mais certains de ses concitoyens verraient d'un bon œil l'installation d'une franchise MLS au cœur des Twin Cities Minneapolis / Saint-Paul [3]. Les expériences des Minnesota Kicks (1976-81) et Minnesota Strikers (1984-88) nourrissent à la fois leur nostalgie et leur optimisme, les premiers ayant réussi l'exploit d'attirer plus de 23.000 spectateurs par match en moyenne pendant leurs cinq années d'existence.

 


Enfer stéphanois, paradis rennais

Les fans américains en auraient-ils assez des "pauses pub" et des "jingles pré-enregistrés", indissociables des sports-spectacles américains? Le vent glacé descendant tout droit du Canada porte aussi bien les tirs flottants que les espoirs de voir un jour le ballon rond concurrencer les autres clubs de la métropole, Vikings (football américain), Twins (baseball), Wild (hockey sur glace), Timberwolves (basketball) ou Golden Gophers (Université du Minnesota).

 

L'hiver est déjà là. Au plus fort de la saison, le mercure paresseux oubliera fréquemment de dépasser la barre des -20°C pendant que la neige se chargera de recouvrir pour quelques mois nos chers rectangles verts. Les battes de baseball seront rangées dans les placards et les footballeurs casqués s'abriteront eux souvent sous des dômes climatisés, rêvant à une fin de saison en apothéose lors du Superbowl. Pourtant, une armée d'irréductibles continuera à se retrouver chaque semaine dans des complexes indoor pour le plaisir de la compétition balle au pied. Si les joueurs à ascendance stéphanoise frôleront l'apoplexie à chaque frappe repoussée par un poteau facétieux, les Rennais arboreront eux avec fierté un écusson rouge et noir dont la réputation reste ici encore vierge de toute allusion à une lose éternelle. Ici, les cimetières indiens font partie du paysage. Ce n'est peut-être pas le Pérou, mais on s'en approche.

 

 

 


[1] Blague originale publiée dans La folle histoire du foot de Bertrand Meunier et Géz (éditions Vents d’Ouest).
[2] Saison indoor (hors système des collèges / lycées / universités) : 8 matches (2 mois) / 7 contre 7 / 6 ligues par an / $800-900 par ligue et par équipe. Saison extérieure : 10-12 matches (3 mois), / 11 contre 11 (mixte 6 + 5) / 2 ligues par an (été et automne) / $900-1200 par ligue et par équipe.
[3] Le Minnesota possède actuellement une équipe professionnelle (Minnesota United FC) en North American Soccer League (NASL), considérée comme la deuxième division nationale. Voir mls4mn, blog militant pour la création d’une franchise MLS pour les Twin Cities, en anglais. 

 

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